Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050
颁布于 2022-10 · 文本截至 2026-10-01
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研究内容本身以英文撰写。标题和标签已翻译,调查结果和引文未翻译。
关于这部法律
- 语言
- French
- 类型
- policy
- 国家
- 突尼斯
- 主题
- Agricultural and rural development, Environment, Forestry, Wild species and ecosystems
- 关键词
- climate change, capacity building, agro-forestry, sustainable use, erosion, marine area, ecosystem conservation, ozone layer, coastal zone management, biodiversity, desertification, governance, water shortage/drought, hazards, afforestation/reforestation, forest management/forest conservation
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Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 Octobre 2022 RÉPUBLIQUE TUNISIENNE 3 Liste des tableaux 07 Liste des figures 08 Acronymes 10 Avant-propos 12 Introduction 13 1. Etat des lieux 17 1.1. Circonstances nationales 17 1.1.1. Géographie et climat 17 1.1.2. Démographie, économie et développement 18 1.1.3. Contexte social 18 1.2. Profil GES 19 1.2.1. Trajectoires nationales des émissions des GES 19 1.2.2. Emissions sectorielles 20 2. Les enjeux de la vulnérabilité aux changements climatiques 25 2.1. L’agriculture : une activité ayant une contribution significative à la résilience des populations rurales 25 2.1.1. Un rôle économique et social important 25 2.1.2. Principaux défis du secteur agricole dans le contexte des CC 25 2.1.3. Les orientations stratégiques dans le domaine de l’agriculture 25 2.2. Pêche et aquaculture : entre atouts naturels et ressources halieutiques en déclin 25 2.2.1. Dimension socio-économique et évolution de l’activité 26 2.2.2. Principaux défis et enjeux du secteur de la pêche et de l’aquaculture dans le contexte des CC 26 2.2.3. Orientations stratégiques dans le domaine de la pêche 26 2.3. Les écosystèmes naturels : des services écosystémiques vulnérables 26 2.3.1. Rôles économique et social des forêts 26 2.3.2. Les ressources pastorales surexploitées dans un état de dégradation avancée 26 2.3.3. Principaux défis des écosystèmes naturels dans le contexte des CC 27 2.4. Les ressources en eau : vitales dans le contexte climatique tunisien 27 2.4.1. Des ressources limitées associées à une grande disparité régionale 27 2.4.2. Des ressources en eau non conventionnelles peu valorisées 27 2.4.3. Principaux défis et enjeux du secteur de l’eau dans le contexte des CC 27 2.4.4. Orientations stratégiques du secteur de l’eau 28 2.5. Frange littorale : une importance socio-économique vitale 28 2.5.1. Une importance socio-économique capitale 28 2.5.2. Principaux défis et enjeux du littoral tunisien dans le contexte des CC 28 2.5.3. Principales orientations stratégiques 29 2.6. Santé : des enjeux en termes de risques sanitaires liés au climat 29 2.6.1. Les performances en relation avec la résilience sanitaire face aux CC 29 2.6.2. Relation entre la santé et les changements climatiques 29 2.6.3. Stratégie d’Adaptation du Secteur de la Santé aux changements climatiques (2010) 29 2.7. Tourisme : Des produits alternatifs durables 30 2.7.1. Enjeux stratégiques du secteur touristique 30 2.7.2. Les impacts significatifs de la crise covid19 sur le tourisme tunisien 30 2.7.3. Impacts du changement climatique 30 2.7.4. Les orientations stratégiques pour l’adaptation du secteur du tourisme aux CC 30 Table des matières 5 4 3. Politiques d’atténuation des émissions de GES 33 3.1. Analyses sur la base des intensités carbone 33 3.2. Analyses sectorielles 34 3.2.1. Secteur de l’énergie 34 3.2.2. Secteur des procédés industriels 35 3.2.3. Secteur de l’agriculture, de la forêt et de l’utilisation des terres 35 3.2.4. Secteur des déchets 36 3.3. La voie tracée par la CDN actualisée (octobre 2021) 36 4. Les visions stratégiques 39 4.1. Vision stratégique Neutralité carbone en 2050 39 4.1.1. Nécessaire construction d’une vision guidant la composante transition bas-carbone de la stratégie 39 4.1.2. S’intégrer dans la vision planétaire 39 4.1.3. Une vision ambitieuse et réalisable pour la Tunisie 40 4.1.4. Approches et déclinaisons sectorielles 41 4.2. Vision stratégique nationale « Résilience 2050 » 43 4.2.1. Principes directeurs 44 4.2.2. Objectifs généraux et spécifiques 44 5. Stratégie Nationale Bas-carbone et ses déclinaisons sectorielles 47 5.1. Introduction 47 5.2. L’objectif de neutralité carbone en 2050 47 5.3. Approches méthodologiques et hypothèses accompagnant le développement de la SNBC 48 5.3.1. Secteur de l’énergie 48 5.3.2. Secteur des procédés industriels 49 5.3.3. Secteur de l’AFAT 50 5.3.4. Secteur des déchets 51 5.4. Le scénario ligne de base (BaU) 54 5.4.1. Résultats agrégés à l’échelle nationale 54 5.4.2. Secteur de l’énergie 55 5.4.3. Secteur des procédés industriels 56 5.4.4. Secteur de l’AFAT 56 5.4.5. Secteur des déchets 57 5.5. Scénario de neutralité carbone à l’horizon 2050 58 5.5.1. Résultat national agrégé de neutralité carbone en 2050 58 5.5.2. Secteur de l’énergie 64 5.5.3. Secteur des procédés industriels 66 5.5.4. Secteur de l’AFAT 68 5.5.5. Secteur des déchets 71 6. Stratégie Nationale de Résilience aux changements climatiques à l’horizon 2050 (SNRCC) 77 6.1. Projections climatiques en Tunisie à l’horizon 2050 77 6.1.1. Choix des scénarios RCP 77 6.1.2. Bases de données de projections de CC disponibles 78 6.1.3. Evolution future de la température 78 6.1.4. Evolution future des précipitations 79 6.1.5. Evolution des extrêmes climatiques 80 6.1.6. Elévation du niveau de la mer 81 6.1.7. Synthèse 81 6.2. Scénario de vulnérabilité à l’horizon 2050 (BaU) 81 6.2.1. Approche méthodologique 81 6.2.2. Synthèse du scénario de vulnérabilité : arbres à problèmes 82 6.3. Scénario de résilience aux changements climatiques 89 6.3.1. Déclinaisons sectorielles 89 6.3.2. Enjeux transversaux 110 6.4. Présentation succincte du plan d’action 118 6.4.1. Structure du plan d’action 118 6.4.2. Indicateurs de résilience à l’horizon 2050 119 7. Interdépendances et synergies entre SNBC et SNRCC 123 7.1. Introduction 123 7.2. Interdépendances des objectifs SNBC et SNRCC 123 7.3. Interdépendances dans le domaine de l’agriculture et des écosystèmes 124 7.3.1. Rationalisation de l’utilisation des terres cultivées et gestion durable des forêts et parcours 124 7.3.2. Interventions thématiques ciblées 126 7.3.3. Valorisation des synergies entre les trois conventions de Rio climat- biodiversité et lutte contre la désertification 128 7.4. Interdépendances dans les domaines de l’énergie et de l’eau 128 7.5. Cas des villes durables, résilientes et neutres en carbone 129 8. Aspects transversaux et conditions de mise en œuvre de la SNBC&RCC 133 8.1. Introduction 133 8.2. Gouvernance 133 8.2.1. Ancrage politique et dispositions réglementaires 133 8.2.2. Arrangements institutionnels, responsabilités et gouvernance 134 8.3. Mobilisation des ressources financières 136 8.4. Suivi, évaluation et mise à jour de la SNBC&RCC 139 8.4.1. Suivi et évaluation de la SNBC&RCC 139 8.4.2. Révision de la SNBC&RCC 139 8.5. La recherche et l’innovation technologique 140 8.5.1. Développement en masse des énergies renouvelables 140 8.5.2. Développement des filières de l’hydrogène 141 8.5.3. Développement des meilleures technologies et pratiques énergétiques pour le secteur du bâtiment 141 8.5.4. Développement de partenariats dans le domaine de la mobilité durable 141 8.5.5. S’inscrire dans les grandes mutations mondiales en matière de modes de travail 141 8.5.6. Nouer des partenariats internationaux de recherches sur la séquestration du carbone par les écosystèmes arborés et par les sols 142 8.5.7. S’intégrer dans les grandes recherches visant la transition bas-carbone du secteur de l’élevage 142 8.5.8. Positionnement international sur les créneaux technologiques de captation-stockage du CO2 (CCS), 142 8.5.9. Consolidation de l’utilisation de l’information météorologique/climatique 142 8.5.10. Valoriser les acquis réalisés sur la période 2021-2030 afin de changer de paradigme dans l’optique d’un scénario d’adaptation transformationnelle 142 8.5.11. Valorisation des eaux vertes et des eaux non conventionnelles 142 8.5.12. Programme de mise à niveau des établissements touristiques basé sur l’innovation et la durabilité 143 7 6 Liste des tableaux Tableau 1 Trajectoires des émissions nationales et sectorielles des GES de la Tunisie sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) 19 Tableau 2 Reconstitution approximative des émissions du secteur des procédés industriels sur la période 2010-2020 22 Tableau 3 Reconstitution approximative des émissions du secteur AFAT sur la période 2010-2020 22 Tableau 4 Reconstitution approximative des émissions du secteur des déchets sur la période 2010-2020 23 Tableau 5 Réductions des émissions des GES par le scénario BaC et pour trois années charnières et cumulées entre 2021 et 2050 63 Tableau 6 Réductions des émissions de GES cumulées par le scénario BaC 64 Tableau 7 Synthèse et points saillants essentiels des objectifs et résultats de la composante transition bas-carbone de la stratégie 65 Tableau 8 Impacts énergétiques du scénario BaC dans le secteur de l’énergie 67 Tableau 9 Impacts découlant du scénario bas carbone du secteur AFAT (MtéCO2) 73 Tableau 10 Synthèse des évolutions futures des indices extrêmes climatiques en Tunisie 82 Tableau 11 Simulation des besoins de financement de la résilience aux CC (approche top-down) 140 Tableau 12 Vue d’ensemble des interventions programmatiques et mécanismes de mise en œuvre 147 8.6. Déclinaisons locales de la SNBC&RCC 143 8.7. Le renforcement des capacités 143 8.8. Sensibilisation et communication 144 8.9. La prise en compte des questions du genre, des jeunes et des groupes vulnérables 144 8.9.1. Renforcer l’Unité Genre et Inclusion sociale (GIS)-CC de moyens humains et financiers 145 8.9.2. Désigner des défenseurs de l’égalité de genre et inclusion sociale dans la mise en œuvre des mesures sectorielles climatiques 146 8.9.3. Renforcer les compétences relatives à la problématique de l’intégration genre dans la stratégie 146 8.9.4. Intégrer la dimension genre-CC dans les plans annuels de performances (PAP) des secteurs 146 8.9.5. Mise en place d’un système de suivi axé sur les résultats de la stratégie sensible au genre 147 7 9 8 Figure 32 Trajectoires comparées des émissions nettes nationales entre les deux scénarios 60 Figure 33 Trajectoires croisées de l’intensité carbone du BaU et du BaC 61 Figure 34 Répartition sectorielle des Impacts GES cumulés de le SNBC sur la période 2021-2050 62 Figure 35 Répartition sectorielle des émissions brutes de GES cumulées sur la période 2021-2050 selon le scénario BaU 62 Figure 36 Parc des ER selon le scénario BaC 65 Figure 37 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur de l’énergie 66 Figure 38 Intensité carbone du secteur de l’énergie selon le scénario BaC 66 Figure 39 Evolution des réductions annuelles d’émissions sur la période 2021-2050 66 Figure 40 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur des procédés industriels 67 Figure 41 Impacts GES du BaC du secteur des procédés industriels 68 Figure 42 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur AFAT 69 Figure 43 Trajectoires BaC des émissions brutes et des absorptions du secteur AFAT 70 Figure 44 Tajectoires BaC des 4 principales sources d’émissions brutes du secteur de l’AFAT 70 Figure 45 Trajectoires BaU et BaC du secteur de l’AFAT 71 Figure 46 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur Déchets 72 Figure 47 Trajectoire BaC des émissions de GES du secteur des déchets solides à l’horizon 2050 73 Figure 48 Trajectoires BaU et BaC du secteur des déchets solides 73 Figure 49 Trajectoire BaC des émissions de GES du secteur de l’assainissement à l’horizon 2050 74 Figure 50 Trajectoires BaU et BaC du secteur de l’assainissement 75 Figure 51 Variation de la moyenne annuelle des températures moyennes de surface (°C) à l’horizon 2050 et par rapport à la période de référence 1981-2010 78 Figure 52 Variation du cumul annuel de précipitations (mm) à l’horizon 2050 par rapport à la période de référence 1981-2010 79 Figure 53 Arbre à problèmes, Secteur agricole 83 Figure 54 Arbre à problèmes, Pêche 84 Figure 55 Arbre à problèmes, Ressources en eau 85 Figure 56 Arbre à problèmes, Frange littorale 86 Figure 57 Arbre à problèmes, Secteur de la santé 87 Figure 58 Arbre à problèmes, Secteur du tourisme 88 Figure 59 Vision stratégique du secteur de l’agriculture et des écosystèmes et sa déclinaison en orientations stratégiques 90 Figure 60 Vision stratégique du secteur de la pêche et sa déclinaison en orientations stratégiques 95 Figure 61 Déclinaison de la vision stratégique du secteur des ressources en eau en orientations stratégiques 98 Figure 62 Vision stratégique de l’écosystème littoral et sa déclinaison en orientations stratégiques 101 Figure 63 Vision stratégique du secteur de la santé et sa déclinaison en orientations stratégiques 104 Figure 64 Vision stratégique du tourisme Tunisien 107 Figure 65 Objectifs du Fonds National d’Adaptation et de Résilience et leur intégration dans le paysage de la finance climat 136 Liste des figures Figure 1 Carte des étages bioclimatiques de la Tunisie 17 Figure 2 Trajectoire de la croissance du PIB à prix constants sur la période 2011-2020 18 Figure 3 Evolution du PIB de la Tunisie sur la période 2010-2020 (PIB exprimé en millions de Dinars à prix constants 2010) 18 Figure 4 CARTE représentant le taux de pauvreté en Tunisie sur la période 2014-2015 19 Figure 5 Répartition sectorielle des émissions brutes en 2010 20 Figure 6 Répartition sectorielle des émissions brutes en 2020 20 Figure 7 Trajectoires des émissions de GES dues à l’énergie sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) 20 Figure 8 Trajectoires des émissions de GES dues aux procédés indistriels sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) 20 Figure 9 Trajectoires des émissions/absorptions nettes de l’AFAT sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) 21 Figure 10 Trajectoires des émissions dues aux déchets sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) 21 Figure 11 Potentiel estimé des ressources en eaux de surface, nappes phréatiques et nappes profondes (Source : Revue nationale du secteur de l’eau 2015, MARHP 2016) 27 Figure 12 Evolution de l’intensité carbone nette en Tunisie (téCO2/1000 DT de PIB) 33 Figure 13 Evolution de l’intensité carbone de la Tunisie sur la période 2010-2020 33 Figure 14 Evolution relative des émissions de GES du secteur de l’énergie et du PIB (2010=100) 34 Figure 15 Evolution de l’intensité carbone du secteur de l’énergie sur la période 2010-2020 34 Figure 16 Trajectoires des émissions de GES du secteur des procédés industriels selon la CDN de 2015 et la réalité constatée (MtéCO2) 35 Figure 17 Trajectoires des émissions de GES du secteur AFAT selon la CDN de 2015 et la réalité constatée (MtéCO2) 36 Figure 18 Proposition d’une vision stratégique nationale de « Résilience 2050 » 43 Figure 19 Trajectoires d’évolution de la production d’eaux usées en Tunisie 53 Figure 20 Trajectoires nationales et sectorielles des émissions/absorptions du scénario BaU 54 Figure 21 Evolution de l’intensité carbone de la Tunisie à l’horizon 2050 selon le scénario BaU 55 Figure 22 Emissions des GES du secteur de l’énergie selon le scénario BaU 55 Figure 23 Evolution de l’intensité carbone du secteur de l’énergie selon le scénario BaU 56 Figure 24 Trajectoire BaU des émissions des GES du secteur des procédés industriels à l’horizon 2050 56 Figure 25 Trajectoires BaU des émissions brutes et des absorptions du secteur AFAT 57 Figure 26 Trajectoire de réception des déchets solides par des décharges contrôlées à l’horizon 2050 57 Figure 27 Trajectoire BaU des émissions des GES du secteur des déchets solides d’ici 2050 57 Figure 28 Trajectoire de traitement des eaux usées (EU) selon le BaU à l’horizon 2050 58 Figure 29 Trajectoire BaU des émissions des GES du secteur de l’assainissement à l’horizon 2050 58 Figure 30 Evolution de l’intensité carbone selon le scénario BaC 59 Figure 31 Trajectoires nationale et sectorielles des émissions/absorptions du scénario BaC 59 11 10 ACC Adaptation aux changements climatiques AFAT Agriculture, forêt et des autres utilisations des terres AFD Agence Française de Développement ANPE Agence Nationale de Protection de l’Environnement ANGED Agence Nationale de Gestion des Déchets AP Accord de Paris APAL Agence de Protection et d’Aménagement du Littoral APIA Agence de Promotion des Investissements Agricoles BaC Scénario Bas-Carbone BAD Banque Africaine de Développement BaU Abréviation anglaise de Business-as-Usual ; vocable utilisé pour désigner le scénario de référence BFPME Banque de Financement des Petites et Moyennes Entreprises BM Banque Mondiale CCNUCC Convention-cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques CC Changements climatiques CCS Carbon Capture and Storage CDB Convention sur la diversité biologique CDC Caisse des Dépôts et Consignations (Tunisie) CDN Contribution Déterminée au niveau National CG3C Comité sectoriel de Gestion et de coordination sur les changements climatiques dans le secteur de l‘agriculture CNEA Centre National des Etudes Agricoles CNDD La Commission Nationale pour le Développement Durable CO2 Dioxyde de carbone CRDA Commissariat Régional de Développement Agricole CTER Commission technique de la production privée d’électricité à partir des énergies renouvelables DGACTA Direction Générale de l’Aménagement et de la Conservation des Terres Agricoles DGF Direction Générale des Forêts EE Efficacité énergétique ENC Eaux Non Conventionnelles ER ou EnR Abréviations utilisées indistinctement pour les énergies renouvelables ESG (Critères) Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance ETS Emission Trading System FAO Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture FOSDAP Fonds Spécial de Développement Agricole et la Pêche FMC Fonds de mutualité pour l’indemnisation des dommages agricoles dus aux calamités naturelles FVC Fonds Vert pour le Climat GDA Groupements de développement agricole GES Gaz à effet de serre GIEC Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat GWP Global Water Programme IDH Indice de Développement Humain IDG Indice de Développement de Genre IIG Indice d’Inégalité de Genre INGC Institut National des Grandes Cultures INM L’Institut National de la Météorologie INS L’Institut National de la statistique MALE Ministère des Affaires Locales et de l’Environnement (ancienne appellation de l’actuel ministère de l’environnement) MARHP Ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche MEH Ministère de l’Équipement et de l’Habitat ODD Objectifs de développement durable OEP Office de l’Elevage et des Pâturages OMM Organisation Météorologique Mondiale OMT L’Organisation mondiale du tourisme ONAS Office National de l’Assainissement ONAT Office National de l’Artisanat de Tunisie ONME Observatoire national des maladies nouvelles et émergentes ONTT Office national du tourisme tunisien ONU Organisation des Nations Unies PIB Produit Intérieur Brut PNA Le Plan National d’Adaptation PNUD Programme des Nations Unies pour le Développement PRG Pouvoir de Réchauffement Global PSE Paiements pour Services Environnementaux RCC Résilience aux Changements Climatiques RCP Representative Concentration Pathway (Abreviation anglaise utilisée pour désigner les trajectoires représentatives de concentration) REUT Réutilisation des Eaux Usées Traitées RGPH Recensement Général de la population et de l’habitat STEP Station d’épuration des eaux usées SNBC Stratégie Nationale Bas-Carbone SNRCC Stratégie Nationale de Résilience aux changements climatiques SONEDE Société Nationale d’Exploitation et de Distribution des eaux TCN Troisième Communication Nationale UE Union Européenne UGPO Unité de Gestion par Objectifs USD Dollar américain Acronymes 13 12 L’Accord de Paris (AP) vise à renforcer la riposte mondiale face aux changements climatiques et à leurs impacts potentiels en engageant les pays à accélérer la transition bas-carbone, dans le but de contenir la hausse de la température globale à l’horizon de 2100 nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels, voire la limiter à 1,5 °C.1 Afin de parvenir à cet objectif, l’Accord de Paris prévoit d’atteindre la neutralité carbone 2 au niveau planétaire à partir de 2050. L’Article 4.19 de l’AP invite les parties à préparer et soumettre une stratégie nationale bas-carbone à long-terme (SNBC). Par ailleurs, le paragraphe 35 de la décision 1/CP.21 invite les Parties à « communiquer à la COP, leurs SNBC pour le milieu du siècle (2050) et charge le Secrétariat de publier sur le site Web de la CCNUCC les SNBC communiquées par les Parties ». En préparant une SNBC&RCC, le défi d’un pays en développement comme la Tunisie consisterait à chercher les meilleurs moyens d’atteindre un double objectif ; i) adopter un modèle de développement garantissant la croissance économique et le bien-être général dans un contexte totalement inédit imposant une réactivité forte face aux risques climatiques et aux transformations accélérées que cela induit, et ii) Imprimer des trajectoires GES conformes aux préconisations de l’Accord de Paris, selon les priorités et les spécificités nationales. Pour cette raison, la Tunisie avait, dès le départ, opté pour la préparation d’une SNBC&RCC 3 ; sous la forme d’une stratégie combinant transition bas-carbone et résilience aux changements Climatiques. Les études relatives à la SNBC&RCC ont été lancées en novembre 2020, sous la supervision du ministère chargé de l’environnement.4 Ces études ont été réalisées sur la base de larges concertations avec les principales parties-prenantes concernées par la problématique des changements climatiques en Tunisie, incluant les institutions publiques, la société civile, le secteur privé, et les experts opérant dans les différents domaines et secteurs de l’atténuation des GES, d’adaptation et de résilience face aux effets des changements climatiques. En ratifiant l’Accord de Paris sur le Climat en 2016, la Tunisie s’est engagée à formuler et communiquer à la CCNUCC sa Stratégie Nationale de développement bas carbone à l’horizon 2050. Par ailleurs, l’Accord de Paris, dans son article 7, préconise l’établissement d’un objectif mondial en matière d’adaptation consistant à renforcer les capacités d’adaptation et accroitre la résilience aux changements climatique, dans une optique de développement durable. A cet effet, la Tunisie a opté pour l’élaboration d’une Stratégie intégrant et combinant la composante transition bas-carbone, d’une part, et la résilience aux changements climatiques d’autre part et en se fixant un horizon précis : 2050 (SNBC&RCC 2050). Cette stratégie a été élaborée sous l’égide du Ministère chargé de l’Environnement avec le soutien de la GIZ. Pour la Tunisie, la SNBCC-RCC est considérée comme opportunité pour soutenir la reprise de la croissance économique, associée à un développement durable, à faibles émissions de GES et résilient aux changements climatiques. Le présent document présente les grandes lignes de la SNBC&RCC et constitue ainsi un texte résumant les deux stratégies respectives : la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) 5 et la Stratégie Nationale de développement Résilient aux Changements Climatiques (SNRCC).6 Ces deux stratégies forment les deux facettes d’une même pièce et sont présentées dans le présent document de manière combinée et intégrée afin de maximiser les synergies entre atténuation et adaptation. La trajectoire bas-carbone Des études prospectives ont été menées dans le cadre des travaux de la SNBC2050. Elles ont permis d’analyser les implications nationales et sectorielles, découlant de l’objectif de limiter le réchauffement climatique en dessous de 2°C et même de 1,5°C, comme convenu au niveau international. Travailler sur des trajectoires prospectives permet d’imaginer les horizons des possibles et des souhaitables, et présente une opportunité unique pour définir les indispensables changements pour assurer à la fois la durabilité du développement, et s’inscrire dans les engagements pris vis à-vis de la CCNUCC et de l’Accord de Paris. Ces études ont servi de base pour définir les ambitions de la composante transition bas-carbone de la stratégie. Ainsi, la stratégie s’appuie sur toutes les options d’atténuation proposées par les différentes études conduites. Celles-ci ont ainsi permis de mettre en avant une transition bas carbone viable, réelle, et génératrice de développement économique. L’anticipation du futur a été étudiée à travers deux scenarii prospectifs : (i) un scénario de référence (BaU) considérant un prolongement tendanciel des pratiques sectorielles impactant Avant-propos Introduction 1 Article 2 de l’Accord de Paris. 2 Equilibre entre les émissions anthropiques et les absorptions de gaz à effet de serre par des puits de carbone. 3 Stratégie nationale bas carbone et résiliente aux changements climatiques. Cf. « Guide des lignes directrices pour la préparation de la stratégie nationale bas carbone à long terme et résiliente aux Changements Climatiques ». Ministère chargé de l’Environnement/GIZ, 2018. 4 Il faut rappeler que les travaux SNBC-2050 visant le secteur de l’énergie avaient été lancés en juin 2018, dans le cadre d’une opération séparée, menée par l’ANME avec l’appui du PNUD. Les résultats de la SNBC énergie ont été repris et intégrés dans la SNBC&RCC, objet du présent document. 5 Pour plus de détails, se référer au document-maître: „ Stratégie de neutralité carbone de la Tunisie à l’horizon 2050“. Ministère de l’Environnement/ Agence Nationale de Maîtrise de l’énergie/GIZ. Mars 2022. 6 Pour plus de détails, se référer au document-maître: „ Stratégie Nationale de développement Résilient au Changement Climatique de Tunisie (SNRCC) Rapport final. Ministère de l’Environnement/GIZ. Mars 2022. 15 14 les émissions de GES, (ii) un scénario bas-carbone optant pour une trajectoire ambitieuse visant la neutralité carbone à horizon 2050, et parfaitement concordante avec l’objectif de l’Accord de Paris sur le Climat (article 2). Dans la composante transition bas-carbone, la Tunisie a opté pour l’ambition d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. Cette ambition est réalisable en entamant une véritable transition bas-carbone, dans le cadre de la CDN actualisée, et en l’accélérant après 2030. Elle sera possible moyennant l’existence de facteurs favorables à trois niveaux déterminants : le financement, le partenariat, et l’adoption rapide de l’innovation technologique (cf. section 5.2). En effet, la neutralité carbone s’inscrit dans une dynamique volontariste affichée par plusieurs pays lors de la 26ème Conférence des Parties (COP-26) qui s’est tenue à Glasgow en novembre 2021. La SNBC&RCC 2050 a été pensée dans une optique de transformation de l’économie, et en se positionnant en leadership dans l’adoption des pratiques et technologies du futur dans l’esprit du Pacte de Glasgow pour le Climat (PGC). Les objectifs à l’appui de la stratégie sont multiples et concernent non seulement la diminution des émissions de GES dans tous les secteurs d’activité, mais également l’émergence de nouvelles activités économiques créatrices de valeurs et de richesses ; favorisant la création de nouveaux emplois qualifiés, ce qui amènera à une croissance verte de l’économie tunisienne. Plus généralement, cela s’inscrit dans la poursuite des objectifs de développement durable (ODD) de la Tunisie, conformément aux orientations stratégiques et aux politiques sectorielles. La trajectoire de résilience aux changements climatiques Le processus d’élaboration de la Stratégie Nationale de Résilience aux Changements Climatiques (SNRCC) a été basé sur une large concertation avec l’ensemble des secteurs/domaines d’activités les plus vulnérables aux changements climatiques (CC) ainsi que l’utilisation des données, des outils et des approches les plus récentes et les plus innovantes. La composante résilience de la stratégie s’inscrit dans une approche globale, prenant en compte les évolutions, actuelles et futures, des secteurs vulnérables prioritaires, du climat et de la situation socio-économique du pays. Elle fixe l’objectif à long terme en matière d’adaptation de la Tunisie aux CC ainsi que les principaux chantiers à conduire et les moyens à mobiliser pour y parvenir. La composante résilience de la stratégie s’inscrit dans une voie de développement durable, à travers la proposition d’un ensemble d’actions à mettre en place et de mécanismes d’adaptation ayant pour but d’impulser le changement. Celle-ci cherche également à garantir la compatibilité du modèle de développement tunisien avec les nouvelles réalités climatiques. De la même manière que la composante transition bas-carbone de la stratégie, elle est alignée avec les Objectifs de Développement Durable (ODD) et s’inscrit en cohérence avec la Contribution Déterminée au niveau National (CDN), actualisée en 2021. La composante résilience de la stratégie propose un scénario et une vision de résilience, prenant le contre-pied des vulnérabilités identifiées et visant à renforcer les capacités d’adaptation à long terme de la Tunisie. Une trajectoire est ainsi définie pour la période 2022-2050, basée sur des adaptations à la fois incrémentales et transformationnelles. Celle-ci est ensuite déclinée en un plan d’action opérationnel et quantifié. Elle définit également les conditions de sa mise en œuvre tant sur le plan institutionnel, politique et réglementaire que du point de vue du dispositif de suivi évaluation et de révision à mettre en place durant toute la pérode de sa mise en oeuvre. Le présent document de la SNBC&RCC s’articule autour de huit chapitres : n Un premier chapitre : Etat des lieux ; introduisant les circonstances nationales, permettant de mieux comprendre le contexte géographique, climatique, économique et social au sein duquel évolue la Tunisie, et présentant l’analyse de l’évolution du profil GES de la Tunisie, et des trajectoires des émissions de GES sur la décennie 2010-2020, n Un second chapitre présentant les enjeux de la vulnérabilité pour la Tunisie. n Un troisième chapitre présentant les politiques d’atténuation mises en œuvre à ce jour en Tunisie. n Un quatrième chapitre présentant la vision de la Tunisie en matière de transition bas-carbone, qui a guidé les travaux prospectifs et la détermination des objectifs de la composante transition bas-carbone de la stratégie, d’une part, et la vision stratégique de résilience 2050 qui a guidé les travaux portant sur la résilience, d’autre part. n Un cinquième chapitre présentant la stratégie nationale bas-carbone avec pour point de mire la neutralité carbone à l’horizon 2050, telle que convenue à l’issue des travaux prospectifs et des larges concertations avec les acteurs. Ce chapitre est le cœur de la composante Atténuation des GES de la SNBC&RCC et est essentiel pour la compréhension de la composante transition bas-carbone de la stratégie. n Un sixième chapitre décrivant la stratégie nationale de résilience aux CC, telle que convenue à l’issue des travaux et études sur la vulnérabilité et l’adaptation et des larges concertations avec les acteurs. Ce chapitre est le cœur de la composante Adaptation/Résilience de la SNBC&RCC et est essentiel pour la compréhension de la composante résilience aux changements climatiques de la stratégie. n Un septième chapitre présentant les interdépendances et synergies entre les deux composantes stratégiques. n Un huitième chapitre décrivant les aspects transversaux accompagnant la SNBC&RCC, ainsi que les modalités de mise en œuvre et de suivi. 17 1.1. Circonstances nationales 1.1.1. Géographie et climat D’une superficie totale de 164 000 km2, la Tunisie est située au nord de l’Afrique, sur la rive sud de la Méditerranée et à la jonction entre les bassins oriental et occidental méditerranéens. La Tunisie possède 1 300 km de côtes, sur ses deux façades Est et Nord et n’est séparée de l’Europe que par le détroit sicilo-tunisien large de 140 km. Figure 1 Carte des régions climatiques de la Tunisie 7 1. ETAT DES LIEUX Un climat marqué par une forte variabilité Cette position charnière de la Tunisie entre les régions tempérées de l’hémisphère Nord et les régions intertropicales, conjuguées aux caractéristiques de son relief, confèrent la succession des zones climatiques suivantes : Au Nord de la Dorsale tunisienne : un climat méditerranéen à saison humide comprenant les nuances suivantes : n Humide n Semi humide n Subhumide Au centre et le golfe de Gabes : un climat semi-aride marqué par une grande variabilité : n Semi-aride n Sub-aride n Aride Au Sud-Ouest : Climat Saharien à rythme méditerranéen. Un pays fortement exposé aux changements climatiques Avec un climat marqué par l’aridité et une grande variabilité, la Tunisie est considérée parmi les pays méditerranéens les plus exposés aux changements climatiques (hot spot). En effet, on s’attend à la poursuite du réchauffement climatique observé déjà depuis les années 70 avec une hausse de la température, varierait selon les régions, au meilleur des cas (RCP 4.5) entre 1°C et 1,8°C à l’horizon 2050 et entre 2°C et 3°C à la fin du siècle. Dans le cas le plus pessimiste (RCP 8.5), l’augmentation pourrait atteindre 4,1°C à 5,2°C à la fin du siècle. Les projections montrent également une baisse des précipitations (-10% à 30% en 2050) ainsi qu’une élévation du niveau de la mer (30 cm à 50 cm en 2050). 7 Source : HENIA (Dir.) : 2008 : Atlas de l’eau Tunis, Université de Tunis ; 186 pages 19 18 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 20 10 20 11 20 12 20 13 20 14 20 15 20 16 20 17 20 18 20 19 20 20 Le plus préoccupant est certainement l’accentuation de la variabilité de notre climat qui se traduit par une fréquence plus accrue de phénomènes climatiques extrêmes (inondations et sécheresses) et qui serait de nature à exacerber une vulnérabilité déjà prononcée. 1.1.2. Démographie, économie et développement Une démographie maîtrisée La Tunisie compte une population estimée à 11,7 millions d’habitants en 2020,8 et une croissance démographique très maîtrisée depuis les années 70, grâce à une politique rigoureuse de « planning familial ». La croissance de la population se situe aux alentours de 1,2% par an, et se trouve depuis plusieurs décennies dans une trajectoire baissière ininterrompue dont la poursuite devrait abaisser cette croissance de moitié d’ici 2030 et des ¾ d’ici 2050. Une économie fortement affectée et exacerbée par la pandémie du COVID-19 L’économie tunisienne a été fortement affectée par l’instabilité politique et les revendications sociales qui ont accompagné ce processus de démocratisation. En effet, la croissance économique n’a pas dépassé 0,7% en moyenne annuelle pour la période 2011 2020 (Figure 2). Figure 2 Trajectoire de la croissance du PIB à prix constants sur la période 2011-2020 Source : Institut National de la Statistique (INS) Alors que la Tunisie misait sur une sérieuse reprise économique à même de la remettre dans la trajectoire de croissance, la crise sanitaire de COVID-19 est venue replonger l’économie tunisienne, qui aura enregistré en 2020, une baisse considérable de -8,6%. Au total, le PIB n’aura finalement progressé que d’environ 7% en termes absolus entre 2010 et 2020 (Figure 3), soit bien moins que la population qui aura progressé de 12% sur la même période. Figure 3 Evolution du PIB de la Tunisie sur la période 2010-2020 (PIB exprimé en millions de Dinars à prix constants 2010) Source : Institut National de la Statistique (INS) Le Plan de développement quinquennal (2016 2020) était structuré autour de 5 axes dont le 5ème est centré sur “Un développement durable basé sur l’économie verte”. L’évaluation à mi-parcours avait mis en exergue un faible degré de réalisation des objectifs de développement, ce qui n’a pas favorisé une prise en compte appropriée des questions environnementales en général et d’adaptation et de résilience aux CC, ainsi que d’atténuation des Gaz à Effet de Serre (GES), en particulier. 1.1.3. Contexte social Le ralentissement de la croissance économique et de l’investissement depuis 2011 a entraîné une hausse du taux de chômage qui s’est établi à 17,4% en fin 2020. Le taux de pauvreté serait passé de 15,5% à 19,7% pour les femmes, et de 14,8% à 18,7% pour 1.2. Profil GES L’analyse du profil GES nécessite, théoriquement, d’avoir accès aux historiques d’inventaire des GES 2010-2020, lesquels ; et en l’absence d’un système national d’inventaire des GES dûment établi, ne sont disponibles que pour la période 2010 à 2012, sauf pour le secteur de l’énergie pour lequel un inventaire complet 2010-2020 est disponible. Les travaux menés dans le cadre de la présente étude ont pu effectuer des approximations pour la période 2013-2020 pour les trois autres secteurs GIEC (Procédés Industriels, AFAT et déchets), de sorte qu’on puisse disposer d’inventaires exhaustifs, et complets,9 au mieux des informations disponibles aujourd’hui. 1.2.1. Trajectoires nationales des émissions des GES La compilation des résultats d’inventaire du secteur de l’énergie, d’une part, et des approximations de toutes les autres sources sectorielles de GES, d’autre part, a permis de reconstituer la trajectoire des émissions de la Tunisie sur la période 2010 2020 (Tableau 1). Tableau 1 Trajectoires des émissions nationales et sectorielles des GES de la Tunisie sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) MtéCO2 Energie 29,1 27,2 28,6 28,5 29,6 29,9 29,4 30,0 30,0 29,5 28,4 Procédés Industriels 5,1 4,4 5,4 5,8 6,3 6,5 6,3 5,7 5,7 5,7 5,6 AFAT -2,3 -3,0 -2,8 -2,1 -1,9 -2,5 -2,6 -2,1 -3,1 -3,2 -3,3 Déchets 2,8 2,8 3,0 3,0 3,0 3,3 3,3 3,3 3,6 3,6 3,8 Emissions nationales 34,7 31,4 34,2 35,3 37,0 37,2 36,3 37,0 36,2 35,6 34,5 nettes Au niveau national, les émissions nettes de GES sont restées quasiment stables à moins de 35 MtéCO2, entre 2010 et 2020, avec de légères variations entre 0,0 % 2,0 % 4,0 % 6,0 % 8,0 % 6,0 % 10,0 % 4,0 % 2,0 % 2011 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 8 Source Institut National de la Statistique. les hommes. Ce choc risquerait non seulement d’annihiler les progrès réalisés en matière de lutte contre la pauvreté, mais également d’accentuer la « féminisation » de la pauvreté. La Carte de la pauvreté en Tunisie, élaborée par l’Institut National de la Statistique (INS) avec l’appui de la Banque Mondiale (Septembre 2020) a permis de mettre en exergue les éléments suivants : n Les délégations les plus rurales sont les plus pauvres ; n Les régions pauvres de l’intérieur sont celles qui souffrent des taux de chômage les plus élevés ; n Les délégations les plus faiblement raccordées aux services de base (eau potable, assainissement, gaz, électricité) sont également les plus pauvres ; n Le logement forme l’une des dimensions de la pauvreté: il existe une relation directe entre la pauvreté et le logement rudimentaire ; n La pauvreté est l’un des facteurs qui constituent un risque important de décrochage scolaire. Figure 4 CARTE représentant le taux de pauvreté en Tunisie sur la période 2014-2015 50 000 55 000 60 000 65 000 70 000 63 055 73 739 67 397 75 000 PIB (millions DT cst 2010) 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 3 055 67 397 21 20 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 la valeur la plus basse de la décennie (31,4 MtéCO2 en 2011) et le pic de la décennie (37,2 MtéCO2 en 2015). La Figure 6 montre, pour l’année 2020, une configuration largement dominée par le secteur de l’énergie (58%), suivie de loin par l’AFAT (22%), puis des procédés (12%), et des déchets (8%). Figure 5 Répartition sectorielle des émissions brutes en 2010 Figure 6 Répartition sectorielle des émissions brutes en 2020 1.2.2. Emissions sectorielles 1.2.2.1. Introduction L’analyse de la trajectoire 2010-2020 des émissions réelles du secteur de l’énergie (Figure 7) révèle une très légère baisse (-2%) entre les deux dates, avec néanmoins quelques fluctuations notables (11%) entre la valeur la plus basse (27,2 MtéCO2) constatée en 2011, et la valeur la plus élevée (30 MtéCO2) enregistrée successivement en 2017 et 2018. Pour le secteur des procédés industriels, la trajectoire 2010-2020 des émissions (Figure 8) est certes légèrement plus contrastée (+11%) entre les deux dates, mais elle est surtout plus saccadée ; avec un écart très important (+47%) entre la valeur la plus basse (4,4 MtéCO2) constatée en 2011, et la valeur la plus élevée (6,5 MtéCO2) enregistrée en 2015. Figure 7 Trajectoires des émissions de GES dues à l’énergie sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) Figure 8 Trajectoires des émissions de GES dues aux procédés indistriels sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) 61% Energie 23% AFAT 10% Procédés 2010 6% Déchets Figure 9 Trajectoires des émissions/absorptions nettes de l’AFAT sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) Figure 10 Trajectoires des émissions dues aux déchets sur la décennie 2010-2020 (MtéCO2) La trajectoire 2010-2020 des émissions/absorptions nettes du secteur AFAT (Figure 9) est beaucoup plus contrastée (+46%) entre les deux dates, mais elle est aussi erratique ; avec un écart notable (+75%) entre la valeur la plus basse (-3,3 MtéCO2) constatée en 2020, et la valeur la plus élevée (-1,9 MtéCO2) enregistrée en 2014. Il faut aussi mettre en exergue le fait notable que les valeurs sont toutes négatives sur la période 2010-2020, signifiant que le secteur AFAT présente toujours un bilan absorbeur net. La trajectoire 2010-2020 des émissions du secteur des déchets (Figure 10) est nettement ascendante, passant de la valeur la plus basse (2,8 MtéCO2 en 3,0 3,5 4,0 4,5 5,0 4,4 5,1 5,6 6,5 5,5 6,0 6,5 7,0 MtéCO2 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 Procédés 4,4 5,1 5,6 AFAT 2,3 3,3 2011 20122010 3,5 3,3 3,1 2,9 2,7 2,5 2,3 2,1 1,9 1,7 1,5 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 MtéCO2 1,9 Déchets 2,8 3,8 3,3 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 MtéCO2 2,8 3,8 3,3 éCO2 9 Des inventaires GES formels et complets devront être réalisés courant 2022 dans le cadre des travaux du troisième rapport biennal. 58% Energie 22% AFAT 8% Déchets 2020 12% Procédés 20 22 24 26 28 27,2 29,1 30,0 28,4 30 32 MtéCO2 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 27,2 28,4 , 2010) à la valeur la plus élevée (3,8 MtéCO2 en 2020), soit une hausse de 38% entre les deux dates. 1.2.2.2. Secteur de l’énergie En Tunisie, l’énergie est le seul secteur GIEC (en référence aux sources d’émissions définies dans la méthodologie d’inventaire des GES du GIEC) ayant fait l’objet d’un inventaire formel des émissions de GES sur la période complète 2010-2020. Les émissions du secteur de l’énergie sont dominées, en 2010, par quatre principales sources d’émissions : les émissions imputables à la combustion dans les industries énergétiques ; principalement le secteur électrique (29%), le transport (24%) et l’industrie (16%). Les émissions fugitives représentaient, quant à elles, 17% des émissions relatives à l’énergie en 2010. En 2020, la structure des émissions aura largement varié : les émissions fugitives ne représentaient plus que 10% des émissions relatives à l’énergie. Les émissions imputables à la combustion gagneraient quelques points, et plus spécialement les industries énergétiques qui accentueraient leur domination ; passant à 34% et les autres secteurs (résidentiel, tertiaire et agriculture) qui gagneraient 3 points par rapport à 2010 ; passant à 16%, le transport et l’industrie manufacturière gardant des contributions quasiment stables. 1.2.2.3. Secteur des procédés industriels 10 La dernière opération formelle d’inventaire des GES pour les procédés industriels a eu lieu en 2012. Il s’agit d’un secteur dominé par quatre secteurs/ sources d’émissions11 : n Le secteur cimentier (9 unités) représente généralement, à lui tout seul, plus de 70% des émissions des procédés industriels ; n Les industries de la céramique (principalement la branche briqueterie), représentent 14% des émissions des procédés industriels ; n L’usage des gaz fluorés (principalement les HFCs), contribue à hauteur d’environ 6% des émissions dues aux procédés industriels ; 23 22 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 n L’acide nitrique (une unité industrielle) représente 5% des émissions des procédés industriels. Dans le cadre des travaux de la SNBC et de la CDN actualisée, il a été possible de faire des 1.2.2.4. Secteur de l’agriculture, de la forêt et de l’utilisation des terres (AFAT) La dernière opération formelle d’inventaire des GES pour l’AFAT a eu lieu en 2012. Les émissions du secteur AFAT se répartissent en quatre principales sources d’émissions (Tableau 3), dominées par l’utilisation du bois (3D) ; dont la biomasse-énergie avec 32% des émissions de GES du secteur. L’élevage (3A) et l’utilisation des terres (3B-production agricole, forêts, etc.) se partagent chacun 26% des émissions du secteur. Les autres sources (3C, principalement l’utilisation des engrais) contribuent à raison de 16% des émissions de GES du secteur. Le secteur AFAT se caractérise aussi par sa capacité de séquestration de carbone. Ainsi, en 2012, le 1.2.2.5. Secteur des déchets Comme pour les deux précédents secteurs, la dernière opération formelle d’inventaire des GES pour le secteur des déchets a eu lieu en 2012. Les émissions du secteur des déchets se répartissent, en 2012, en quatre principales sources d’émissions, largement dominées par les déchets solides (67% des émissions de GES du secteur) et par l’assainissement (27%), les autres sources restant approximations des émissions du secteur de 2013 à 2020, en recoupant des informations et des études ciblant les principales sources d’émissions. Le Tableau 2 montre les résultats de cette reconstitution (cf. aussi Figure 8). secteur avait absorbé 14 millions de tonnes de CO2, attribuables à la biomasse, aux sols ainsi qu’aux MOM12 et litières, principalement grâce à l’arboriculture (54%) et aux écosystèmes forestiers (44%). En simulant les émissions/absorptions du secteur sur la base des données d’activité disponibles ou extrapolées, il a été possible de « reconstituer » la totalité des émissions/absorptions du secteur de l’AFAT sur la période 2013-2020. Le Tableau 3 montre les résultats de cette reconstitution (cf. aussi la Figure 9). Les émissions du secteur AFAT sont largement compensées par les absorptions ; de sorte que les émissions nettes du secteur sont toujours négatives (Tableau 3). mineures. En 2020, la structure des émissions aura varié ; les déchets solides constituant désormais 73% des émissions du secteur, alors que l’assainissement recule nettement (19%), servi à vrai dire par la nette amélioration de ses performances GES. En simulant les émissions du secteur sur la base des données d’activité disponibles ou extrapolées, il a été possible d’en « reconstituer » l’historique sur la période 2013 2020. Le Tableau 4 montre les résultats de cette reconstitution (cf. aussi la Figure 10). Tableau 2 Reconstitution approximative des émissions du secteur des procédés industriels sur la période 2010-2020 MtéCO2 Ciment 3,72 3,1 3,8 4,2 4,5 4,7 4,4 3,9 3,8 3,9 3,9 Briques 0,61 0,6 0,7 0,8 0,82 0,80 0,8 0,7 0,6 0,5 0,5 HFCs 0,24 0,3 0,3 0,4 0,5 0,55 0,6 0,6 0,7 0,8 0,8 Acide nitrique 0,27 0,14 0,28 0,21 0,21 0,21 0,21 0,21 0,32 0,26 0,16 Autres procédés 0,24 0,35 0,25 0,270 0,288 0,31 0,29 0,26 0,25 0,25 0,25 Total BaU 5,08 4,44 5,42 5,85 6,27 6,53 6,26 5,74 5,71 5,74 5,65 20 10 20 11 20 12 20 13 20 14 20 15 20 16 20 17 20 18 20 19 20 20 Tableau 3 Reconstitution approximative des émissions du secteur AFAT sur la période 2010-2020 MtéCO2 3A-Elevage 2,9 2,9 2,8 2,9 2,9 2,9 2,9 2,8 2,7 2,7 2,6 3B-Utilisation Terres -10,5 -10,7 -10,9 -10,3 -10,5 -10,6 -10,8 -10,9 -11,0 -11,1 -11,3 3C-Autres sources et Non-CO2 1,6 1,6 1,7 1,8 2,0 1,6 1,7 2,4 1,6 1,6 1,6 3D-Autres (biom-énergie …) 3,65 3,23 3,56 3,58 3,60 3,61 3,63 3,65 3,67 3,69 3,7 Bilan net réel -2,3 -3,0 -2,8 -2,1 -1,9 -2,5 -2,6 -2,1 -3,1 -3,2 -3,3 Tableau 4 Reconstitution approximative des émissions du secteur des déchets sur la période 2010-2020 MtéCO2 Déchets solides 1,9 2,0 2,0 2,1 2,1 2,2 2,3 2,5 2,5 2,7 2,8 Stockage margines 0,1 0,1 0,1 0,2 0,0 0,2 0,1 0,1 0,2 0,1 0,2 Assainissement 0,8 0,7 0,8 0,7 0,8 0,8 0,8 0,8 0,8 0,7 0,7 Autres 0,04 0,03 0,04 0,04 0,04 0,04 0,04 0,05 0,05 0,1 0,1 Total 2,77 2,8 3,0 3,0 3,0 3,3 3,3 3,3 3,6 3,6 3,8 20 10 20 11 20 12 20 13 20 14 20 15 20 16 20 17 20 18 20 19 20 20 20 10 20 11 20 12 20 13 20 14 20 15 20 16 20 17 20 18 20 19 20 20 10 L’appellation « secteur des procédés » se réfère à la source d’émissions, telle que désignée par l’IPCC2006. 11 Source: inventaire national des GES, 2012. 12 Matières Organiques Mortes. 25 24 2.1. L’agriculture : une activité ayant une contribution significative à la résilience des populations rurales 2.1.1. Un rôle économique et social important L’agriculture tunisienne revêt une importance cruciale du fait de sa contribution à la sécurité alimentaire. Elle garantit également une activité économique essentielle notamment pour les populations rurales ainsi qu’une dimension sociale importante, base de leur résilience face aux CC. L’agriculture joue un rôle économique et social assez important en Tunisie. Ainsi, sa contribution au PIB a été de 10,7 % en 2018,13 variable néanmoins en fonction des apports pluviométriques annuels, et sa part dans les investissements globaux atteint 6,6%. En termes d’emploi, le secteur occupe 16 % de la main d’œuvre active totale.14 A ces agrégats, il est nécessaire d’ajouter les contributions indirectes via le secteur agro-alimentaire que l’agriculture approvisionne en grande partie. 2.1.2. Principaux défis du secteur agricole dans un contexte des CC A peine la moitié de la surface de la Tunisie est théoriquement cultivable ; avec, en plus de fortes contraintes liées au morcellement des terres, et aux faibles moyens d’exploitation, de production, et d’accès au financement. L’agriculture fait face à des défis majeurs en liens avec les changements climatiques : n Les premiers résultats du Plan National d’Adaptation (MARHP/AFD-2020-2021) prédisent un état de la sécurité alimentaire en Tunisie qui se dégraderait en s’accélérant dès 2050. n Des ressources en eau et sols limitées et sous pression ; 2. LES ENJEUX DE LA VULNÉRABILITÉ AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES n Absence d’une assurance contre les dégâts occasionnés par les phénomènes extrêmes, surtout d’origine climatique ; n Faible contribution de la recherche pour un développement résilient du secteur ; n Une contribution limitée de la composante vulgarisation en tant qu’élément de relais pour le transfert des technologies et la diffusion des bonnes pratiques ; n Une dégradation de la diversité génétique et de l’agro-biodiversité en général. 2.1.3. Les orientations stratégiques dans le domaine de l’agriculture Elles sont basées sur plusieurs stratégies élaborées et/ou mises à jour touchant les principaux domaines en relation directe avec l’activité agricole : n Stratégie de conservation des eaux et des sols à l’horizon 2030 ; n Stratégie de développement durable des oasis 2030 ; n Plan National d’Adaptation aux effets du CC : composante sécurité alimentaire ; n Programme d’action national de lutte contre la désertification 2018-2030 ; n Programme de définition des cibles de neutralité en matière de dégradation des terres en Tunisie rapport final - Mars 2021 ; n Stratégie et plan d’action nationaux pour la biodiversité 2018-2030 ; n Stratégie « Eau 2050 », en cours d’élaboration. 2.2. Pêche et aquaculture : entre atouts naturels et ressources halieutiques en déclin Avec 2 290 km de linéaire littoral total, la Tunisie possède des atouts naturels favorables à la pêche et à l’aquaculture. La Tunisie compte actuellement 13 ONAGRI, Annuaire statistique 2018. Document en langue Arabe. http://www.onagri.nat.tn/uploads/statistiques/cheptel 2017 2018.pdf 14 IRAM, AGER, Ministère de l’Agriculture et Agence Française de développement, 2015. Etude de reformulation concertée du Programme de mise à niveau des exploitations agricoles en Tunisie Argumentaire de politique publique présentant différents scénarios de mise à niveau des exploitations agricoles. 27 26 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 41 ports de pêche disposant d’une capacité d’accueil d’environ 15.000 unités. En parallèle, 21 fermes en pisciculture marine assurent 85% de la production aquacole, le reste étant produit en aquaculture continentale dans 23 barrages et retenues d’eau. 2.2.1. Dimension socio-économique et évolution de l’activité Le secteur de la pêche et de l’aquaculture constitue l’un des piliers de l’agriculture tunisienne, il revêt une dimension socio-économique importante du fait de son expansion, à savoir : n Une production de la pêche totale de 130 000 tonnes en 2017 avec un taux de croissance annuel de l’ordre de 2,6 % ; n Une production aquacole de 14 425 tonnes en 2015 (FAO), représentant près de 10 % de la production halieutique totale tunisienne ; n Une valeur de la pêche et de l’aquaculture qui s’est élève à 8 % (en 2016) de la valeur globale de l’agriculture tunisienne, soit près de 1,9 % au produit national brut ; n Une troisième position au niveau des exportations agricoles. 2.2.2. Principaux défis et enjeux du secteur de la pêche et de l’aquaculture dans le contexte des CC Avec les transformations attendues des écosystèmes en relation avec le CC (augmentation de la température, salinisation, acidification,) le secteur de la pêche est confronté à 3 grands défis : n Le tarissement des ressources halieutiques causé par les pressions anthropiques et aggravé par les impacts du CC ; n La régression de l’activité aquacole, hautement vulnérable aux CC ; n L’accentuation de la diminution de l’exportation en quantité des produits de la pêche. 2.2.3. Orientations stratégiques dans le domaine de la pêche Plusieurs stratégies en relation avec le secteur de la pêche et de l’aquaculture ont été élaborées, la plus récente est la stratégie de la promotion du secteur de la pêche et de l’aquaculture (2015). 2.3. Les écosystèmes naturels : des services écosystémiques vulnérables 2.3.1. Rôles économique et social des forêts La superficie forestière totale en Tunisie est passée de 643 000 ha en 1990 à 1 041 000 ha en 2015 (FAO 2015), soit une augmentation de 62% au cours des vingt-cinq dernières années. Quant aux usagers de la forêt, ils sont évalués à plus de 730.000 personnes (représentant 21 % des populations rurales, et totalisant 7 % de la population tunisienne), dont près de 30 000 vivent dans les forêts.15 Le développement socio-économique et la réduction de la pauvreté dans ces territoires défavorisés représentent ainsi un moyen pour : i- réduire la pression anthropique sur les forêts et renforcer leur résilience face aux CC, ii- renforcer également la résilience de ces populations démunies faces aux CC. 2.3.2. Les ressources pastorales surexploitées dans un état de dégradation avancée Les parcours représentent 33 % de la superficie de la Tunisie et ils sont localisés à 60% au Centre et au Sud du pays. Ils sont dans un état de dégradation avancée (73% pour le Nord, 78% pour le Centre et 80% pour le Sud) et le surpâturage exerce une pression importante sur ces écosystèmes. Par ailleurs, une situation de déficit structurel vis-à-vis des ressources pastorales fournies par les parcours naturels conjuguée à la dépendance grandissante aux compléments alimentaires, dont une grande partie est importée, est de nature à rendre l’élevage plus vulnérable et à diminuer la résilience des éleveurs face aux CC (NAP-Sécurité Alimentaire. 2020-2021) 16. Pour faire face à cette situation, le dernier Plan d’Action National de Lutte Contre la Désertification (MALE. 2019) 17, a identifié une cible nationale en matière de Neutralité de la Dégradation des Terres (NDT) de l’ordre 2.2 millions d’ha de terres jugées dégradées et qu’il faut restaurer/réhabiliter. C’est cette cible qui a été adoptée et inscrite dans les ODD de la Tunisie (2030). 2.3.3. Principaux défis des écosystèmes naturels dans le contexte des CC Les principaux défis qui pèsent sur l’équilibre des écosystèmes naturels, leur capacité de régénération et le maintien, voire le développement des biens et des services sont : n Une gestion irrationnelle se traduisant par l’absence d’une vision intégrée des écosystèmes, n La faiblesse et le manque d’actualisation des arrangements institutionnels et des processus et des procédures législatives et réglementaires ainsi que l’absence d’un système de suivi/évaluation, n Le manque de moyens humains et financiers pour engager les travaux d’aménagements de de réhabilitation ainsi que le recours quasi systématique aux financements internationaux. 2.4. Les ressources en eau : vitales dans le contexte climatique tunisien 2.4.1. Des ressources limitées associées à une grande disparité régionale La Tunisie dispose d’un potentiel moyen annuel de 4,8 milliards de m3 d’eau mobilisable 18 susceptible de satisfaire les besoins socio-économiques. Ce potentiel est caractérisé par une très grande variabilité spatiale ; avec 81 % des eaux de surface situées dans le Nord, contre uniquement 12 % dans le centre et 7 % dans le Sud. Les eaux souterraines sont situées à environ 50% dans le Nord pour les nappes phréatiques et à environ 55% dans le Sud du pays pour les nappes profondes. Cette situation explique le besoin des transferts d’eau entre les différentes régions naturelles du pays. 2.4.2. Des ressources en eau non conventionnelles peu valorisées En 2019, le potentiel des ressources non conventionnelles s’élevait à 284 Mm3 produit par 122 stations d’épuration dont seulement 7,3% de réutilisation directe (rapport de l’ONS 2020). Quant au dessalement d’eau de mer, il a démarré avec la station de dessalement de Djerba qui a produit 7.8 Mm3 en 2018. L’apport additionnel à l’horizon 2025 des stations en cours de construction serait d’environ 2 % du potentiel total. 2.4.3. Principaux défis et enjeux du secteur de l’eau dans le contexte des CC Les principaux défis qui pèsent sur le secteur de l’eau sont de plusieurs ordres : Figure 11 Potentiel estimé des ressources en eaux de surface, nappes phréatiques et nappes profondes (Source : Revue nationale du secteur de l’eau 2015, MARHP 2016) 16 Op. Cit. 30. 17 MALE-DGEQV 2019, Plan d’Action National de Lutte Contre la Désertification 2018-2030. Document en cours de publication. Voir : Système de circulation de l’Information sur la désertification : http://www.scid.tn/fr/ 18 Revue nationale du secteur de l’eau 2015, MARHP, 2016. 15 DGF & FAO, 2012. Étude sur la caractérisation de la population forestière en Tunisie. Avril 2012. 89 p. 0 1 000 2 000 Eau de surface Nappes phréatiques TotalNappes profondes 3 000 4 000 2 190 4 875 320 190 902 1099 2 700 5 000 6 000 Po te nt ie l ( M m 3) Centre SudNord Total Eau de surface N TNappes profondes 2 190 902 1099 Centre SudNord 2 700 320 190 2 875 29 28 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 n Des capacités de mobilisation limitées suite à l’envasement des barrages : une capacité initiale de de mobilisation 3540 Mm3 est réduite par l’envasement à 2656 Mm3 (2018) ; n La surexploitation des nappes souterraines : nappes phréatiques (118 %) et nappes profondes (126 %) avec un risque accru de salinisation et un coût économique du prélèvement plus important ; n La prolifération des forages illicites surtout après 2011 (18031 forages en 2018) ; n L’impact des CC et sa conjugaison avec une certaine fragilité rurale (écologique et socio économique) susceptible de générer des impacts en cascades. 2.4.4. Orientations stratégiques du secteur de l’eau Plusieurs stratégies en relation avec l’eau ont déjà été élaborées et d’autres sont en cours : n La Stratégie de l’eau 2050 en Tunisie, Institut Tunisien des Etudes Stratégiques, 2011 ; n La Stratégie nationale d’économie verte (MALE, 2015) ; n La stratégie Eau 2050, MAPRH, 2020 (en cours) ; n Le Nouveau Code des eaux en cours d’approbation par l’ARP ; n Le plan Directeur National de Réutilisation des Eaux Usées Traitées en Tunisie «WATER REUSE 2050» : en cours de réalisation. 2.5. Frange littorale : une importance socio-économique vitale 2.5.1. Une importance socio-économique capitale Le littoral tunisien concentre plus de 76% de la population, soit près de 8 millions d’habitants. Il abrite plus de 95% de la capacité d’hébergement et des activités touristiques et 87 % des activités industrielles (87%). De même, la moitié du potentiel hydrique des nappes phréatiques se trouve dans des aquifères côtiers et constitue environ 7% des ressources en eau mobilisables du pays. 2.5.2. Principaux défis et enjeux du littoral tunisien dans le contexte des CC Les principaux défis qui pèsent sur le littoral, en lien avec les CC, sont de plusieurs ordres : n La submersion des terres basses : Avec une élévation du niveau de la mer (ENM), les terres basses en arrière côte et en contact direct avec la mer ou les zones humides seraient partiellement submergées : les superficies à risque s’élèvent à environ 116 130 hectares (l’étude de la vulnérabilité (APAL, 2012) ; n L’érosion et la perte des plages : L’amplification des aléas physiques tels que la houle et par suite à l’ENM pourrait avoir des conséquences sur la stabilité des plages et par suite des répercussions économiques sur les zones de plaisance, de tourisme balnéaire, etc… ; n La transformation des écosystèmes marins : La submersion, l’augmentation de la température des eaux, de la salinité, de l’acidité pourraient avoir des conséquences sur les services écosystémiques ; n Les ressources en eau littorales : Les pertes en ressources en eau ont été estimées à 221 Mm3 sur un total de ressources phréatiques littorales estimées de l’ordre de 291 Mm3 (APAL, 2012) ; n Les ressources agricoles littorales : sur 116 000 ha de terres potentiellement submersibles avec l’ENM, il y aurait plus de 43 000 hectares de terres agricoles (APAL, 2012), soit un linéaire d’environ 492 kilomètres réparties entre Arboriculture (9%), cultures annuelles (15%), cultures irriguées (6%), parcours (49%), autres zones agricoles (10%) ; n L’aménagement du territoire sur le littoral : environ 3 100 hectares de côtes urbaines tunisiennes sont menacés de submersion engendrée par une ENM répartie entre 1790 hectares de zones résidentielles, 780 hectares de zones industrielles et 560 hectares de zones touristiques, soit près de 300 000 habitants ; n Le tourisme balnéaire : Sur les 570 km de plages existantes, exploitées notamment par l’activité touristique, 190 km sont en état de dégradation nette et risquent de disparaitre. 2.5.3. Principales orientations stratégiques Sur la base des études réalisées, les principales orientations stratégiques retenues sont : n Le renforcement de la connaissance sur les paramètres en relation avec l’ENM par la mise en place d’un réseau de surveillance et suivi des paramètres océanographiques ; n Le renforcement de la capacité physique d’adaptation et de résilience des côtes tunisienne aux effets du CC ; n La lutte contre l’érosion côtière et la mise en place d’un Programme de Protection du Littoral ; n L’intégration des impacts du CC dans le Schéma National d’Aménagement du Territoire. 2.6. Santé : des enjeux en termes de risques sanitaires liés au climat 2.6.1. Les performances en relation avec la résilience sanitaire face aux CC Le secteur de la santé constitue l’un des principaux piliers de développement économique et social de la Tunisie. Il a enregistré durant les dernières décennies des performances intéressantes : n Une espérance de vie en augmentation : passant de 47,1 ans au cours des années 1960 à 75,78 ans en 2008 et à 77,4 ans en 2015, plaçant la Tunisie au 64ème rang mondial ; n Un accès à l’eau potable important mais inégale : le taux national de desserte en eau potable atteint 97,7% en 2016 (INS) avec une forte disparité régionale (50,3 % à Sidi Bouzid) ; n Une offre de soin importante mais une inégalité d’accès aux services de base : En moyenne en 2015, la distance d’accès à un hôpital régional était de 39,5 km. Ainsi, à l’instar de l’accès aux soins médicaux, l’accès à l’eau potable et à l’assainissement sont difficiles au niveau des régions rurales. Il constitue un facteur déterminant de la santé qui fragilise la résilience des populations de ces régions face aux CC. 2.6.2. Relation entre la santé et les changements climatiques Les caractéristiques du milieu environnant sont des déterminants clés de la santé. Avec le CC, le milieu est amené à changer et il est susceptible d’impacter la santé à travers : n Effets directs : i- Conditions climatiques moyennes : saisonnalité et ii- Phénomènes climatiques extrêmes (Vague de froid, vague de chaleur, inondations, sècheresses, etc.,) ; n Effets indirects : i- transformation de l’environnement et perturbations écologiques, ii- modification de vecteurs de maladies, iii modification des pathogènes hydriques, iv- qualité de l’eau et de l’air, v- disponibilité et qualité des aliments. 2.6.3. Stratégie d’Adaptation du Secteur de la Santé aux Changements Climatiques (2010) La Stratégie nationale d’adaptation du secteur de la santé, élaborée par le Ministère de la Santé Publique (2010), a proposé les orientations stratégiques suivantes : n Renforcer la surveillance des maladies sensibles aux effets du CC et développer la capacité de détection précoce et d’alerte rapide des phénomènes à potentiel épidémique ; n Développer les capacités des professionnels de santé à faire face aux effets du CC sur la santé ; n Sensibiliser la population générale et les groupes vulnérables aux risques liés aux CC ; n Renforcer la collaboration intersectorielle en matière l’adaptation aux effets du CC sur la santé. 31 30 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 2.7. Tourisme : des produits alternatifs durables 2.7.1. Enjeux stratégiques du secteur touristique En 1989, le tourisme couvrait 98% du déficit commercial de la Tunisie et contribuait à raison de 16% au PIB.19 A partir des années 2000, souffrant notamment d’une dominance d’une offre « mono-produit », le tourisme s’engouffre dans une crise structurelle. Ceci a eu pour conséquence de ramener sa contribution au PIB à 9% et le taux de couverture du déficit commercial à 50%. Ces ratios ont continué à chuter durant ces dernières années. En 2019, le tourisme tunisien a connu une embellie à deux chiffres après avoir subi plusieurs crises conjoncturelles, suite à la révolution de 2011 et l’instabilité politique qui l’a succédé. 2.7.2. Les impacts significatifs de la crise covid19 sur le tourisme tunisien La crise du COVID19 a été fatale sur l’industrie touristique en Tunisie réduisant son activité de (-76%) durant les 9 premiers mois de 2020 comparé à l’année 2019. Les recettes ont totalisé 1755.3 millions de dinars (janv. Sept 2020), soit une chute de (-59.8%) par rapport à la même période de 2019 et de (-33.6%) par rapport à 2010. Les recettes ont totalisé 2 milliards de dinars selon la Banque Centrale de la Tunisie, soit une chute de (-64%%) par rapport à 2019. Selon le ministère du tourisme tunisien, 114 unités hôtelières ont fermé alors que la fédération tunisienne des agences des voyages a déclaré que plus de 80% des agences ont dû fermer. 2.7.3. Impacts du changement climatique Les impacts potentiels du CC sont : i- l’amplification du processus d’érosion, ii- l’ENM qui aura des répercussions néfastes sur les écosystèmes côtiers et les infrastructures hôtelières, iii- l’aggravation du stress hydrique et iv- la récurrence des phénomènes météorologiques extrêmes. Ces risques vont se traduire concrètement par la : n Régression de la qualité des prestations touristiques, notamment le degré de confort ; n Perturbation du tourisme littoral suite à l’ENM ; n Augmentation des charges d’exploitation chez les hôtels (coût d’acquisition d’énergie, coût d’approvisionnement en eau, conflits d’usage sur les ressources naturelles,) ; n Diminution de la biodiversité et dégradation des écosystèmes et des paysages. 2.7.4. Les orientations stratégiques pour l’adaptation du secteur du tourisme aux CC La stratégie d’adaptation du secteur du tourisme aux CC (MEDD, 2010) est articulée autour de 4 axes : n Améliorer la gestion des bâtiments ; n Revoir l’aménagement pour tenir compte de la dégradation des ressources touristiques ; n Améliorer l’offre touristique du pays pour limiter la vulnérabilité de l’activité ; n Repenser des modes de transports touristiques plus efficaces en énergie. Ces axes sont déclinés en 15 orientations stratégiques visant à répondre aux enjeux du secteur : n Réduire la vulnérabilité du tourisme en limitant sa dépendance aux ressources susceptibles de se dégrader (les plages et l’eau douce) et en valorisant des ressources moins vulnérables ; n Mieux exploiter le potentiel climatique en améliorant la gestion des vagues de chaleur et en ajustant la répartition spatiale et saisonnière du tourisme ; n Réduire la vulnérabilité du tourisme tunisien face une conjoncture internationale en limitant sa dépendance aux énergies fossiles et en réduisant ses émissions de CO2. 19 Source : Tourisme en chiffres 2010 33 32 3.1. Analyses sur la base des intensités carbone L’analyse historique des émissions tunisiennes de GES montre que sous l’effet conjugué des politiques sectorielles volontaristes d’atténuation des GES et de mutation de l’économie tunisienne vers des secteurs moins intensifs en carbone, entamées depuis les années 90, les émissions nettes de GES ont progressé à un rythme assez modéré par rapport à la croissance économique.20 Figure 12 Evolution de l’intensité carbone nette en Tunisie (téCO2/1000 DT de PIB) 21 Comme le montre la Figure 12, l’intensité carbone nette 22 avait enregistré une baisse globale de 21% entre 1994 et 2012 ; passant de 0,675 23 en 1994 à 0,532 téCO2/1000 DT de PIB en 2012 ; soit une baisse annuelle moyenne de 1,3%. 3. POLITIQUES D’ATTÉNUATION DES ÉMISSIONS DE GES Comparativement, la trajectoire baissière 2010 2020 aura été moins prononcée. L’intensité carbone de la Tunisie serait, en effet, passée de 0,550 à 0,512 ; soit une baisse totale de 7% (Figure 13), correspondant à une baisse annuelle moyenne de 0,7%. La crise économique profonde connue par la Tunisie depuis 2010 est la principale raison expliquant cette performance plus modeste que prévu de la baisse de l’intensité carbone ; le fléchissement de la croissance économique bridant les politiques d’atténuation mais aussi et surtout freinant les transformations économiques qui auraient entraîné dans leur sillage les pratiques transitionnelles génératrices de baisse des émissions de GES. Figure 13 Evolution de l’intensité carbone de la Tunisie sur la période 2010-2020 0,0 0,1 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 téCO2/1000DT PIBcst2010 1994 2000 2010 2011 20121994 2000 2010 2011 2012 0,675 0,628 0,550 0,507 0,532 0,550 0,512 0,482 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 0,400 0,420 0,440 0,460 0,500 0,520 0,540 0,560 0,480 téCO2/1000DT PIB (cst2010) 0 482 0,512 0,550 -7% 20 3% par an entre 1994 et 2012. 21 Figure reprise du 2ème rapport biennal de la Tunisie à la CCNUCC, mise à jour pour les années 2010-2011-2012 avec l’utilisation des données actualisées de PIB et d’émissions de GES. Le PIB a, par ailleurs, été converti aux prix constants 2010. 22 Calculée sur la base des émissions nationales nettes. 23 L’intensité carbone est rapportée au PIB, exprimé en prix constants 2010. 35 34 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 La « reprise » à la hausse de l’intensité carbone en 2020 (Figure 13) est très représentative de cet état de fait. En effet, alors que les émissions ont effectivement baissé en termes absolus entre 2019 et 2020 (-3%) comme le montre le Tableau 1, cette baisse est sans commune mesure avec la chute du PIB qui a atteint -8,6% en 2020. Une approche bottom-up, passant par des analyses sectorielles, permettent d’avoir des repères chiffrés sur l’effectivité des résultats des politiques d’atténuation, surtout sur la période 2015-2020 qui est censée représentative de l’entame de la trajectoire bas-carbone préconisée par la première CDN. A ce titre, le croisement des trajectoires réelles réalisées sur la période 2015-2020 avec celles définies dans la première CDN permettent aussi de mieux se fixer sur les efforts consentis et sur les perspectives futures. 3.2. Analyses sectorielles 3.2.1. Secteur de l’énergie Alors qu’il y a eu un découplage net entre la croissance économique et les émissions de GES dues à l’énergie durant les années 2000, ce découplage a été modéré entre les deux indicateurs, sur la période 2010 2020 comme le montre la Figure 14. En effet, durant cette période, les émissions totales de GES dues à l’énergie ont diminué de 2%, alors que le PIB a connu une progression de 7% sur la même période. Figure 14 Evolution relative des émissions de GES du secteur de l’énergie et du PIB (2010=100) Comme résultante de cette évolution moins que proportionnelle des émissions dues à l’énergie par rapport au PIB à prix constant, l’intensité carbone du secteur de l’énergie a naturellement décru ; passant de 0,461 téCO2/1000 DT en 2010 à 0,421 téCO2/1000 DT en 2020, soit une baisse moyenne de 1 % à peine par an sur la période 2010-2020 (Figure 15). Figure 15 Evolution de l’intensité carbone du secteur de l’énergie sur la période 2010-2020 Fichier source : Compilations NDC SNBC - F Neutral - Asus.xlsx<SNBC>et<1-Compilation Energie> Sur la période 2010-2018, les réductions d’émissions générées par les actions de maîtrise de l’énergie ont atteint 11,3 MtéCO2 toutes sources confondues, dont environ 60% (6,7 MtéCO2) réalisées sur la période de la CDN 2015 - 2018. Les réductions de GES proviendraient essentiellement de l’efficacité énergétique du secteur électrique (43%), suivie par les projets d’efficacité énergétique (33%), et les énergies renouvelables (24%). 107 98 Emissions GES Energie PIB 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 50 60 70 80 100 110 120 90 98 107 98 0,421 0,399 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 0,370 0,380 0,390 0,400 0,420 0,430 0,440 0,450 0,410 0,460 0,470 téCO2/1000DT PIB (cst2010) 0,421 0 399 0,461 3.2.2. Secteur des procédés industriels Faute de mutations technologiques majeures, difficilement envisageables sur le court terme, il n’avait pas été envisagé de réductions significatives des émissions de GES dans le secteur des procédés dans la première CDN (2015). La seule mesure pressentie pour le secteur cimentier n’a pas été lancée étant donné qu’elle était conditionnée par l’assouplissement des règles de commercialisation d’autres catégories de ciment à plus faible ratio clinker/ciment. En dépit de l’absence de lancement effectif des mesures d’atténuation de GES, les émissions du secteur des procédés enregistrés à partir de 2016, sont systématiquement en dessous de ce qui avait été prévu exante par le scénario bas-carbone de la CDN de 2015. C’est exclusivement la crise économique qui a induit une baisse de la production des principales industries (et plus particulièrement le ciment), et donc une trajectoire baissière des émissions de GES à partir de 2016. Figure 16 Trajectoires des émissions de GES du secteur des procédés industriels selon la CDN de 2015 et la réalité constatée (MtéCO2) 3.2.3. Secteur de l’AFAT Dans la CDN de 2015, 19 mesures d’atténuations avaient pu être identifiées et évaluées pour le secteur AFAT, dont 9 dans le secteur agricole et 10 dans le secteur forestier. Sur le plan mise en œuvre des projets et activités initiés, le bilan des réalisations en matière d’atténuation des GES est relativement limité. En effet, un seul projet a connu une certaine réalisation à ce jour ; il s’agit plus particulièrement du « projet de gestion intégrée des paysages dans les régions les moins développées en Tunisie » (PGIP) qui est cofinancé par la Banque Mondiale et le FVC. Par ailleurs, le projet DGACTA soutenu par l’AFD, préfigure de résultats assez probants en ce qui concerne les impacts d’atténuation des GES par les sols, même si quantitativement la taille du projet ne pourrait peser lourdement en rapport avec les émissions du pays. Le rythme encore modeste des réalisations, du moins sur le plan quantitatif s’explique par : n Le contexte politique la Tunisie depuis janvier 2011 qui a connu de nombreuses adversités qui ont affecté la mise en œuvre des mesures proposées, n Le fait que le portefeuille de projets n’a pas été mis à jour depuis 2014, et que les projets d’atténuation dans le secteur AFAT étaient très diffus et donc souvent « invisibles » (la majorité des options d’atténuation sont disséminées à travers plusieurs projets souvent lancés simultanément), n La forte inertie des mesures d’atténuation, dont les impacts sont ressentis de manière décalée dans le temps, n L’ampleur des ressources financières et humaines nécessaires pour concevoir les projets, mobiliser les financements et les mettre en œuvre. Emissions réalisées (approximations)Bas carbone-CDN BaU-CDN 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 2 000 3 000 4 000 5 000 7 000 8 000 9 000 6 000 Emissions réalisées (approximations)Bas carbone-CDN KtéCO2 37 36 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Ainsi donc, à partir de 2016, les émissions nettes du secteur AFAT sont, systématiquement en dessous de ce qui avait été prévu ex-ante par le scénario bas carbone de la CDN de 2015. Le résultat réel « réalisé » est même plus faible que le BaU qui avait été estimé dans le cadre des travaux de la CDN 2015. Figure 17 Trajectoires des émissions de GES du secteur AFAT selon la CDN de 2015 et la réalité constatée (MtéCO2) 3.2.4. Secteur des déchets En ce qui concerne le secteur des déchets solides, la Tunisie s’est engagée depuis 2007 dans la mise en place de projets LFG de récupération des gaz de décharges, dans le cadre du MDP, sur 8 décharges contrôlées. Le premier système de dégazage est entré en exploitation à Borj Chekir en 2008. Sur la période 2008-2020, les 8 systèmes de dégazage établis ont totalisé autour de 1,7 millions téCO2 de réductions d’émissions. En ce qui concerne le programme de production de RDF, celui-ci n’a pas démarré, malgré le lancement de plusieurs études et initiatives et même des tests dans les cimenteries. L’ANGED s’est engagée par ailleurs dans la promotion de la minimisation des déchets, du renforcement du recyclage et de la valorisation à travers ses filières de gestion des déchets et le maintien des systèmes de dégazage existants avec valorisation énergétique. S’agissant de l’assainissement, bien que les deux programmes prévus par la CDN de 2015 n’aient pas été réalisés, plusieurs installations nouvelles générant des réductions de GES sont en cours de lancement (outre les nombreux projets d’efficacité énergétique et de renouvelable qui sont inclus dans la source IPCC énergie). 3.3. La voie tracée par la CDN actualisée (octobre 2021) Dans sa CDN actualisée, la Tunisie vise désormais à réduire son intensité carbone nette de 45% d’ici 2030 par rapport à celle 2010. 24 Cet objectif reflète donc la recherche de la meilleure performance carbone possible, et s’appuie sur des objectifs sectoriels ambitieux, notamment : n Objectif du secteur de l’énergie : Réduire l’intensité carbone du secteur de l’énergie en 2030 de 44% par rapport à celle de 2010. Ceci se ferait essentiellement grâce à : z une baisse de l’intensité d’énergie primaire de 3,6% par an en moyenne entre 2020 et 2030, z l’introduction en masse du renouvelable électrique, dont le parc installé devrait atteindre 3800 MW à l’horizon 2030, voire plus selon les perspectives les plus récentes. n Objectif du secteur des procédés industriels: Réduire l’intensité carbone du secteur des procédés industriels en 2030 de 12% par rapport à celle de 2010, par des mesures d’atténuation des GES ciblant le secteur du ciment, l’acide nitrique, et l’utilisation des HFC. Bilan net réalisé (approximations) Bilan net bas carbone-CDN Bilan net BaU-CDN 2011 20122010 2013 2014 2015 2016 2017 2018 2019 2020 0 6 000 5 000 4 000 2 000 1 000 3 000 KtéCO2 Bilan net bas carbone-CDN Bilan net BaU-CDNBilan net BaU-CCDN Bilan net réalisé (ap(a(( proximations n Objectif du secteur AFAT: Atteindre un bilan net des émissions/absorptions négatif, s’élevant à -6,8 MtéCO2 en 2030, en lançant notamment des mesures intégrées de préservation et de restauration de paysages agricoles couvrant 750 000 hectares de terres entre 2022 et 2030, et en misant sur les contributions de ces mesures en termes de séquestration carbone. n Objectif du secteur des déchets: Plafonner les émissions de GES du secteur à 4 MtéCO2 en 2030, grâce à la baisse des quantités de déchets ultimes allant en décharge, à l’augmentation du taux de recyclage matière et de la valorisation organique et/ou énergétique, à la systématisation du dégazage sur les décharges contrôlées et la généralisation de la production biogas-to-power. La vision stratégique post-2030 devra consolider ; voire accélérer la trajectoire baissière de la CDN actualisée, et poursuivre la transition bas-carbone de façon à ce que la SNBC de la Tunisie s’inscrive en droite ligne avec les objectifs les plus ambitieux de l’Accord de Paris. 24 L’objectif de la première CDN soumise en 2015 était de réduire l‘intensité carbone nette du pays de 41% d’ici 2030 par rapport à celle 2010. 39 38 4.1. Vision stratégique de Neutralité carbone en 2050 4.1.1. Nécessaire construction d’une vision guidant la composante transition bas-carbone de la stratégie Adopté par 195 pays le 12 décembre 2015 à Paris, l’Accord de Paris (AP) éponyme prévoit de contenir d’ici à 2100 le réchauffement climatique «nettement en dessous de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5°C». L’Article 2 fait référence au désinvestissement dans les énergies fossiles en visant à « renforcer la riposte mondiale à la menace des changements climatiques, [...] notamment en [...] rendant les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques ». Etablir la vision sur laquelle va s’appuyer la composante transition bas-carbone de la stratégie est essentielle pour dessiner la trajectoire qui permettra de limiter le réchauffement climatique à 2°C, voire à 1,5°C. Dans cette optique, la décennie 2020-2030, dont la trajectoire est dûment décrite dans la CDN actualisée, sera une période charnière et préparera à anticiper les efforts supplémentaires nécessaires pour activer les phases d’accélération au-delà de 2030. A horizon 2050, l’objectif à l’échelle planétaire est la neutralité carbone, c’est à dire parvenir à un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre. C’est ce qu’on désigne par « zéro émission nette », qui consiste à diminuer progressivement les émissions de GES et renforcer les puits de carbone (forêts, sols, océans, techniques de capture et stockage du carbone, etc.) de façon à ce que les premières soient un jour -au plus tard en 2050- totalement compensées par les seconds. 4. LES VISIONS STRATÉGIQUES Se doter d’une vision de développement 2050 à faible émission de carbone, respectueuse du climat et donc s’inscrivant en rupture avec les trajectoires du passé, est essentielle pour servir de support et d’outil d’encadrement de la composante Stratégie Nationale Bas-Carbone de la Tunisie. Le pays a le potentiel pour devenir un leader international et régional et de montrer la voie à suivre, en adoptant l’objectif le plus ambitieux possible dans une optique de transformation de son économie et d’adoption des pratiques et technologies du futur. 4.1.2. S’intégrer dans la vision planétaire Engagements forts aux échelles nationales, locales et des entreprises, ainsi qu’au niveau de la finance ; tels sont les quatre piliers essentiels de la neutralité carbone planétaire à l’horizon 2050. Ainsi, un nombre croissant de pays se sont engagés à atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 voire avant cela. Une coalition neutralité carbone s’est même formée à cet effet, et regroupe aujourd’hui 30 Nations. 25 Par ailleurs, de nombreuses villes et régions répertoriées au niveau mondial, visent désormais des objectifs d’émissions nettes nulles. Plusieurs leaders industriels mondiaux représentant environ 10% des émissions mondiales de GES liées à l’énergie 26 ont aussi annoncé des objectifs de neutralité. En outre, la dynamique d’alignement de la finance mondiale sur les objectifs de l’Accord de Paris est définitivement engagée, et s’accélère de jour en jour. Ainsi, de nombreuses institutions financières, cumulant plus du 25% du marché financier mondial, se sont engagées à aligner leurs portefeuilles d’investissement sur les objectifs de température de l’Accord de Paris. Très rapidement, la dynamique de neutralité va s’imposer à l’échelle planétaire en tant que modèle 25 https://carbon-neutrality.global/ 26 World Resources Institute, 2020. https://files.wri.org/s3fs-public/state-climate-action-assessing-progress-toward-2030-and-2050.pdf?b.t67NZeeztoDpk5xPAdcZ7xaw6egqra 41 40 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 de développement du 21ème siècle. Il est donc primordial de se fondre dans cette dynamique. 4.1.3. Une vision ambitieuse et réalisable pour la Tunisie 4.1.3.1. L’indispensable ambition de l’objectif L’élément essentiel de la vision est de se fixer un objectif ambitieux sur le long terme (2050), et donc nécessairement porteur de défis, à savoir atteindre la neutralité carbone en 2050. La Tunisie bénéficie de nombreux atouts (position géographique stratégique, un voisinage et des relations économiques et politiques profondes avec l’Union Européenne, etc.) qui devraient lui permettre d’atteindre cet objectif ambitieux. La détermination de l’objectif et de son calendrier implique des choix stratégiques de développement, conditionnant la structure de l’économie, la structure de production, les pratiques de consommations et les modèles d’organisation sociétale. C’est pourquoi la neutralité carbone embarquera avec elle toutes les dynamiques de développement. Pour viser l’objectif de neutralité 2050, la vision passera donc nécessairement par l’accélération de la transition bas-carbone sur le court-terme ; telle que prévue par la CDN actualisée, de façon à se préparer à s’inscrire rapidement dans les mutations et ruptures économiques, sociales et technologiques, qui conduiront vers une société neutre en carbone en 2050. 4.1.3.2. Les fondements de la vision Il est essentiel que la SNBC&RCC ne soit pas une « couche stratégique » à rajouter en marge de la stratégie de développement, mais qu’elle soit au contraire pleinement et intégralement prise en compte dans les stratégies de développement. Plus encore, la SNBC&RCC devra orienter les stratégies de développement dans plusieurs secteurs essentiels de l’économie (industrie, énergie, enseignement universitaire et formation professionnelle, finance, tourisme, agriculture et forêt, environnement, déchets, etc.), car il ne pourra pas y avoir de développement sans transition bas-carbone et sans résilience. La transition bas-carbone orientera donc la Tunisie vers un modèle de développement qui : n sera créateur de richesses et de développement, qui seront durables et inclusifs ; n sera générateur d’emploi et donc de prospérité ; n constituera l’un des atouts essentiels de positionnement futur du pays aux échelles régionale et mondiale ; n visera l’inoffensivité climatique, et favorisera l’économie circulaire et la limitation des gaspil lages.27 Pour s’inscrire dans la vision, la Tunisie prendra des positions de leadership sur les grands axes de développement technologique et s’attachera à anticiper les actions transformatrices s’y rapportant, notamment dans les secteurs de l’infrastructure servant les activités industrielles du futur centrées sur la croissance verte et l’économie circulaire, la recherche et l’enseignement supérieur, la formation, etc. La fixation de l’horizon 2050 comme échéance pour atteindre cet objectif semble tout à fait réalisable ; la Tunisie bénéficiant de conditions climatiques très favorables au développement d’énergies renouvelables, notamment d’un taux d’ensoleillement important ; très propice au développement de toutes les applications solaires possibles, ainsi qu’un potentiel éolien dépassant les 8 GW, bénéficiant des vents de la mer Méditerranée. Enfin, le potentiel d’utilisation des énergies marines et de la biomasse ainsi que de valorisation des déchets sont autant d’atouts supplémentaires pour viser la neutralité. Le développement du secteur des énergies renouvelables est donc particulièrement pertinent pour le contexte tunisien ; il sera ciblé en première priorité, déjà en tant que facteur de compétitivité. Par ailleurs, grâce à ses implications technologiques, industrielles et en termes d’investissement, ce secteur pourrait être un vecteur important de croissance et d’emploi dans un futur proche en Tunisie. La proximité de l’Europe qui s’est déjà embarquée dans la trajectoire de la neutralité 2050, sera un débouché naturel de la production renouvelable et de ses dérivés (ex. hydrogène), et donc une raison pertinente pour s’engager en partenariat, dans les défis 27 A l’image du Pacte Vert pour l’Europe. 28 Les termes smart grid ou smart cities sont devenus très courants. technologiques et industriels. Il sera essentiel, pour la Tunisie, de s’inscrire clairement et immédiatement dans une telle vision, en se positionnant en « first mover » sur ce créneau, notamment en ayant la possibilité de nouer des partenariats stratégiques avec les pays les plus avancés dans ce domaine. 4.1.4. Approches et déclinaisons sectorielles Pour être adaptée au niveau sectoriel, il est essentiel que : n La vision climatique soit bien informée des capacités des secteurs concernés (énergie, industrie, agriculture, forêts et déchets) à assumer pleinement la neutralité carbone au niveau national ; n Toute la société tunisienne soit mobilisée, dans tous les secteurs clés de la lutte contre les effets des changements climatiques ; n Les co-bénéfices et externalités positives d’une stratégie bas-carbone menant vers la neutralité et engageant solidairement les secteurs, compensent les efforts financiers et organisationnels pressentis pour être particulièrement conséquents. Bien que l’objectif national soit la neutralité carbone, il n’est pas attendu que cette neutralité se décline pour chaque secteur. Pour les secteurs où la mise en place d‘actions d’atténuation des GES seraient trop coûteuse, les émissions pourraient être compensées par la séquestration de carbone par les sols et la biomasse via les systèmes agricoles ou écosystèmes naturels, dont les co-bénéfices pourraient servir les objectifs de production et de résilience nationaux. 4.1.4.1. Secteur de l’énergie Les combustibles fossiles continuent à occuper une place prédominante dans la structure de la consommation d’énergie primaire, alors que la part des énergies renouvelables reste très faible. L’objectif affiché est de décarboner et de diversifier le mix énergétique, à travers le développement des énergies renouvelables. Il s’agirait donc d’investir massivement dans les énergies renouvelables, notamment l’éolien le solaire et la biomasse. Déjà deuxième source d’électricité du pays, l’énergie éolienne aura un rôle croissant à jouer, aussi bien en on-shore qu’en off-shore. En outre, les conditions d’ensoleillement du climat méditerranéen tunisien autorisent un développement exponentiel de l’énergie solaire, à condition évidemment que toutes les contraintes d’absorption par le réseau soient levées. A cet effet, le développement des réseaux intelligents et plus efficaces, l’ouverture des voies de transmission électrique vers l’Europe, le développement des systèmes de stockage y compris celles apportées par la mobilité électrique et, évidemment, le développement de vecteurs comme l’hydrogène, devraient dans l’intervalle de 30 ans rendre une telle vision possible. Dans une vision stratégique ambitieuse, le parc immobilier résidentiel devra viser un facteur de performance énergétique le plus élevé possible d’ici 2050. Il existe une série de leviers pour réduire l’intensité énergétique des bâtiments. Par ailleurs, l’introduction de technologies intelligentes 28 pourrait répondre à la demande énergétique résiduelle et accroitre la flexibilité du réseau. Enfin, la planification urbaine et spatiale pourrait être repensée de manière à permettre de faire les meilleurs choix en fonction de sa localisation et de la disponibilité des sources d’énergie. Le secteur des transports tunisien est lui énergivore et constitue une source importante d’émissions de GES. Pour autant, la neutralité carbone nationale pourra s’appuyer sur un objectif de décarbonation des transports. Plusieurs solutions sont envisageables, notamment l’amélioration de la performance énergétique des véhicules légers et lourds d’ici 2030, puis leur électrification systématique. L’Etat, les agglomérations urbaines, voire les entreprises peuvent lancer des projets de mobilité durable d’envergure. Concernant les transports publics, une attention essentielle doit être accordée aux besoins des voyageurs afin de donner aux transports publics un avantage concurrentiel sur les modes individuels. 43 42 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 4.1.4.2. Procédés industriels Avec environ 25% du PIB, le secteur industriel joue un rôle économique et social essentiel en Tunisie. Ainsi, il occupe le 1/3 des emplois salariés en Tunisie, et contribue de manière essentielle aux exportations ; notamment à travers les branches du textile, de l’agroalimentaire, des industries mécaniques et électriques, ainsi que de la chimie. Le secteur cimentier joue également un rôle économique et sectoriel (bâtiment, immobilier et infrastructure) important. La vision stratégique prône une réduction massive des émissions de toutes les sources de procédés, en engageant dès aujourd’hui le développement et l’adoption de technologies de rupture moins intensives en carbone ; y compris celles pour la production du ciment, pourtant réputées difficilement compressibles, ainsi que celles relatives à l’acide nitrique et aux utilisations des HFC. A plus long terme (2040-2045), les technologies de capture et stockage ou de réutilisation du carbone auront également leur rôle à jouer sur les sites de concentration des sources d’émissions. 4.1.4.3. Secteur de l’AFAT Concerné doublement ; par la politique d’atténuation des GES et par celle de l’’absorption du carbone à travers les sols et la biomasse, le secteur de l’AFAT jouera un rôle essentiel dans la neutralité carbone. Concernant l’agriculture et l’utilisation des terres agricoles, deux mesures phares sont à considérer : n Restaurer les paysages agricoles dégradés, et inverser définitivement la tendance de dégradation. n Renforcer les capacités d’absorption des systèmes agricoles, dans l’optique d’une contribution déterminante à la neutralité et du renforcement de la résilience aux changements climatiques. Par ailleurs, le secteur forestier est appelé à jouer un rôle de plus en plus central dans le cycle naturel du carbone par le biais des processus naturels continus d’échange du carbone avec l’atmosphère. En effet, si préservé et développé, ce secteur pourrait agir comme un puits de carbone net en séquestrant, sur une période donnée, largement plus de carbone qu’il n’en émet sous la forme de GES sur cette même période. Par conséquent, la vision de la composante transition bas-carbone de la stratégie pour le secteur forestier gagnerait à être bâtie autour de trois grands axes ; à savoir : n La restauration des forêts et écosystèmes dégradés, la consolidation et l’amélioration effective du couvert forestier et pastoral et l’inversion définitive de la tendance de dégradation ; n L’élaboration et la mise en œuvre de plans d’aménagement intégrés et participatifs des paysages forestiers, rompant avec l’approche par site ou par massif forestier ; n La décentralisation progressive et effective de la gestion des forêts en impliquant les communautés et les collectivités locales concernées. Le secteur des AFAT est étroitement lié à la conservation et à la valorisation de la biodiversité, ainsi qu’à la lutte contre la désertification dans les régions subhumides et semi-arides. En effet, le réchauffement climatique contribue largement, directement ou indirectement, à la dégradation des différentes composantes de la biodiversité et à fragiliser les écosystèmes attaqués par la désertification. Dans ce contexte, il est primordial que la mise en œuvre de la composante transition bas-carbone de la stratégie soit coordonnée avec les efforts nationaux de mise en œuvre d’autres conventions, notamment la Convention sur la diversité biologique et celle sur la lutte contre la désertification. 4.1.4.4. Secteur des déchets Malgré la mise en place de systèmes et de filières de valorisation et de recyclage des déchets depuis 2004, le secteur des déchets solides représente un gisement non encore exploité en potentiel de réduction des GES, dû essentiellement à la pratique encore dominante de mise en décharge. C’est donc un secteur où la transition bas-carbone pourra prendre tout son sens, à travers l’adoption des meilleures pratiques déjà éprouvées dans les pays industrialisés, et basées sur le développement de véritables secteurs d’économie circulaire, et l’attribution de la juste valeur économique aux déchets. Ainsi, les objectifs fixés au niveau de la CDN pour 2030 et ceux visant la neutralité en 2050, devraient être largement accessibles pour le secteur des déchets solides, moyennant : n La prévention et la réduction de la production des déchets en amont, en favorisant l’écoconception (limitation des emballages, prolongation de durée de vie des produits, etc.) notamment par l’appui aux filières de Responsabilité Élargie des Producteurs ; n L’organisation des filières d’économie circulaire en passant systématiquement par le tri, la réutilisation, le recyclage et la réparation des produits chez les consommateurs ; n L’amélioration des taux et des performances de collecte, la promotion du tri et la gestion des déchets en développant la valorisation (et/ou revalorisation) tels que le RDF, la biométhanisation,... ; n Des modes de gestion des déchets les moins émetteurs (ex. traitement mécano-biologique, production de compost, etc.). n L’enfouissement des déchets ultimes dans des conditions techniques respectueuses de l’environnement, et en limitant les fuites de CH4 des installations de stockage de déchets solides et de traitement des eaux usées à travers la systématisation du captage et valorisation du biogaz. 4.2. Vision stratégique nationale « Résilience 2050 » En conformité avec la CDN actualisée, la vision à long terme de la composante résilience de la stratégie est formulée de la manière suivante : « Une Tunisie résiliente aux changements climatiques, ayant significativement réduit les vulnérabilités et renforcé les capacités d’adaptation de ses écosystèmes, de sa population, de son économie, de ses territoires, et opéré les transformations nécessaires à même d’assurer un modèle de développement socio-économique inclusif, équitable et durable (ci-après intitulé « Résilience 2050 »). La Tunisie mettra en œuvre cette vision conformément aux priorités du Plan National d’Adaptation (PNA), de la CDN révisée et en cohérence avec la composante transition bas-carbone de la stratégie. La portée de la composante résilience de la stratégie englobe tous les secteurs et domaines d’interventions avec une attention particulière accordée à l’eau, l’agriculture, les écosystèmes et ressources naturelles, l’aménagement du littoral, la santé et le tourisme, l’aménagement du territoire et les villes ainsi que les problématiques de genre. Figure 18 Proposition d’une vision stratégique nationale de « Résilience 2050 » (les axes sectoriels sont présentés en bleu et les axes transversaux en orange). Vision 2050 : « Une Tunisie résiliente aux changements climatiques, ayant significativement réduit les vulnérabilités et renforcé les capacités d’adaptation de ses écosystèmes, de sa population, de son économie, de ses territoires, et opéré les transformations nécessaires à même d’assurer un modèle de développement socio-économique inclusif et durable » Renforcer la gouvernance institutionnelle de l’adaptation en Tunisie, la sensibilisation et les capacités des acteurs à comprendre et planifier les actions d’adaptation aux CC Réduire les inégalités territoriales et sociales induites par le CC et promouvoir un développement résilient, inclusif, juste et équitable Développer et diffuser la recherche et l’innovation en soutien à l’adaptation Mobiliser les financements nécessaires pour l’adaptation Limiter les impacts du CC sur le tourisme balnéaire et transformer le modèle à travers une conversion progressive vers une offre durable et inclusive Transformer le secteur de la pêche pour assurer durablement la sécurité alimentaire, améliorer la gouvernance de la biodiversité et offrir aux acteurs des revenus décents Maitriser les risques sanitaires liés au CC et intégrer leur prise en charge sanitaire dans le système de santé Promouvoir une agriculture résiliente au CC, rémunératrice et respectueuse des équilibres écologiques Limiter les impacts biophysiques sur la frange littorale et assurer la durabilité de l’infrastructure et de l’activité économique Limiter les impacts du CC sur les ressources en eau et transformer le modèle de gestion pour satisfaire les besoins hydriques 45 44 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 4.2.1. Principes directeurs La mise en œuvre de la Vision « Résilience 2050 » est régie par des principes directeurs spécifiques, guidés par les particularités du contexte national et basés sur des politiques et documents d’orientation stratégique appropriés au niveau national, régional et sectoriel, comme suit : 1. Adaptation préventive plutôt que curative : une telle approche constitue un réel changement de paradigme qui se traduira par le passage d’une gestion de crise « réactive » à une gestion « proactive » des risques climatiques. 2. Mobilisation et participation des parties prenantes : les effets du CC touchant tous les domaines et toutes les échelles, la mise en mouvement de l’ensemble des acteurs tunisiens (ministères, agences nationales, autorités régionales, ONG, secteur privé, institutions académiques et partenaires techniques et financiers), est une condition indispensable à la réussite de la composante résilience de la stratégie. 3. Coordination des interventions : ce principe exige que les initiatives soient menées de manière cohérente et concertée afin d’éviter les contradictions et les doublons et obtenir ainsi des résultats tangibles. Cette coordination permettra d’une part de bénéficier de cette multiplicité des acteurs et d’autre part d’assurer une mise en œuvre effective de la composante résilience de la stratégie. 4. Sensibilité au genre : les options d’adaptation identifiées dans la composante résilience de la stratégie seront pertinentes et auront un impact significatif si les hommes et les femmes participent et bénéficient équitablement des actions. Les femmes devront faire l’objet d’une attention particulière dans la mesure où elles sont souvent plus vulnérables aux changements climatiques et très actives dans la mise en œuvre des mesures d’adaptation. Les plus jeunes devront être impliqués dans les interventions comme acteurs privilégiés du changement. 5. Priorité aux jeunes : de par leur niveau d’éducation relativement élevé, leur ouverture sur le monde ainsi que leurs compétences et leurs maitrises technologiques, ils seront appelés à jouer un rôle important dans la mise en œuvre de la composante résilience de la stratégie. 6. Mise en œuvre équitable et solidaire : la composante résilience de la stratégie reconnait la nécessité d’une mise en œuvre équitable et solidaire tant au niveau social, environnemental qu’économique afin de garantir la cohérence, la continuité et la durabilité des interventions. La solidarité avec les populations les plus vulnérables, les territoires et les secteurs d’activités les moins résilients aux CC est un élément cardinal de la composante résilience de la stratégie. 7. Principe de partenariat et d’inclusion : un dialogue permanent et inclusif doit être établi entre les différentes catégories d’acteurs afin de permettre l’expression et la prise en compte de la diversité des enjeux. Ceci permettra également une meilleure prise en compte des besoins des communautés les plus vulnérables, souvent marginalisés. 8. Autonomisation des acteurs : l’autonomisation des acteurs est une étape primordiale en termes d’obtention de résultats. Elle permettra notamment de renforcer la résilience des principaux acteurs dont notamment les communautés locales les plus vulnérables de manière innovante basée sur la prise en compte de leurs compétences et savoir-faire. 4.2.2. Objectifs généraux et spécifiques Les objectifs généraux de la vision « Résilience 2050 » s’inscrivent dans les objectifs préconisés par le Comité Adaptation de la CNUCC à savoir : n Réduire la vulnérabilité aux effets des changements climatiques, en renforçant la capacité d’adaptation et de résilience pour améliorer le développement social et économique de manière durable sur le long terme. n Faciliter l’intégration de l’adaptation aux changements climatiques, de manière cohérente, dans les politiques nouvelles et existantes, programmes et activités, en particulier dans le processus de planification du développement national et des stratégies à différents niveaux (national, régional et sectoriel). Sur la base de ces deux objectifs généraux, les cinq objectifs spécifiques d’adaptation à long terme de la Tunisie sont les suivants : 1. Promouvoir une approche transformative de l’Adaptation aux Changements Climatiques (adaptation transformative) basée sur des changements de paradigme à tous les niveaux et dans tous les secteurs, afin de relever les défis de long terme et ancrer durablement la résilience climatique dans les processus de développement du pays. 2. Intégrer et institutionnaliser la mise en œuvre de cette approche transformative dans les systèmes de gouvernance et les politiques du pays afin d’assurer la continuité et la cohérence de la mise en œuvre de la composante résilience de la stratégie. 3. Accélérer le passage à l’action et la mise en œuvre de l’adaptation dans tous les domaines en levant les barrières techniques, institutionnelles et financières qui freinent le déploiement à grande échelle des solutions d’adaptation, et notamment celles basées sur la nature. 4. Faire de la résilience un véritable moteur de développement, en portant un regard positif sur l’adaptation aux changements climatiques, vue non pas comme une contrainte ou une fatalité, mais plutôt comme une réelle opportunité, source de cohésion sociale, génératrice d’emplois et catalyseur d’innovations. 5. Mobiliser les ressources du financement climatique public et privé, national et international, afin de permettre au pays de mettre en œuvre les changements systémiques nécessaires et renforcer le transfert de technologies et de connaissances adaptées aux besoins nationaux. La vision et ses objectifs nationaux s’appuient sur un ensemble d’axes stratégiques, déclinés en orientations et en mesures. 47 46 5.1. Introduction La composante transition bas-carbone de la stratégie a été réalisée sur la base de larges concertations avec les principales parties-prenantes concernées par la problématique des changements climatiques en Tunisie, incluant les institutions publiques, la société civile, le secteur privé, et les experts opérant dans les différents domaines et secteurs de l’atténuation des GES. Ces concertations se sont déroulées sous l’égide du point focal changements climatiques (Ministère chargé de l’Environnement), via l’Unité de Gestion par Objectifs qui est chargée de la réalisation du programme de suivi et de coordination des activités relatives à la mise en œuvre de «l’Accord de Paris».29 Dans tous les travaux en lien avec la mise en œuvre de l’Accord de Paris, le point focal CC s’appuie lui même constamment sur les points focaux sectoriels (établis au sein des organismes concernés par les émissions de GES et politiques climatiques), mais aussi sur les deux comités nationaux dans les domaines respectifs de l’atténuation des émissions des gaz à effet de serre et de l’adaptation. 30 C’est évidemment en impliquant les membres de ces comités que la SNBC a été réalisée. Le présent chapitre permet de brosser les contours de ce que pourrait être la Tunisie d’ici 2050. Ces contours sont dressés à l’issue de travaux prospectifs entamés depuis 2018 pour le secteur de l’énergie, 31 et depuis début 2021 pour les autres secteurs (procédés industriels, AFAT et déchets), et développés à travers deux scénarios prospectifs : (i) un scénario de référence (BaU) considérant un prolongement tendanciel des pratiques sectorielles déterminant les profils des émissions de GES, (ii) un scénario bas-carbone 5. STRATÉGIE NATIONALE BAS-CARBONE ET SES DÉCLINAISONS SECTORIELLES optant pour une trajectoire ambitieuse de réduction des émissions de GES et visant la neutralité carbone à horizon 2050. 5.2. L’objectif de neutralité carbone en 2050 La composante transition bas-carbone de la stratégie est, tout d’abord, un exercice de prospective, sur un sujet essentiel pour toute la planète, mais crucial et surtout vital pour chaque pays car anticipant et préparant les futures trajectoires de développement économique et social, ainsi que les conséquences de ces trajectoires sur les structures économiques, sur la vie au quotidien, et « accessoirement » sur les profils GES. Travailler sur des trajectoires prospectives permet d’imaginer les horizons des possibles et des souhaitables, et présente une opportunité unique pour définir les indispensables changements pour assurer à la fois la durabilité du développement, et s’inscrire dans les engagements pris vis-à-vis de la CCNUCC et de l’Accord de Paris. L’exercice prospectif réalisé en Tunisie dans le cadre de la composante transition bas-carbone de la stratégie démontre que ces deux objectifs sont totalement compatibles, ce qui rend d’autant plus justifié d’embarquer dans un changement salutaire du modèle de développement, tellement voulu et espéré. Dans sa SNBC la Tunisie a opté pour l’ambition d’atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. La neutralité carbone peut être considérée par la Tunisie comme une opportunité pour soutenir la reprise de la croissance économique et de se positionner au cœur du changement de modèle de développement, et pilier de la reprise de la Tunisie à de multiples niveaux ; en contribuant: 29 http://www.environnement.gov.tn/index.php/fr/environnement-en-tunisie/les-changements-climatiques/engagements-et-priorites-de-la-tunisie-en-vertu-de-l-accord-de paris-sur-le-climat 30 Créés en vertu du Décret gouvernemental n°69-2020, en date du 07 Février 2020. 31 Les travaux prospectifs pour le secteur de l’énergie avaient été lancés dans le cadre d’une opération séparée, intitulée SNBC-énergie, et menée par l’ANME avec l’appui du PNUD. Ces travaux avaient notamment inclus le développement du scénario socio-économique, et la construction des scénarios tendanciel et bas-carbone du secteur de l‘énergie. Les résultats de la SNBC énergie ont été repris et intégrés dans la SNBC, objet de la présente étude. 49 48 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 n à engager une dynamique de développement inclusive, se préoccupant de manière égale aux équilibres entre : les régions et les milieux, les genres, les jeunes, les couches sociales, mais aussi entre les générations, n au rétablissement des équilibres économiques, en revenant aux fondamentaux du développement durable ; notamment en restituant à l’espace rural et à la population qui y vit leur droit au développement, n à inverser le processus d’épuisement et de dégradation des ressources naturelles ; et plus particulièrement les terres qui sont essentielles pour atteindre l’objectif vital d’autonomie alimentaire, n à assurer l’indépendance énergétique ; un des facteurs essentiels du développement durable, n à optimiser les synergies entre atténuation des GES et résilience notamment sur les questions de l’eau, des sols et des écosystèmes, et à assurer au mieux les synergies entre les trois conventions (climat, biodiversité, et désertification), n à l’adoption rapide des sauts technologiques au service du développement. Pour viser la neutralité carbone, la Tunisie dispose d’atouts indéniables : (i) une position géographique centrale, (ii) des infrastructures industrielles, et (iii) des ressources humaines jeunes et qualifiées, adossées à une volonté de rayonnement à l’échelle régionale et internationale. Pour tirer profit de ces atouts, et parvenir à la neutralité carbone 2050, l’existence de conditions favorables à trois niveaux sera essentielle : n le financement : accès facilité à des appuis financiers internationaux -notamment ceux liés à la finance carbone- à la hauteur des ambitions exprimées à travers la neutralité carbone, est nécessaire pour un véritable changement de modèle de développement. n le partenariat industriel : la Tunisie vise la multiplication des collaborations et partenariats internationaux et régionaux et se pose résolument en position de leadership sur les grandes questions industrielles du futur. A ce titre, des interactions plus fortes avec l’Europe seront essentielles ; notamment dans l’atteinte de l’objectif commun de neutralité, dans le développement des interconnexions électriques, et dans l’intégration industrielle rapide des filières technologiques du futur comme le renouvelable, l’hydrogène, celles liées à la mobilité durable, la valorisation des déchets, etc. n l’innovation technologique : Il est notoirement reconnu que les technologies d’aujourd’hui ne sont pas suffisantes pour rendre la neutralité possible. Pour parvenir à la neutralité, le monde mise sur des sauts technologiques majeurs dont on préfigure des implications essentielles pour un tel objectif. La Tunisie pourra viser la neutralité dans la mesure où elle accèdera à des partenariats solides en matière de recherches/ innovation, notamment celles portant sur les modèles de production du futur, les matériaux et bâtiments neutres en carbone, sur l’hydrogène, l’économie circulaire, la mobilité, la restauration des sols, la gestion de l’eau, le captage et le stockage du carbone, etc. En un mot : sur les toutes innovations susceptibles le préparer la trajectoire de neutralité. 5.3. Approches méthodologiques et hypothèses accompagnant le développement de la SNBC Cette section présente, de manière succincte, les approches utilisées dans le développement des travaux prospectifs, en mettant l’accent sur les approches sectorielles respectives.32 5.3.1. Secteur de l’énergie 5.3.1.1. Démarche d’élaboration de la stratégie bas carbone du secteur de l’énergie La démarche adoptée pour l’élaboration de la stratégie bas-carbone du secteur de l’énergie s’est appuyée sur une large concertation et implication des parties prenantes clés du secteur de l’énergie. Elle a 32 Pour accéder à des descriptions méthodologiques plus détaillées, se référer au document: „ Stratégie de neutralité carbone de la Tunisie à l’horizon 2050“. Ministère de l’Environnement/Agence Nationale de Maîtrise de l’énergie/GIZ. Mars 2022. été réalisée en deux grandes phases, à partir de mi 2018 : La première phase a porté sur l’élaboration des scénarios prospectifs. La deuxième phase, a porté sur la finalisation des travaux de formulation de la SNBC-Energie, qu’on peut résumer en quatre étapes : n Analyse rétrospective de la politique énergétique et de l’évolution des émissions de GES dans le secteur de l’énergie ; n Simulation des émissions de GES de l’ensemble du système énergétique (production, transformation et consommation) aux horizons 2030 et 2050 pour chacun des scénarios énergétiques ; n Evaluation macroéconomique de la mise en œuvre de la SNBC dans le secteur de l’énergie ; n Elaboration de la feuille de route pour la mise en œuvre de la SNBC dans le secteur de l’énergie, et identification des indicateurs de suivi de la mise en œuvre. 5.3.1.2. Approche méthodologique de projection des émissions Les scénarios d’émissions de GES du secteur de l’énergie sont définis à travers deux scénarios énergétiques contrastés : n Scénario tendanciel (BaU): Il s’agit d’un scénario de poursuite des tendances actuelles dans tous les secteurs ; sans véritables transformations au niveau des modes de vie, des comportements et des technologies énergétiques. n Ce scénario s’inscrit dans un contexte d’engagement de la Tunisie dans la mise en œuvre de l’accord de Paris. Après concertation avec les parties prenantes du secteur de l’énergie, la vision de long terme définie avait visé une division par 5 l’intensité carbone d’ici 2050 (facteur 5). Il s’agisait d’un véritable scénario d’accélération de la transition énergétique qui se caractérise par une transformation structurelle de l’ensemble des composantes de l’évolution du système énergétique tunisien : production, transformation et consommation. Le scénario bas carbone s’appuie en particulier sur : z Un effort important portant sur l’efficacité de la consommation d’énergie, et sur la sobriété énergétique. z Un déploiement massif des énergies renouvelables pour la production d’électricité. z Une électrification massive des usages finaux de l’énergie, y compris l’émergence notable des véhicules électriques. La projection des émissions de ces deux scénarios s’est appuyée sur une approche de modélisation technico-économique en utilisant le modèle de prospective ENERMED.33 Les travaux de projection des émissions du secteur de l’énergie ont été menés en considérant les hypothèses suivantes : n Considération de la période 2010 -2020 comme période d’observation n Année de base pour la projection des émissions : l’année 2015 a été considérée comme une année de base pour les travaux de modélisation technico économique de la demande d’énergie finale, la demande d’énergie primaire et la simulation des émissions aux horizons 2030 et 2050. n Périmètre des émissions couvertes : les émissions des scénarios BaU et bas-carbone couvrent exhaustivement l’ensemble des catégories d’émissions relevant du secteur de l’énergie telles que définies par les lignes directrices du GIEC2006. n Pleine cohérence des travaux et des trajectoires CDN-Energie (2030) avec ceux de la SNBC Energie (2050). 5.3.2. Secteur des procédés industriels 5.3.2.1. Scénario de ligne de base Méthodologiquement, le scénario de ligne de base (BaU) table sur un prolongement tendanciel des données d’activité des quatre principales sources d’émissions du secteur, en fonction de leur liaison avec le PIB et la population (pour le ciment et les briques et céramiques), de la trajectoire tendancielle 2010-2020 pour les HFC, et la valeur fixe de 33 Modèle technico économique où la demande d’énergie est simulée à partir de variables (« déterminants » techniques et socioéconomiques) à un niveau désagrégé (par usage, branche, type de véhicule, etc.) pour reconstituer la demande d’énergie nationale (approche « bottom up »). 51 50 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 référence pour l’usine d’acide nitrique. Le BaU table, enfin, sur un prolongement tendanciel des sources restantes (4-5 % des émissions du secteur) selon leur lien constaté avec le PIB. 5.3.2.2. Scénario bas-carbone Des éléments concordants, susceptibles de modifier les horizons de l’atténuation dans le secteur des procédés ont été pris en compte, dans la mesure où ils comportent des enjeux très importants pouvant permettre de remettre le secteur dans la trajectoire bas-carbone : n Secteur cimentier : plusieurs initiatives ont été lancées entre 2019 et 2020, et notamment le processus de tarification carbone dans le secteur, ainsi que l’inclusion de ce secteur dans le portefeuille de projets se prêtant à des applications de marché du carbone.34 n Groupe chimique : engagement confirmé du projet de destruction catalytique du N2O dans le cadre du programme NACAG.35 n Gaz fluorés (HFCs) :36 entame d’une stratégie nationale de réduction progressive des HFC dans le cadre de l’amendement de Kigali au protocole de Montréal. En ce qui concerne le secteur cimentier, il a été considéré une baisse du ratio clinker/ciment. La tendance baissière s’accélèrerait jusqu’en 2050, en misant sur le renforcement des pressions sur le secteur cimentier au niveau international (notamment taxes carbone) qui susciteraient des programmes ambitieux d’innovations technologiques ; donnant de plus en plus de place à des ciments composés peu intensifs en carbone, voire à de nouveaux liants. Bien que le ratio clinker/ciment considéré pour la Tunisie resterait plus élevé que celui attendu à l’échelle internationale,37 cet objectif moins ambitieux serait relayé et donc compensé, dans le scénario BaC, par l’entrée en lice progressive de systèmes de captation et de stockage du carbone, à partir de 2040. En ce qui concerne l’acide nitrique, le projet de destruction catalytique du N2O entrerait en exploitation en 2023 avec une efficacité de destruction du N2O de 85% la première année, et de 90% les années suivantes. A partir de 2031, l’efficacité de destruction du N2O passerait à 95%, et ce jusqu’à 2050. S’agissant des gaz fluorés, la Tunisie fait partie des pays Article 5 groupe 1 de l’amendement de Kigali, et le scénario BaC prévoit un plafonnement de ses importations (exprimées en téCO2) de 2024 à 2028 sur sa valeur de référence (moyenne 2020-2022), et une réduction de ses importations de 10% par rapport à la valeur de référence à partir de 2029 et de 30% à partir de 2035.38 Les potentiels d’atténuation de l’ensemble de ces « mesures » d’ici 2050 ont été évalués au mieux des connaissances dans le cadre des travaux prospectifs de la présente étude. 5.3.3. Secteur de l’AFAT 5.3.3.1. Approche prospective Dans le secteur de l’Agriculture, Forêt et Autres utilisations des Terres (AFAT), les travaux prospectifs couvrent les émissions/absorptions dans l’agriculture, la gestion de l’élevage, la foresterie et le changement d’utilisation des terres. Les travaux prospectifs s’appuient sur l’établissement de scénarios les plus probables d’évolution des principales données d’activité tels que les effectifs des différentes catégories de cheptel, les pratiques d’utilisation des terres agricoles, les surfaces couvertes par les principales sources d’absorption (arboriculture y compris l’oléiculture, forêts, maquis, etc.), etc. Les données d’activités sont celles-là mêmes qui sont utilisées pour l’inventaire des GES du secteur de l’AFAT. Autrement dit, à partir du moment où l’on dispose des données d’activité aux années horizons (ex. 2030, 2040, 2050), mais aussi année par année jusqu’en 2050, il est possible d’estimer les émissions/ absorptions en se basant sur la méthodologie du GIEC2006. L’exercice prospectif pour le secteur AFAT a utilisé deux approches distinctes, afin d’avoir la possibilité d’en croiser les résultats : n Une approche ascendante (bottom-up) modélisée spécifiquement pour les besoins de l’étude sous environnement EXCEL, qui part de l’identification la plus exhaustive possible des mesures d’atténuation (et d’absorption) dans le secteur AFAT en Tunisie, de rythmes acceptables d’évolution des réalisations (données d’activité) jusqu’en 2050, d’estimation des impacts GES individuels, année par année, et d’utiliser les données d’activités les plus récentes et les facteurs d’émission et/ou d’absorbation du carbone (dans le sol et la biomasse) de niveau 2 du GIEC qui se réfèrent à des travaux effectués en Tunisie et, dans certains cas, à des références obtenues sous des conditions similaires dans d’autres régions du monde. n Une approche descendante (top-down), utilisant l’application EX-ACT de la FAO, qui repose sur une évaluation des émissions et des absorptions de GES à l’aide de méthodes de différence de stock, considérant les mêmes options d’atténuation de l’approche bottom-up). Le rapprochement des résultats de l’exercice prospectif selon ces 2 approches a pour but de les affiner/ajuster, en plusieurs itérations, pour finalement conforter les résultats de l’approche bottom-up qui sera adoptée. 5.3.3.2. Scénarios Comme pour les autres secteurs, l’exercice prospectif a considéré deux scénarios contrastés : n La situation de référence (BaU) capture les tendances des émissions et des absorptions dans chacun sous-secteurs, en considérant un prolongement tendanciel des pratiques d’utilisation des sources de l’AFAT (traduites sous forme de données d’activité). Le terme tendanciel reproduit généralement une évolution future à l’identique de ce qui a été constaté dans la passé récent (plus spécifiquement 2015 2020). n Le scénario BaC considère quant à lui une situation visant à opérer un changement significatif de la trajectoire, allant dans le sens d’une augmentation du bilan négatif du secteur de l’AFAT. Un certain nombre d’options techniques 39 ont été identifiées et adoptées. Ces options ont été conçues de manière à étayer la vision et les orientations stratégiques qui ont été définies pour la SNBC 2050. Suivant un rythme plutôt réaliste et faisable d’ici 2030, le scénario Bas-carbone va, à partir de 2031, accélérer la cadence, sous la double impulsion de l’accélération du changement de modes d’utilisation des terres, et de modèles d’intervention en milieu rural. Le scénario de référence a été construit en s’appuyant sur un prolongement au-delà de 2030 des mêmes hypothèses adoptées dans le cadre de la CDN actualisée. Les hypothèses couvrent toutes les sources essentielles des émissions : le Cheptel, la production agricole, l’utilisation des engrais synthétiques et organiques, les Incendies de forêts, et l’utilisation des terres.40 5.3.4. Secteur des déchets Dans le secteur des déchets, les travaux prospectifs couvrent principalement les émissions imputables à la gestion des déchets solides, et celles dues à l’assainissement. Ces travaux s’appuient principalement sur l’établissement de scénarios les plus probables d’évolution des principales données d’activité telles que les quantités de déchets générées annuellement, les quantités valorisées et traitées, les quantités d’eaux usées produites par les différents secteurs, etc. 5.3.4.1. Les déchets solides Approche prospective Les travaux prospectifs pour les déchets solides ont été réalisés en plusieurs étapes : 34 Dans le cadre du projet Global Carbon Market mis en oeuvre par l’ANME et la GIZ. 35 En 2016, la Tunisie a signé une déclaration d’adhésion à l’initiative internationale de Ministère Fédéral Allemand de l’Environnement, de la Protection de la Nature et de la Sûreté Nucléaire (BMU) (Nitric Acid Climate Action Group - NACAG) portant sur l’industrie de l’acide nitrique. L’initiative vise à supprimer les émissions du protoxyde d’azote «N2O» d’une manière durable, tout en assurant l’appui technique et financier aux projets des pays signataires. 36 Hydrofluorocarbures. 37 On parle de moins de 30% à l’échelle mondiale autour de 2050. 38 L’amendement de Kigali prévoit un engagement de réduction de 50% en 2040 et 80% en 2045. 39 Cf. ANNEXE 1 du document: «Stratégie de neutralité carbone de la Tunisie à l’horizon 2050». Ministère de l’Environnement/Agence Nationale de Maîtrise de l’énergie/GIZ. Mars 2022. 40 Pour plus de détails, se référer au document: «Stratégie de neutralité carbone de la Tunisie à l’horizon 2050». Ministère de l’Environnement/Agence Nationale de Maîtrise de l’énergie/GIZ. Mars 2022. 53 52 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 n Collecte de données sur les déchets solides en Tunisie, et analyse des résultats des études et des enquêtes de terrain réalisées. Les informations, principalement celles liées aux tendances de production et de composition des déchets ont été analysées et comparées/confrontées, en vue de déterminer les hypothèses devant servir de base aux travaux prospectifs. n Larges concertations avec les acteurs et spécialistes concernés du secteur, en vue de favoriser l’appropriation des résultats de la SNBC, de s’accorder collectivement sur la situation actuelle, sur les perspectives futures, et de partager les options d’atténuation conformément à la vision arrêtée pour la réduction des GES. n Projections sur la quantité des déchets (par habitant/jour et par région) ainsi que sur leur composition : en compilant au mieux les résultats de la première étape de collecte et d’analyse des données, et des concertations. La projection du niveau d’émissions de GES pour le secteur des déchets est réalisée en utilisant des hypothèses selon lesquelles le taux d’augmentation de la quantité de déchets générés en Tunisie est affecté par plusieurs paramètres ; à savoir la croissance démographique, la croissance économique, les réglementations, les politiques, les modes de vie et habitudes de consommation des ménages, le taux de réduction à la source des déchets, les plans et performances de traitement des déchets. Scénarios Il n’existe pas de modèle traitant spécifiquement de la prospective dans le domaine des déchets. La simulation des émissions de GES du secteur a donc été réalisée en adaptant le modèle de calcul de l’IPCC-déchets, utilisé pour l’inventaire des GES de ce secteur. Ce modèle fonctionne sur la base des mises en décharge annuelles (distinguant rural et urbain), et effectue les calculs selon la « First Order Decay Approach », en se basant sur la composition des déchets, et sur les systèmes de traitement utilisés. Ces paramètres ont été définis pour les travaux prospectifs, générant ainsi des résultats conformes à la méthode GES de l’IPCC. Des compléments méthodologiques non inclus dans ce modèle ont été aussi développés sous environnement Excel. Les émissions de GES ont été projetées à partir de l’année de base choisie (2020) jusqu’en 2050 dans le cadre d’un scénario BaU, de manière à refléter un prolongement des tendances passées les plus récentes (80% des déchets solides -hors situations spécifiques du milieu rural- seraient recueillis par des décharges contrôlées à l’horizon 2030, et 100% à l’horizon 2035, maintien des systèmes de dégazage actuels, provenant des projets MDP en cours d’exploitation sur les décharges, jusqu’en 2025). Dans le scénario bas-carbone à l’horizon 2050, l’objectif visé était de refléter au mieux les priorités nationales de développement pour le secteur des déchets, tout en donnant des réponses appropriées aux préconisations de la CCNUCC, qui traduisent aussi les décisions des COP successives et les attentes exprimées par l’Accord de Paris. Le plan d’atténuation tel que discuté et arrêté avec les départements concernés au Ministère chargé de l’Environnement et l’ANGed, ainsi que les autres acteurs impliquées, envisage la mise en place d’un programme ambitieux, tendant à réduire la production des déchets en amont, à dynamiser les filières de tri sélectif, et à promouvoir toutes les pratiques et actions de traitement et de valorisation des déchets ; dont notamment le compostage et la production de RDF destiné principalement au secteur cimentier. Le programme systématisera également l’implantation de systèmes de dégazage dans les décharges contrôlées, et la valorisation électrique des gaz récupérés. Ces actions ont été aussi conciliées avec les objectifs et planifications envisagés notamment dans la stratégie (2020-2030) de gestion des déchets ménagers et assimilés. 41 En raison des plus faibles quantités d’eaux utilisées par les ménages ruraux, les proportions de matières organiques se retrouvant dans les eaux usées augmenteraient, d’où une hausse des émissions unitaires. L’estimation des émissions évitables a été faite sur la base des lignes directrices du GIEC 2006, en attribuant au secteur des déchets uniquement les évitements d’émissions se trouvant, selon le GIEC 2006, effectivement dans le périmètre du secteur déchets. Les impacts d’éventuels projets de valorisation énergétique des décharges (ex. génération électrique, utilisation du RDF par le secteur cimentier, etc.) sont donc incorporés dans le scénario bas-carbone du secteur de l’énergie. 5.3.4.2. Assainissement Approche prospective et hypothèses En Tunisie, trois procédés de traitement des eaux usées sont principalement pratiqués : les boues activées faible charge, les boues activées moyenne charge, et le lagunage. Les modes de traitement déterminent les facteurs d’émissions à utiliser. La prédominance des procédés aérobie dans le traitement des eaux usées implique des émissions de GES relativement plus faibles. Les quantités d’eau et de boues traitées sont les données d’activité du secteur de l’assainissement. La première étape du travail prospectif est donc de projeter -selon un scénario tendanciel- les quantités d’eau usées produites annuellement jusqu’en 2050, et selon les programmes de l’ONAS, les quantités d’eau et de boue à traiter, ainsi que les modes de traitement anticipés pour le futur. Les quantités d’eau usées résidentielles produites se basent sur les données moyennes estimées des eaux usées par habitant et par an, en milieu urbain, et en milieu rural. Les chiffres partent d’une production d’eaux usées de 32,5 m3/hab./an en milieu urbain, de 21 m3/hab./an en milieu rural. En raison des contraintes qui vont peser sur les ressources en eau, ces chiffres unitaires sont supposés rester inchangés jusqu’en 2050. Les taux de branchement aux réseaux de l’ONAS déterminent dans une large mesure les quantités d’eaux traitées justement par l’ONAS. L’hypothèse prise est de parvenir, de manière progressive, à un taux de branchement en 2050 de 98,5% en milieu urbain, et de 20% en milieu rural. En ce qui concerne les eaux usées industrielles, les quantités d’eaux usées traitées progresseraient proportionnellement au PIB du secteur de l’industrie. La Figure 24 projette la production des eaux usées d’ici 2050. On notera une hausse assez prononcée de la production d’eaux usées qui atteindrait 700 millions de m3 en 2050, soit une progression de 63% entre 2020 et 2050, principalement sous l’impulsion de la hausse des eaux usées industrielles. On notera aussi que la production d’eaux usées domestiques évoluerait à un rythme modéré (hausse d’à peine 20% entre 2020 et 2050) ; principalement imputable à la croissance démographique. Figure 19 Trajectoires d’évolution de la production d’eaux usées en Tunisie. Scénarios En ce qui concerne les modes de traitement, le BaU considère le prolongement -jusqu’en 2050- des mêmes pratiques d’assainissement constatées durant la période 2015-2020. On considère néanmoins une hausse du facteur moyen d’émissions de GES, à partir de 2034-2035, en raison de la hausse de la proportion des ménages ruraux dans la population branchée.41 Prospective des eaux usées produites en Tunisie Total eaux usées résidentielles produites Total eaux usées industrielles produites 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 0 100 300 400 500 200 600 700 Mm3 55 54 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Plusieurs installations nouvelles générant des réductions de GES dans l’assainissement sont en cours de lancement (outre les nombreux projets d’efficacité énergétique et de renouvelable qui sont attribués à la catégorie-source de l’énergie ; conformément aux préconisations de l’IPCC). Le scénario BaC du secteur de l’assainissement consolidera cette mobilisation de l’ONAS pour améliorer les performances du secteur. Le BaC considère cinq principales actions déjà identifiées par la NAMA Assainissement développée en 2013, et bien évidemment toujours à l’ordre du jour dans la mesure où elles figurent toujours dans les priorités de développement de l’ONAS. 5.4. Le scénario ligne de base (BaU) 5.4.1. Résultats agrégés à l’échelle nationale Le scénario BaU induit une progression franche des émissions nationales nettes de GES (courbe blanche dans la Figure 25). Ces émissions passeraient de 35 MtéCO2 en 2020 (le même niveau qu’en 2010) à 78 MtéCO2 en 2050 ; soit plus qu’un doublement en 30 ans, ce qui équivaut à une évolution moyenne de 2,7% par an sur la période 2020-2050. S’agissant des émissions brutes (courbe rouge),42 elles enregistrent une progression quasi similaire, passant de 49 MtéCO2 en 2020 à 94 MtéCO2 en 2050 ; soit un quasi doublement en 30 ans, reflétant une progression moyenne de 2,2% par an sur la période 2020-2050, en raison d’un rythme bien supérieur de progression du PIB. Il en résulterait un découplage franc des émissions nationales nettes -déjà du BaU- par rapport à la croissance économique. En conséquence, l’intensité carbone serait divisée par deux en 2050 par rapport au niveau de 2020 (Figure 26) ; passant de 0,512 téCO2/1000 DT PIB 43 en 2020 à 0,267 en 2050. Ceci traduirait une baisse annuelle moyenne d’environ 2,2% sur la période 2020-2050 ; soit un triplement du rythme annuel de baisse de l’intensité carbone nationale par rapport à celui observé sur la période 2010-2020 et qui s’était établi à 0,7 /an. Figure 20 Trajectoires nationales et sectorielles des émissions/absorptions du scénario BaU 2012 20142010 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 0 8 18 28 48 58 68 38 3 8 3 13 23 43 53 63 33 83 93 73 78 88 98 MtéCO2 122012 201420140110 162016 22018 02020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 05020 AFAT-BaU Energie-BaU Procédés-BaU Déchets-BaU Emissions nettes-BaU Emissions nationales nettes Emissions nationales brutes E Scénario BaU Emissions brutes 94 78 35 49 35 48 42 Emissions de toutes les sources, sans considérer les sources d’absorptions du secteur AFAT. 43 Le PIB est systématiquement exprimé à prix constants 2010, comme pour tout le document de la SNBC. Figure 21 Evolution de l’intensité carbone de la Tunisie à l’horizon 2050 selon le scénario BaU Le BaU 2021-2050, en lui-même, reflète donc un premier niveau de transition bas-carbone ; confirmant les choix historiques tendanciels de la Tunisie, qui ont toujours été naturellement en ligne avec les préoccupations climatiques. Les sections suivantes décrivent les trajectoires BaU sectorielles ayant induit les résultats du BaU national analysés ci-dessus. 5.4.2. Secteur de l’énergie Les sections consacrées à l’énergie se rapportent aux résultats repris des travaux élaborés dans le cadre séparé de préparation de la SNBC-énergie (ANME/PNUD). Le scénario de ligne de base (BaU) prévoit plus d’un doublement des émissions totales de GES du secteur de l’énergie en 2050 par rapport au niveau de 2020 ; comme le fait apparaître la Figure 30. Malgré l’évolution haussière des émissions, celle-ci s’accompagne d’un découplage avec la croissance économique. Figure 22 Emissions des GES du secteur de l’énergie selon le scénario BaU Comme conséquence, dans le BaU, l’intensité carbone serait divisée presque par 2 en 30 ans (2020 et 2050), comme le montre la Figure 28 ; soit un quasi doublement du rythme annuel moyen de baisse de l’intensité carbone sur la période 2020 2050 par rapport à celui observé sur la période 2010 2020 (-2% contre -0.9% par an en moyenne). 0,250 0,300 0,350 0,400 0,500 0,550 0,450 téCO2/1000 DT PIB 0,550 0,512 0,491 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 10 20 12 20 11 20 13 20 15 20 14 20 16 20 18 20 17 20 19 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 0,361 0,267 D iv is io n pa r 2 0,512 0,491 0,361 0,2672 D iv is io n pa r 2 D o 0 10 20 30 50 60 70 40 MtéCO2 29,1 40,5 53,8 2015 20192010 2020 2023 2025 2030 2035 2040 2045 2050 Scénario BaU 29,1 40,5 53,8 Scénario BaUn B 66,5 57 56 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Figure 23 Evolution de l’intensité carbone du secteur de l’énergie selon le scénario BaU Fichier source : Compilations NDC SNBC - F Neutral - Asus.xlsx<SNBC>et<1-Compilation Energie> 5.4.3. Secteur des procédés industriels Le BaU du secteur des procédés considère un prolongement des mêmes pratiques de production dans les secteurs concernés (ciment, briques, céramique, acide nitrique, etc.) et d’utilisation des gaz HFC. La Figure 32 dresse la trajectoire BaU d’émissions des GES pour le secteur des procédés industriels. Ces émissions passeraient de 5,6 MtéCO2 en 2020 à 11,3 MtéCO2 en 2050, soit un doublement en 30 ans. Figure 24 Trajectoire BaU des émissions des GES du secteur des procédés industriels à l’horizon 2050 Ce faisant, les émissions dues aux procédés évolueraient au rythme de 2,3% par an sur toute la période, alors que le PIB croîtrait à 5%/an sur la même période 2020-2050. La croissance modérée des émissions dues aux procédés en rapport avec le PIB, s’explique principalement par le rythme ralenti d’évolution des besoins en matériaux de construction (ciment, briques et céramique) par rapport à la croissance du PIB, et à la stabilité de la production d’acide nitrique. Ainsi, l’intensité carbone du secteur chuterait de plus que la moitié dans le BaU sur la même période (0,038 téCO2/1000 DT PIB en 2050 contre 0,084 en 2020). 5.4.4. Secteur de l’AFAT La ligne de base de la SNBC du secteur de l’AFAT considère un prolongement des tendances d’évolution des émissions et des absorptions (Figure 33), en s’appuyant notamment sur les politiques actuelles, relevant des activités des départements techniques du Ministère de l’agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la pêche. On notera que le niveau des émissions du BaU passerait d’environ 11 MtéCO2 en 2020 à moins de 9 MtéCO2 en 2030 ; soit un recul de 19% des émissions entre les deux dates, alors que la population s’accroitrait de 16% et que le PIB aura progressé d’un facteur supérieur à 4 entre 2020 et 2050. En revanche, l’absorption passerait de -14 MtéCO2 en 2020 à -16 MtéCO2 en 2050 ; soit une progression de 13% entre les deux dates. La combinaison de la baisse des émissions et de la hausse des absorptions conduit à une augmentation très significative des absorptions nettes, qui passeraient de -2,3 MtéCO2 en 2020 à -7,3 MtéCO2 en 2050, soit une hausse par un facteur 3 des absorptions nettes entre les deux. L’effort qui serait consenti par la Tunisie dans le BaU pour le secteur AFAT serait déjà considérable, et permettrait de réduire les émissions brutes de l’AFAT par habitant de plus de 30% entre 2020 et 2050 (0,6 téCO2/hab. en 2050 contre 0,9 en 2020), et de 0 2 4 6 10 12 8 MtéCO2 5,6 11,3 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 5,6 , Procédés industriels X 2 Figure 25 Trajectoires BaU des émissions brutes et des absorptions du secteur AFAT faire chuter l’intensité carbone de l’AFAT (exprimée en émissions brutes) par un facteur 5 sur la même période. 5.4.5. Secteur des déchets 5.4.5.1. Déchets solides La Figure 34 ci-après présente la trajectoire de la réception des déchets solides par les décharges contrôlées selon le BaU. Figure 26 Trajectoire de réception des déchets solides par des décharges contrôlées à l’horizon 2050 Figure 27 Trajectoire BaU des émissions des GES du secteur des déchets solides d’ici 2050 La simulation suppose une nette amélioration du taux de collecte des flux des déchets et leur dépôt dans des décharges contrôlées ; passant à quasiment 100% en 2050, ce qui représenterait une multiplication par un facteur 2,7 des quantités de déchets ménagers à accueillir par des décharges contrôlées. La Figure 35 ci-après, dresse la trajectoire BaU d’émissions des GES pour le secteur des déchets solides. 5,0 10,0 15,0 20,0 3,3 14,1 7,3 16,1 Séquestration AFAT-BaU Bilan net-BaU 0,0 5,0 10,0 15,0 MtéCO2 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 Trajectoire BaU des émissions brutes et des absorptions du secteur AFAT-BaU 10,8 8,8 Emissions AFAT-BaU 0 1 000 2 000 3 000 5 000 6 000 4 000 kt déchets solides 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 déchets solides 0 2 4 6 8 0 2 4 6 8 0 2 4 6 8 0 X 2,7 Dry tropical Dry temp 0 1 2 3 5 6 4 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 7 MtéCO2 3,1 4,2 6,3 3,1 4,2 6,3 X2 0,500 0,450 0,400 0,350 0,300 0,250 0,200 0,150 0,100 0,050 0,000 téCO2/1000DT PIB 0,461 0,421 0,399 0,298 0,226 2010 2015 20202019 2025 2030 2035 2040 2045 2050 0,421 0,399 0,298 59 58 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Ces émissions passeraient de 3,1 MtéCO2 en 2020 à 6,3 MtéCO2 en 2050, soit un doublement en 30 ans, ce qui reste moins que proportionnel que la hausse des quantités de déchets reçues par les décharges contrôlées, confirmant que le BaU comporte lui-même une meilleure prise en charge de la récupération et du recyclage du CH4. 5.4.5.2. Assainissement En ce qui concerne les eaux usées traitées (Figure 33), il est estimé qu’en 2020, une proportion de 63% des eaux usées générées annuellement est effectivement traitée. Ce taux monterait à 69% en 2050 ; représentant 480 Mm3 d’eaux usées traitées dans le BaU. Sur cette base, les eaux à traiter augmenteraient de 78% entre 2020 et 2050. Figure 28 Trajectoire de traitement des eaux usées (EU) selon le BaU à l’horizon 2050 La Figure 34 ci-après, dresse la trajectoire BaU d’émissions des GES pour le secteur de l’assainissement. Ces émissions passeraient de 0,7 MtéCO2 en 2020 à 1,6 MtéCO2 en 2050, soit plus qu’un doublement en 30 ans. Cette hausse serait plus que proportionnelle à la progression des eaux usées traitées (+78%), principalement en raison de la hausse de la teneur des eaux usées en matières organiques. Figure 29 Trajectoire BaU des émissions des GES du secteur de l’assainissement à l’horizon 2050 5.5. Scénario de neutralité carbone à l’horizon 2050 La neutralité carbone 2050 est l’objectif visé par la stratégie bas-carbone à l’échelle nationale. Il découle des trajectoires BaC sectorielles, lesquelles se sont appuyées sur des politiques bas-carbone très volontaristes. Les sections suivantes présentent le résultat national de neutralité carbone, et ensuite les trajectoires sectorielles ayant permis d’atteindre l’objectif national de neutralité. 5.5.1. Résultat national agrégé de neutralité carbone en 2050 5.5.1.1. Résultats agrégés du scénario neutralité Visant la neutralité carbone nationale à l’horizon 2050, le scénario BaC induit une décroissance franche et ininterrompue des émissions nationales nettes de GES (émissions moins absorptions), celles-ci passant donc de 35 MtéCO2 en 2020 à la valeur zéro en 2050. Pour parvenir à la neutralité 2050, la Tunisie accélère donc la cadence baissière de ses émissions de manière tranchante (Figure 36), déjà à partir de 2031 puis 2036, et surtout à partir de 2040 ; traduisant une véritable rupture avec le BaU. 0 100 200 300 400 500 600 700 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 EU non traitées (Mm3) EU traitées (Mm3) 0,2 0,4 0,6 0,8 1,2 1,4 1,0 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 1,6 MtéCO2 Emissions BaU secteur de l’assainissement 0,74 1,60 MtéCO2 0,74 X 2,1 L’évolution des émissions nettes du BaC consacre évidemment un découplage définitif des émissions nationales avec la croissance économique ; l’issue finale (2050) étant la neutralité carbone. Ainsi, l’intensité carbone passerait de 0,512 téCO2/1000 DT PIB en 2020 au chiffre zéro en 2050 comme le montre la Figure 35. Figure 30 Evolution de l’intensité carbone selon le scénario BaC Ce faisant, la Tunisie se mettrait dans la lignée de l’objectif le plus ambitieux de l’Accord de Paris de contenir le réchauffement de la planète à moins de 1,5°C par rapport à l’ère préindustrielle. Quoique les émissions de tous les secteurs enregistrent des baisses très significatives (Figure 36), on notera évidemment les rôles essentiels de l’énergie, mais plus particulièrement du secteur de l’AFAT, qui, grâce à une multiplication par 8 de ses absorptions nettes entre 2020 et 2050, contribuera, en compensant les émissions nationales, à dessiner de manière déterminante la trajectoire tranchante des émissions nettes du scénario national BaC menant vers la neutralité. Il s’agit, pour le secteur de l’AFAT, d’une trajectoire cohérente avec les objectifs de résilience et avec le choix volontairement opéré de changement de modèle de développement. Celui-ci met un accent particulier sur l’inclusivité de ce développement, et le nécessaire arrimage de l’espace rural à la dynamique de développement national, qui, rappelons-le, a considéré dans l’exercice prospectif, un quasi-quadruplement du PIB/habitant entre 2020 et 2050. Figure 31 Trajectoires nationale et sectorielles des émissions/absorptions du scénario BaC 2012 20142010 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 0 8 18 28 48 48 35 35 31 0 49 48 34 38 3 2 7 13 23 43 33 MtéCO2 12 17 22 27 AFAT-BaC Energie-BaC Procédés-BaC Déchets-BaC Emissions nettes-BaC Emissions nationales nettes Emissions nationales brutes Scénario BaC Emissions brutes 0,000 0,100 0,200 0,300 0,500 0,600 0,400 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 téCO2/1000 DT PIB 0,550 0,512 0,0 0 2 4 6 8 00 2 4 6 8 2 4 6 8 0 2 4 6 8 0 0,512 0,0 61 60 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 différentiel très prononcé des émissions nettes en 2050 (78 MtéCO2 pour le BaU contre évidemment 0 MtéCO2 pour le BaC), ce qui dénote de l’ampleur de la transition bas-carbone suggérée par le scénario BaC-Neutralité. L’objectif de la CDN actualisée de baisse de l’intensité carbone de 45% en 2030 par rapport à celle de 2010 dessine la véritable première transition bas-carbone, permettant de baisser les émissions nettes de 38% par rapport au BaU, et aussi d’emprunter définitivement une voie descendante des émissions en termes absolus. Ensuite, une première accélération de la tendance baissière interviendra en 2031, suivie d’une seconde accélération à partir de 2036, puis d’une rupture encore plus prononcée à partir de 2040, pour aboutir en fin de parcours en 2050 à la neutralité. L’ampleur de la transition bas-carbone apparaît également à travers le croisement des intensités carbone respectives des scénarios BaU et BaC (Figure 38), qui fait apparaître une forte baisse (38%) de l’intensité carbone du BaC par rapport au BaU en 2030 ; premier jalon de la transition bas-carbone. L’intensité carbone chuterait ensuite à 0,08 dans le BaC, contre 0,36 dans le BaU en 2040 soit une division par un facteur 4,4 entre les deux scénarios, 5.5.1.2. Trajectoires comparées des deux scénarios BaU et BaC La confrontation des trajectoires très contrastées des émissions nettes respectives du BaU et du BaC (Figure 37) confirme l’ampleur de la rupture entre le scénario BaU et le scénario BaC. La période 2010 2020 est elle-même, assez intéressante à analyser. Elle intervient dans un contexte post-révolution de profonde crise économique, avec un PIB croissant à seulement 0,67% par an sur la période. La combinaison d’une telle croissance du PIB avec la croissance démographique (12% sur la même période), aurait dû induire une hausse, aussi légère soit-elle, des émissions nettes. Ce ne fut pas le cas ; puisque ces émissions sont restées stables entre 2010 et 2020 ; confirmant que les bases d’une évolution bas-carbone restent présentes. Les émissions BaU reprennent ensuite une trajectoire ascendante -relativement accélérée : 3,6% par an mais toujours en dessous de la croissance prévue du PIB (4,2% annuellement sur la période 2020 2030). La suite de la trajectoire (2031-2050) suivra la même tendance, entérinant son appellation de scénario tendanciel. Il est important de noter que les trajectoires très contrastées des émissions nettes respectives du BaU et du BaC induisent un Figure 32 Trajectoires comparées des émissions nettes nationales entre les deux scénarios 2012 20142010 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 0 20 40 60 80 10 30 50 70 MtéCOe2 BaU 1ère accélération CDN actualisée 2ème accélération 3ème accélération BaC 2012 2014010 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 CDN actualisée 2ème accélération 3ème accélération 1ère accélération 3è élé ti 35 50 38% 31 0 78 Figure 33 Trajectoires croisées de l’intensité carbone du BaU et du BaC et à 0,0 en 2050 et donc la neutralité, contre 0,267 dans le BaU la même année. 5.5.1.3. Impacts GES de la stratégie bas-carbone La mise en œuvre de la SNBC permettrait d’induire plus d’un milliard de téCO2 de réductions d’émissions cumulées sur la période 2021-2050 (Tableau 8). Il s’agit de l’équivalent de 19 années d’émissions qui seraient évitées en 30 ans grâce à l’adoption du scénario neutralité. Tableau 5 Réductions des émissions des GES par le scénario BaC et pour trois années charnières et cumulées entre 2021 et 2050 (*) MtéCO2 2030 2040 2050 Cumul 2021-2050 Energie 13,8 29,3 45,3 661,7 Procédés 1,1 3,5 9,4 107,8 AFAT 2,8 14,7 19,3 277,7 Déchets 1,2 3,0 4,5 66,9 Total-Atténuation 18,9 50,6 78,5 1 114 (*) Les réductions des émissions dues à l’énergie sont très légèrement supérieures à celles fournies par la SNBC-Energie du fait de la prise en compte de l’impact d’une action de réduction des gaspillages ciblant le secteur agricole. Cette action a impacté les émissions des autres sources (énergie pour l’agriculture, AFAT et déchets), donc dûment prises en compte dans les résultats sectoriels. Comme l’indique le Tableau 8, le rythme de la transition ira crescendo. Ainsi, les réductions d’émissions atteindraient 19 MtéCO2 en 2030 (-38% par rapport au BaU), 50,6 MtéCO2 en 2040 (-71% par rapport au BaU), et 78 MtéCO2 en 2050 (-100% par rapport au BaU). Ce rythme crescendo est encore plus prononcé quand on s’intéresse aux émissions cumulées sur des périodes de temps (Tableau 9). En effet, la période initiale (2021-2030) ne contribuerait que pour 8% des réductions d’émission de l’ensemble de la période prospective 2021-2050. La seconde période (2031-2040) contribuerait pour 31% des réductions d’émissions de la période prospective. Enfin 61% des réductions des émissions de la période prospective seraient réalisés entre 2041 et 2050. Sur toute la période prospective (2021 2050), les réductions cumulées des émissions représenteraient 64% des GES qui auraient été émis s’il n’y aurait pas de stratégie bas-carbone, et donc par rapport au BaU. Par ailleurs, sur la période 2021-2030, les réductions de GES cumulées grâce au BaC représenteraient 21% des émissions cumulées du BaU sur la même période. Lors de la période suivante (2031-2040), les réductions de GES cumulées grâce au BaC représenteraient 60% des émissions cumulées du BaU sur la même période. Enfin, 93% des émissions cumulées du BaU sur la période 2041-2050 seraient évitées grâce à la mise en œuvre du scénario BaC. L’énergie reste la principale source de réduction des émissions de la SNBC. Avec 662 MtéCO2 de 2012 20142010 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 0,000 0,200 0,400 0,600 0,100 0,300 0,500 téCO2/1000 DT PIB Intensité carbone PIBcst2010 - BaUCDN actualisée Intensité carbone PIBcst2010 - BaC 0,550 0,491 /4,4 0,306 0,361 0,08 0,512 31 0,0 0,267 2012 20142010 2016 2018 2020 2022 2024 2026 2028 2030 2032 2034 2036 2038 2040 2042 2044 2046 2048 2050 CDN actualisée /4,4 0,08 3131 0 0,2CDN actualisée 0,550 0,491 /4,4 0,306 0,361 0,512 0 2 38% 63 62 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 réductions de GES sur la période 2021-2050, elle cumule 59% des impacts GES de la SNBC (Figure 39). Le secteur AFAT vient, lui, en seconde position avec une contribution de 278 MtéCO2 (25%), suivi des procédés avec 108 MtéCO2 (10%), et enfin des déchets avec 67 Mt2CO2 (6%). Il est intéressant d’analyser la proportionnalité des impacts GES sectoriels (Figure 39) avec les contributions respectives des secteurs aux émissions de GES (Figure 40) sur la période 2021 2050.44 Il apparaît, à ce titre que la contribution du secteur de l’énergie aux réductions des émissions (59%) est moins que proportionnelle à sa contribution aux émissions brutes (65%). Il en est de même des secteurs des procédés et des déchets qui contribuent plus aux émissions (respectivement 13% et 8%) qu’aux réductions des émissions (respectivement 10% et 6%), tout le contraire du secteur AFAT dont la contribution aux réductions des émissions (25%) est très largement supérieure à sa contribution aux émissions nationales brutes sur la période 2021 2050 (14%). 5.5.1.4. Synthèse des objectifs et résultats attendus de la SNBC Tunisie La SNBC de la Tunisie s’inscrit dans une dynamique de rupture totale des pratiques de production et de consommation, en vue de contribuer pleinement aux objectifs de l’Accord de Paris. Cette dynamique embarque avec elle un changement du modèle de développement, ciblant Tableau 6 Réductions des émissions de GES cumulées par le scénario BaC (MtéCO2) (*) 2021-30 2031-40 2041-50 2021-50 Energie 63 220 378 662 Procédés 8 22 78 108 AFAT 11 85 181 278 Déchets 5 23 39 67 Total 87 350 676 1 114 Répartion/période 8% 31% 61% 100% Réduction BaC des émissions rapportées aux émissions BaU 21% 60% 93% 64% (*) Les réductions des émissions dues à l’énergie sont très légèrement supérieures à celles fournies par la SNBC-Energie du fait de la prise en compte de l’impact d’une action de réduction des gaspillages ciblant le secteur agricole. Cette action a impacté les émissions des autres sources (énergie pour l’agriculture, AFAT et déchets), donc dûment prises en compte dans les résultats sectoriels Figure 34 Répartition sectorielle des Impacts GES cumulés de le SNBC sur la période 2021-2050 Figure 35 Répartition sectorielle des émissions brutes de GES cumulées sur la période 2021-2050 selon le scénario BaU 59% Energie 25% AFAT 6% Déchets 10% Procédés 65% Energie 14% AFAT 8% Déchets 13% Procédés 44 D’après les résultats des travaux prospectifs, les émissions brutes cumulées de GES de la Tunisie sur la période 2021-2050 se chiffreraient à 2,1 milliards de téCO2 pour le scénario BaU. plus particulièrement le secteur de l’énergie ainsi que l’ensemble du secteur de l’Agriculture, de la Forêt et des Autres utilisations des Terres, qui sont les deux piliers essentiels de la transition bas-carbone. Le Tableau 7 synthétise les objectifs et résultats essentiels de la SNBC-Tunisie. Les sections suivantes décrivent les trajectoires BaC sectorielles ayant conduit à la neutralité carbone nationale à l’horizon 2050 analysée ci-dessus. Tableau 7 Synthèse et points saillants essentiels des objectifs et résultats de la composante transition bas carbone de la stratégie Objectifs et résultats attendus à l’ECHELLE NATIONALE Résultat Rupture totale de tendance par le scénario BaC, induisant une baisse des émissions nettes par rapport au BaU attendu GES 1 de 38% en 2030, de 77% en 2040, et la neutralité carbone en 2050 Résultat Découplage total des émissions nationales avec la croissance économique ; induisant une baisse de l’intensité attendu GES 2 carbone par rapport à 2010 de 45% en 2030 (objectif de la CDN), de 85% en 2040, et l’atteinte de la valeur zéro de l’intensité carbone en 2050. Objectifs et résultats attendus aux ECHELLES SECTORIELLES Energie Procédés AFAT Déchets Résultat Baisse par un facteur 3 Baisse par un facteur 6 Amélioration par un facteur Baisse de 58% des émissions attendu GES 1 des émissions de GES des émissions de GES 3,6 du bilan net d’absorption absolues et par habitant dues de 2050 entre BaU de 2050 entre BaU de l’AFAT en 2050 entre aux déchets en 2050 par et BaC et BaC BaU et BaC rapport au BaU Résultat Baisse de 26% des Baisse d’un facteur 3 Amélioration par un facteur Baisse par un facteur 2,5 des attendu GES 2 émissions absolues de des émissions absolues 8 du bilan net d’absorption émissions de GES dues aux GES entre 2020 à 2050 de GES entre 2020 de l’AFAT en 2050 par déchets solides de 2050 entre à 2050 rapport à 2020 BaU et BaC Résultat Baisse par un facteur Baisse par un facteur 13 Hausse de 110% de Régression de 15% des attendu GES 3 supérieur à 5 de de l’intensité carbone l’absorption de carbone de émissions dues aux déchets l’intensité carbone de 2020 à 2050 l’AFAT en 2050 entre BaU solides par rapport au niveau de 2020 à 2050 et BaC de 2020 Résultat Baisse de 36% des Baisse d’un facteur 3,5 Réduction des émissions Baisse par un facteur 2,2 des attendu GES 4 émissions/habitant des émissions/habitant brutes de l’AFAT par émissions de GES dues à entre 2020 et 2050 entre 2020 et 2050 habitant de 42% entre 2020 l’assainissement de 2050 entre et 2050 BaU et BaC Résultat Plafonnement au niveau de attendu GES 5 2020 des émissions dues à l’assainissement Moyens/ Pénétration des ER : Quasi-élimination des Couverture, d’ici 2050, de Réduction de 20% de la objectifs 18 GW à l’horizon 2050 émissions imputables à 43% (4,3 millions d’ha/ ≈ 10 quantité des déchets ménagers initiaux 1 l’acide nitrique millions) des sols utilisés en produits (kg/hab/jr) en 2050 en agriculture (y compris milieu urbain et 10% en milieu parcours) par des actions rural, par rapport à 2020. intégrées de restauration/ préservation des terres et des écosystèmes, et d’optimisation de leur utilisation 65 64 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 5.5.2. Secteur de l’énergie 5.5.2.1. La vision climatique du secteur de l’énergie En tant que première source d’émissions, le secteur de l’énergie joue un rôle crucial dans la formulation et la mise en œuvre de la stratégie nationale bas-carbone sur le long terme. Une transformation rapide et de grande ampleur du système énergétique représente la clé de voûte de la réussite de l’alignement des émissions sur une trajectoire compatible avec la décarbonation de l’économie. Outre les exigences de décarbonation du secteur de l’énergie, les défis majeurs liés à l’amélioration de la sécurité énergétique, et la réduction de la vulnérabilité de l’économie face à l’augmentation des prix internationaux de l’énergie exigent une transformation radicale du système énergétique actuel vers un nouveau modèle efficace et diversifié. En conformité avec le scénario de 2°C objectif de l’Accord de Paris que la Tunisie a ratifié, la vision de la SNBC dans le secteur de l’énergie est de ramener les émissions en 2050 à un niveau significativement inférieur à celui observé en 2020. En termes quantitatifs, cette vision ambitieuse avait visé une division par 5 de l’intensité carbone du secteur de l’énergie à l’horizon 2050 par rapport au niveau observé en 2020. Cependant, dans un contexte d’urgence climatique et d’accélération de la politique de transition énergétique, l’ANME envisage d’actualiser dès mi-2022 la SNBC dans le secteur de l’énergie en augmentant la contribution de ce secteur à la trajectoire de neutralité carbone visée pour 2050. Objectifs et résultats attendus aux ECHELLES SECTORIELLES (suite) Energie Procédés AFAT Déchets Moyens/objectifs Pénétration des ER : Recours au CSC dans Couverture de 100% des 36% de taux de recyclage initiaux 2 40% du mix énergétique le secteur cimentier à bovins et ovins en 2050 par matière des déchets ménagers en 2050 partir de 2040, les actions d’optimisation produits en 2050 neutralisant les de l’élevage émissions dues aux procédés en 2050 Moyens/objectifs Division par 2 de la Conformité totale à 342.000 hectares couverts 70% de valorisation organique initiaux 3 consommation d’énergie l’amendement de Kigali en BPA et Agriculture de (compost) et/ou énergétique primaire en 2050 par pour les HFC induisant conservation sur les terres (RDF et électricité) des déchets rapport au BaU une baisse d’un facteur céréalières en 2050 en 2050 6 des émissions en 2050 par rapport au BaU Moyens/objectifs Division par 3 de 660.000 hectares couverts Valorisation électrique initiaux 4 l’intensité d’énergie en agriculture biologique systématique (100%) dans les primaire entre 2020 en 2050 décharges équipées en et 2050 systèmes de dégazage/ torchage Moyens/objectifs Part de l’électricité générer 1 million de tonnes initiaux 5 dans la consommation de combustibles alternatifs finale d’énergie : 43% (RDF, etc.) à partir des déchets en 2050 en 2050, pour fournir 60% des besoins d’énergie thermique du secteur cimentier La mise à jour du scénario bas-carbone du secteur de l’énergie s’appuiera sur les technologies innovantes dans les domaines de l’efficacité énergétique, des énergies renouvelables et le recours à l’hydrogène vert. 5.5.2.2. Les leviers techniques de mise en œuvre de la SNBC dans le secteur de l’énergie Par rapport à la politique d’atténuation actuelle, la vision 2050 du secteur de l’énergie, ambitieuse et réaliste, s’appuie principalement sur les leviers techniques suivants : n L’orientation de la croissance économique vers les activités non énergivores dans le scénario économique. n Le développement de la sobriété énergétique dans tous les secteurs concernés. n Le renforcement de l’amélioration de l’efficacité énergétique et le recours au maximum aux technologies et équipements non énergivores. n Une redéfinition du Mix énergétique vers les énergies décarbonées, et plus particulièrement le déploiement massif des technologies de production d’électricité à partir des énergies renouvelables. n Le renforcement de l’électrification des usages, bénéficiant ainsi pleinement de la décarbonation du secteur électrique. L’efficacité énergétique Tout effort d’efficacité énergétique prévu par le BaC, impacte automatiquement à la baisse la demande d’énergie par rapport au BaU. C’est effectivement le cas du scénario BaC développé, où la demande d’énergie finale et celle d’énergie primaire auront enregistré des baisses significatives (Tableau 8). Tableau 8 Impacts du scénario BaC dans le secteur de l’énergie en termes de baisse induite par rapport au scénario BaU 2030 2050 Baisse par rapport au BaU -30% -46% Le développement des énergies renouvelables Le scénario BaC prévoit une pénétration sans précédent des énergies renouvelables dans le mix électrique, grâce à une capacité installée qui atteindrait 18 GW (Figure 46), ce qui est sans commune mesure avec la puissance de 370 MW à peine en 2020. Figure 36 Parc des ER selon le scénario BaC L’électrification des usages Le taux d’électrification des usages finaux est une caractéristique fondamentale des scénarios bas carbone, à condition que le mix électrique soit majoritairement renouvelable ; ce qui serait justement le cas dans le scénario BaC. La Tunisie devrait donc promouvoir fortement l’électrification des usages, notamment par la transition vers le transport électrique, permettant ainsi à la part de l’électricité de passer de 20% du mix d’énergie finale en 2020 à environ 25% en 2030 et 43% en 2050. 5.5.2.3. Les scénarios d’émissions Trajectoires GES Les travaux prospectifs ont débouché sur des trajectoires très contrastées des émissions de GES (Figure 42). Ainsi, alors que les émissions dues à l’énergie atteindraient environ 66 MtéCO2 en 2050 dans le BAU, le scénario BaC devrait ramener les émissions de GES de 2050 à 21 MtéCO2 ; soit une division par un facteur supérieur à 3 en comparaison 2020 2030 2050 Capacité EnR installée (MW) 369 3 802 x 50 x 10 18 300 (80%)( 67 66 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Impacts GES La mise en œuvre du scénario bas carbone, caractérisé par une transformation structurelle du système énergétique tunisien, induirait une baisse significative des émissions de GES du secteur par rapport à la trajectoire BaU. Cette baisse atteindrait le chiffre exceptionnel de 45 MtéCO2 en 2050, soit plus d’un triplement de l’effort de réduction attendu par rapport à 2030 (Figure 44). En termes cumulés, la trajectoire BaC induirait des réductions des émissions d’environ 662 MtéCO2 sur l’ensemble de la période 2021-2050 ; soit 59% de l’effort national cumulé d’atténuation du scénario bas-carbone sur toute la période 2021-2050. Figure 39 Evolution des réductions annuelles d’émissions sur la période 2021-2050 Ces réductions d’émissions proviendraient principalement du secteur électrique (46%), suivi des secteurs de consommation finale (45%). Le reste des résultats d’atténuation (9%) découlerait de la baisse des émissions des autres sources ; notamment les autres industries énergétiques, et émissions fugitives. 5.5.3. Secteur des procédés industriels 5.5.3.1. Les leviers techniques de mise en œuvre de la SNBC dans le secteur des procédés Pour le secteur cimentier, il a été considéré une baisse du ratio clinker/ciment, qui passerait de 0,85 en 2020 à 0,82 en 2030. Cette tendance baissière s’accélèrerait ensuite pour atteindre 0,53 en 2050, au BaU, et une baisse de 25% par rapport à celles de l’année 2020. Figure 37 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur de l’énergie En ce qui concerne l’intensité carbone, elle enregistrerait une trajectoire baissière franche et ininterrompue ; marquant un découplage total des émissions de GES par rapport au PIB, que reflète parfaitement la division de cette intensité Par un facteur supérieur à 5 entre 2020 et 2050 (Figure 43). Figure 38 Intensité carbone du secteur de l’énergie selon le scénario BaC 45 On parle de moins de 30% à l’échelle mondiale autour de 2050. 46 L’amendement de Kigali prévoit un engagement de réduction de 50% en 2040 et 80% en 2045. 47 Le scénario BaC a considéré que tout le secteur cimentier au niveau mondial serait acculé par la Communauté internationale à la neutralité carbone en 2050, en neutralisant ses émissions de GES-procédés, difficilement compressibles, via le CSC. 10 20 30 40 50 60 70 MtéCO2 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 Trajectoire BaU Trajectoire bas-carboneTrajectoire bas-carboneTrajectoire bas carbone Trajectoire BaU Impacts cumulés 2021-2050 des programmes d’atténuation du secteur de l’énergie (662 MtéCO2) 45 MtéCO2 14 MtéCO2 Energie 0,000 0,050 0,100 0,150 0,200 0,250 0,300 0,350 0,400 0,450 0,500 0,135 0,421 0,072 0,461 MtéCO2/1000D T PIBcst2010 2010 2015 2019 2020 2025 2030 2035 2040 2045 2050 Division par un facteur supérieur à 5 en misant sur le renforcement des pressions sur le secteur cimentier au niveau international (notamment taxes carbone) qui susciteraient l’engagement de programmes ambitieux d’innovations technologiques qui donneront de plus en plus de place à des ciments composés peu intensifs en carbone, voire à de nouveaux liants. Bien que le ratio clinker sur ciment de la Tunisie en 2050 resterait supérieur à celui attendu à l’échelle internationale,45 l’entrée en lice progressive de systèmes de captation et de stockage du carbone, à partir de 2040 permettrait de compenser l’introduction plus lente de ciments composés. Ainsi, le scénario BaC prend l’hypothèse que la totalité des émissions restantes du secteur cimentier dues aux procédés serait capturée et stockée à l’horizon 2050 En ce qui concerne l’acide nitrique, le projet de destruction catalytique du N2O est désormais lancé grâce à l’appui du NACAG. Il entrerait en exploitation en 2023. S’agissant des gaz fluorés, conformément à l’amendement de Kigali, le scénario BaC prévoit un plafonnement de ses importations (exprimées en téCO2) de 2024 à 2028 sur sa valeur de référence (moyenne 2020-2022), et une réduction de ses importations de 10% par rapport à la valeur de référence à partir de 2029 et de 30% à partir de 2035.46 5.5.3.2. Les scénarios d’émissions Trajectoires GES La compilation de l’ensemble des mesures d’atténuation considérées dans les secteurs du ciment, de l’acide nitrique et des HFC permettrait de mobiliser pleinement le potentiel d’atténuation des GES des procédés, et donc se mettre dans une véritable trajectoire transitionnelle (Figure 53). Les émissions enregistreraient une baisse considérable, se stabilisant à moins de 2 MtéCO2 en 2050, soit une division d’un facteur 6 par rapport au BaU et de presque à 3 par rapport à 2020. Figure 40 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur des procédés industriels 0 2 4 6 10 12 8 MtéCO2 11,3 7,7 5,6 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 1,9 Baisse par un facteur 6 7,7 Baisse 5,6 1,9 5 6 Baisse par un facteur 6 Procédés industriels Total - BaU Total - BaC On constatera l’accélération remarquable de la baisse des émissions du secteur à partir de 2040. Celle ci découlerait de l’hypothèse d’entrée en vigueur des mesures de captation et stockage du carbone (CSC) dans le secteur cimentier,47 ainsi que la mise en conformité drastique aux engagements de l’amendement de Kigali. Impacts GES La mise en œuvre du scénario bas carbone dans le secteur des procédés induirait une baisse dépassant 9 MtéCO2 en 2050 par rapport au BaU, soit une multiplication par presque 9 de l’effort de réduction par rapport à 2030 (Figure 46). 10 20 30 40 50 60 70 MtéCO2 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 BaU exhaustif BaC exhaustif 28,4 21,3 66,5 26,7 40,5 Baisse par un facteur 3 BaC exhaustif 21 3 26,7 BaU exhaustif 28,4 40,5 Baisse par un facteur 3 Energie 69 68 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 48 Les données disponibles distinguent 3 niveaux de dégradation/érosion : (i) très affectées, (ii) moyennement affectées et (iii) peu affectées et ce, pour les régions du nord-ouest, du nord-est, du centre-ouest et du centre-est. 0,0 2,0 4,0 6,0 8,0 10,0 12,0 MtéCO2 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 Trajectoire BaU - Secteur procédés Trajectoire bas-carbone Secteur procédés Contribution des programmes secteurs ciment et acide nitrique (77 MtéCO2) Contribution des programmes d’atténuation sur les HFC (31 MtéCO2) 9,4 MtéCO2 1,1 MtéCO2 Par ailleurs, dans le BaC, les émissions des procédés par habitant baisseraient d’un facteur 3,5 entre 2020 et 2050 (0,14 téCO2/hab. en 2050 contre 0,48 en 2020), et l’intensité carbone du secteur chuterait d’un facteur 13 dans le BaC sur la même période (0,006 téCO2/1000 DT PIB. en 2050 contre 0,084 en 2020). L’impact cumulé des mesures d’atténuation proposées par le scénario bas carbone sur la période 2021-2050 s’élèverait à environ 108 millions de téCO2 ; soit 10% de l’effort national cumulé d’atténuation du scénario bas-carbone sur toute la période 2021-2050. Figure 41 Impacts GES du BaC du secteur des procédés industriels On notera aussi (Figure 54) l’importance – inattendue au départ- de l’impact des programmes sur les HFC (31 MtéCO2 cumulées sur 2021-2050 ; soit 30% des résultats GES attendus du scénario BaC des procédés). Par ailleurs, sur les 77 MtéCO2 restants, plus de 90% proviennent des programmes ciment (en partie grâce au CSC), et à peine 10% sont induits par le projet de destruction catalytique du N2O au niveau de l’usine d’acide nitrique. 5.5.4. Secteur de l’AFAT 5.5.4.1. La vision climatique du secteur AFAT Le scénario BaC visant l’AFAT consistera en un véritable scénario de développement, qui repositionnera le milieu rural, et toutes ses activités économiques, au centre d’un modèle de développement durable, plus inclusif et plus préservateur du capital-sols et écosystèmes. Le scénario BaC intègrera des éléments essentiels de développement et de croissance partagée, ce qui sera, par les méthodes qui seront pratiquées, en parfaite compatibilité avec les objectifs climatiques (atténuation des GES et résilience aux changements climatiques), et donc en phase avec les objectifs de l’Accord de Paris. 5.5.4.2. Les leviers techniques de mise en œuvre de la SNBC dans le secteur de l’AFAT Le scénario bas carbone découle de la déclinaison de la vision prônée pour la SNBC 2050 qui suggère que le territoire national soit caractérisé par : n Des paysages agraires restaurés, notamment quant à leurs services écosystémiques, qui soutiennent des systèmes de production durables et résilients, et où les populations agricoles/ rurales ont accès aux besoins standards pour un bien-être décent en termes de qualité de vie, de communication et d’équilibre physique ; n Des paysages forestiers sains avec des peuplements résilients qui soutiennent leurs valeurs écologiques, économiques, récréatives et esthétiques. La SNBC du secteur AFAT comporte 20 grandes mesures d’atténuation/absorptions, se déclinant en cinq catégories d’options d’atténuation reprenant, prolongeant, et accélérant, d’une manière intégrée les actions et mesures d’atténuation sous-sectorielles déjà considérées dans le scénario bas carbone de la CDN actualisée : n La première catégorie prévoit 11 mesures intégrées, conçues d’une manière territorialisée en fonction des principales régions naturelles du territoire national en se basant sur les données disponibles relatives aux niveaux de dégradation et d’érosion des terres48 dans les régions nord et du centre de la Tunisie. Ces options qui ont pris en considération l’utilisation actuelle des terres, agencent un certain nombre d’actions et de pratiques de gestion durable des terres et des forêts, combinées ou non à des aménagements de conservation des eaux et du sol (CES). n La deuxième catégorie regroupe quatre mesures, principalement de renforcement des actions agricoles déjà considérées dans la ligne de base : (i) Ajouts alimentaires soutenant la productivité du bétail et induisant la baisse des émissions entériques, (ii) Incorporation des fientes de volaille dans les procédés de compostage du fumier, (iii) Développement de l’agriculture biologique, et (iv) Optimisation de l’utilisation des engrais de synthèse. n La troisième catégorie comprend une mesure unique de mobilisation de ressources et de moyens conséquents de planification et d’intervention pour réduire drastiquement les incendies de forêts, et d’en circonscrire la propagation. n La quatrième catégorie comprend trois mesures de valorisation énergétique (respectivement des fientes de volailles, du fumier bovin, et des margines. n La cinquième catégorie comprend une mesure visant la mise en œuvre d’une « politique vigoureuse et structurée de réduction des gaspillages », visant plus spécialement les produits agricoles/ alimentaires qui sont de notoriété publique connus pour être particulièrement gaspillés en Tunisie. 5.5.4.3. Les scénarios d’émissions Trajectoires GES Les travaux prospectifs ont débouché sur des trajectoires très contrastées des émissions nettes de GES du secteur AFAT (Figure 47). Ainsi, alors que les émissions nettes dues à l’AFAT atteindraient 7,3 MtéCO2 en 2050 dans le BAU, le scénario BaC devrait ramener les émissions nettes de GES de 2050 à -26,6 MtéCO2 ; soit une multiplication par un facteur 3,6 en comparaison au BaU. Figure 42 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur AFAT Si on s’intéresse aux émissions du secteur AFAT, la Figure 56 montre que ces émissions passeraient d’environ 11 MtéCO2 en 2020 à 7 MtéCO2 en 2050 ; soit une baisse de 32% (-3,5 MtéCO2), alors que la population s’accroitrait de 16% et le PIB aura progressé de plus de 4 fois sur la même période. En revanche, l’absorption passerait de -14 MtéCO2 en 2020 à presque -34 MtéCO2 en 2050 ; soit une hausse remarquable d’environ 20 MtéCO2 entre les deux dates, ce qui fait des mesures d’absorption par les sols, les écosystèmes forestiers et l’arboriculture des piliers essentiels de la neutralité carbone nationale. La combinaison de la baisse des émissions et de la hausse accélérée des absorptions conduit donc à une hausse d’un facteur 8 des absorptions nettes entre 2020 et 2050. On notera avec intérêt les bilans nets des émissions du secteur AFAT, toujours négatifs sur les 4 grandes grands horizons temporels (2021 2030-2040-2050), et allant résolument crescendo, pour dépasser -26 MtéCO2 en 2050. 30 25 20 15 5 0 10 MtéCO2 Bilan net BaU Bilan net BaC 5,6 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 26,6 7,3 Amélioration par un facteur 3,6 AFAT 20 222 23 2524 26 2827 29 330 32 3433 35 3736 38 4039 4 42 4443 45 4746 48 5049 Bilan net BaC 5,6 Améliorat par un facteur 3 Bilan net BaU 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 4 20 3 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 5 20 4 71 70 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 On peut aussi analyser les résultats BaC sous un autre angle, en faisant apparaître uniquement les émissions brutes par secteur AFAT. On notera alors une baisse générale des émissions pour toutes les sources (Figure 49), et de manière particulièrement prononcée pour 3A-Elevage, 3D-Utilisation de la biomasse-énergie, et 3C-Autres sources/hors CO2 des sols (ex. utilisation des engrais). Figure 43 Trajectoires BaC des émissions brutes et des absorptions du secteur AFAT Figure 44 Tajectoires BaC des 4 principales sources d’émissions brutes du secteur de l’AFAT 40 30 20 10 10 20 0 MtéCO2 Emission AFAT-BaC Bilan net BaC Séquestrations AFAT-BaC 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 26,6 33,8 7,3 10,8 14,1 Emission AFAT-BaC 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 14,1 Bilan net BaC 0,0 2,0 4,0 6,0 10,0 12,0 8,0 MtéCO2 3A-Elevage 3B-Sols-émissions 3D-Autres (biom-énergie…) 3C-Autres sources et Non-CO2 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 Impacts GES Comme indiqué précédemment, la mise en œuvre du scénario bas carbone dans le secteur AFAT induirait presque un quadruplement du bilan absorbeur net du secteur de l’AFAT en 2050 en comparaison au BaU (Figure 50) ; passant de -7 On notera, comme l’indique le Tableau 9 que 87% (cases fléchées) des impacts GES de l’AFAT correspondent à la séquestration du carbone au niveau de l’utilisation des terres (sols et biomasse) et 13% correspondent aux autres sources d’atténuation des GES, au sein desquelles l’élevage contribue pour plus de la moitié. Tableau 9 Impacts découlant du scénario bas carbone du secteur AFAT (MtéCO2) ktéCO2 Impacts GES Répartition cumulés 2021-2050 % 3A-Elevage 20,0 7,2% 3B-Utilisation terres 245,1 88,3% Biomasse-absorptions additionnelles 120,6 43,4% Sols-émissions 2,93 1,1% Sols-absorptions additionnelles 121,6 43,8% 3C-Autres sources et non-CO2 12,5 4,5% 3D-Autres (biom-énergie…) - Total atténuation 277,7 100% Même si les impacts de réduction des émissions de GES sont sans commune mesure avec les absorptions, ceci confirme bien que la Tunisie ne compte pas seulement sur l’absorption pour améliorer le bilan carbone du secteur AFAT. Par ailleurs, l’effort qui serait consenti par la Tunisie dans le BaC pour le secteur AFAT permettrait de réduire les émissions brutes de l’AFAT par habitant de 42% entre 2020 et 2050 (0,53 téCO2/hab. en 2050 contre 0,9 en 2020). 5.5.5. Secteur des déchets Les travaux prospectifs ont débouché sur des trajectoires très contrastées des émissions de GES (Figure 51). Ainsi, alors que les émissions dues aux déchets atteindraient environ 8 MtéCO2 en 2050 dans le BAU, le scénario BaC devrait ramener les émissions de GES de 2050 à 3,3 MtéCO2 ; soit une division par un facteur 2,4 en comparaison au BaU, et une baisse de 13% par rapport à celles de l’année 2020. MtéCO2 à -26,6 MtéCO2. L’impact net cumulé des mesures d’atténuation proposées par le scénario bas carbone sur la période 2021-2050 s’élèverait à environ 278 millions de téCO2,49 ce qui représenterait 25% de l’impact GES total cumulé de la SNBC. Figure 45 Trajectoires BaU et BaC du secteur de l’AFAT 20 15 10 5 0 MtéCO2 Trajectoire bas-carbone - Secteur AFAT Trajectoire BaU 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 19 MtéCO2 7,3 26,6 30 25 Secteur AFAT Trajectoire bas-carbone - S e b Trajectoire BaU 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 2 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 3 20 4 20 3 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 4 20 5 20 4 222 Contribution cumulée 2021-2050 des programmes d’atténuation de l’AFAT (278 MtéCO2) AFAT 49 Chiffre incluant les impacts induits par la mesure de réduction des gaspillages visant les denrées alimentaires/agricoles considérées dans le secteur AFAT. 73 72 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 50 En ce qui concerne les projets de dégazage sur les sites des décharges, et outre le projet de Jebel Chekir qui s’est prolongé, ils ont finalement couvert 7 parmi les 9 décharges prévues par le second projet MDP. 5.5.5.1. Déchets solides Les leviers techniques de mise en œuvre de la SNBC dans le secteur des déchets solides Le scénario bas-carbone préconise la minimisation de la production des déchets, le renforcement du recyclage et la valorisation à travers ses filières de gestion des déchets et le maintien des systèmes de dégazage existants 50 avec valorisation énergétique. Le processus engagé par l’ANGed inclut la promotion de nouvelles technologies de traitement des déchets couplées à la mise en décharge y inclus l’introduction du traitement Mécano-biologique (TMB) sans ou avec production de RDF. Les scénarios bas-carbone partent d’objectifs nationaux, généralement exprimés pour des échéances relativement peu lointaines, et sont prolongées ensuite pour 2050. Huit principaux objectifs, assimilables à autant de mesures d’atténuation, ont constitué le socle du programme d’atténuation du secteur des déchets solides : n Objectif de réduction de 15% de la quantité des déchets ménagers produits (kg/hab/jr) en 2035 en milieu urbain et 10% en milieu rural, par rapport à 2020. La trajectoire 2031-2050 est ensuite prolongée linéairement jusqu’à atteindre une Figure 46 Trajectoires croisées du BaU et BaC du secteur Déchets réduction supplémentaire de 5% (pour le milieu urbain uniquement) en 2050. n Hausse de 20% du taux de recyclage-matière de la quantité des déchets ménagers produits (kg/hab/ jr) en 2035, par rapport à 2020. La trajectoire 2031 2050 est ensuite prolongée linéairement jusqu’à atteindre un taux de recyclage de 36% en 2050. n Hausse à 45% du taux de valorisation organique (compost) et/ou énergétique (RDF et électricité) en 2035, par rapport à 2020. La trajectoire 2031-2050 est ensuite prolongée jusqu’à atteindre un taux de valorisation de 70% en 2050. n Induite en partie par le précédent objectif/mesure : baisse à 55% du taux de mise en décharge contrôlée des déchets ultimes en 2035 (notamment grâce à la production de RDF, et au TMB, et toute autre technologie de valorisation), et à 30% seulement de mise en décharge ultime en 2050. n Mise en place de l’option de production du RDF pour l’utilisation dans la combustion par le secteur cimentier. n Systématisation du dégazage jusqu’à l’horizon 2030, voire au-delà tant que le potentiel de biogaz existe encore, sur les décharges contrôlées déjà équipées de tels systèmes. n Généralisation de la production d’électricité à partir du biogaz des décharges équipées en systèmes de dégazage/torchage. 3,5 4,0 4,5 5,0 5,5 6,0 6,5 7,0 7,5 8,0 3,0 MtéCO2 Total - BaC Total - BaU 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 3,3 3,8 4,0 7,9 Déchets 5,2 Baisse par un facteur 2,4 n Valorisation énergétique des margines. Trajectoires GES La figure 52 dresse la trajectoire BaC d’émissions des GES pour le secteur des déchets solides. On constatera une trajectoire légèrement baissière ; passant de 3,1 MtéCO2 en 2020 à 2,6 MtéCO2 en 2050, malgré la forte croissance des déchets générés, et ceci grâce à la panoplie de mesures que le BaC déchets solides comporte, aux systèmes de traitement et de valorisation au niveau des décharges, et enfin aux impacts des programmes de réduction des gaspillages.51 Figure 47 Trajectoire BaC des émissions de GES du secteur des déchets solides à l’horizon 2050 52 Figure 48 Trajectoires BaU et BaC du secteur des déchets solides Impacts GES La mise en œuvre du scénario bas carbone dans le secteur des déchets solides induirait une division des émissions de GES du secteur d’un facteur 2,4 par rapport à la trajectoire BaU. La baisse atteindrait les 3,7 MtéCO2 en 2050, soit une multiplication par un facteur supérieur à 3 de l’effort de réduction attendu par rapport à 2030 (Figure 52). L’impact cumulé des mesures d’atténuation proposées par le scénario bas carbone sur la période 2021-2050 s’élèverait à environ 55 millions de téCO2 (Figure 53) ; soit environ 5% de l’effort national cumulé d’atténuation du scénario bas-carbone sur toute la période 2021-2050. 5.5.5.2. Assainissement Les leviers techniques de mise en œuvre de la SNBC dans le secteur de l’assainissement Le scénario BaC du secteur de l’assainissement consolidera la mobilisation de l’ONAS pour améliorer les performances du secteur. Il considère quatre principales actions déjà identifiées par la NAMA Assainissement développée en 2013, et bien évidemment toujours à l’ordre du jour dans la 0,0 0,5 1,0 1,5 2,0 2,5 3,0 3,5 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 4,0 MtéCO2 2,6 0 MtéCO2 Trajectoire BaU 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 2 3 4 5 6 7 1 Déchets solides Trajectoire bas-carbone - Déchet solides 3,7 MtéCO2 Trajectoire bas-carbone - Déchet solides 1,1 MtéCO2 Contribution cumulée 2021-2050 des programmes d’atténuation déchets solides (55 MtéCO2) 51 Impacts induits par la mesure de réduction des gaspillages visant les denrées alimentaires/agricoles considérées dans le secteur AFAT. 52 Chiffre incluant les impacts induits par la mesure de réduction des gaspillages visant les denrées alimentaires/agricoles considérées dans le secteur AFAT. 75 74 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 53 Découlant d’un taux de traitement de 90% des eaux usées générées (contre 69% dans le BaU). 54 Hors impacts découlant des mesures énergétiques, qui sont crédités au profit du secteur de l’énergie. mesure où elles figurent toujours dans les priorités de développement de l’ONAS : n Amélioration de la gestion des STEP (urbaines et rurales), notamment par la réhabilitation de plusieurs d’entre elles, n Amélioration du branchement industriel et baisse de la DCO (traitement aérobie et optimisation de la gestion), n Valorisation des boues (en milieu agricole et éventuellement en cimenteries), n Amélioration de l’efficacité énergétique et cogénération à partir des installations de biogaz. Trajectoires GES A côté de l’amélioration continue de la gestion des stations existantes, et avec les projets prévus dans le BaC, le secteur de l’assainissement devrait être en mesure de mobiliser pleinement son potentiel d’atténuation des GES. La Figure 54 dresse la trajectoire BaC d’émissions des GES pour le secteur de l’assainissement. Cette trajectoire serait stagnante aux alentours de 0,7 MtéCO2 entre 2020 et 2050, en dépit de l’augmentation par un facteur supérieur à 2 des eaux usées traitées.53 Cette stagnation des émissions confirme justement l’efficacité très élevée de la panoplie de mesures que le BaC comporte. Impacts GES La mise en œuvre du scénario bas carbone dans le secteur de l’assainissement induirait une division par un facteur supérieur à 2 des émissions de GES du secteur par rapport à la trajectoire BaU. La baisse atteindrait 0,9 MtéCO2 en 2050, soit une multiplication par 6 de l’effort de réduction attendu par rapport à 2030 (Figure 55). L’impact cumulé des mesures d’atténuation proposées par le scénario bas carbone sur la période 2021-2050 s’élèverait à 12 millions de téCO2 54 (Figure 55) ; soit 1% de l’effort national cumulé d’atténuation du scénario bas-carbone sur toute la période 2021-2050. Figure 49 Trajectoire BaC des émissions de GES du secteur de l’assainissement à l’horizon 2050 0,2 0,3 0,4 0,5 0,6 0,7 0,8 0,9 20 20 20 22 20 24 20 26 20 28 20 30 20 32 20 34 20 36 20 38 20 40 20 42 20 44 20 46 20 48 20 50 1,0 MtéCO2 0,72 0,74 0,72 Figure 50 Trajectoires BaU et BaC du secteur de l’assainissement MtéCO2 Trajectoire bas-carbone - Assainissement Trajectoire BaU 20 20 20 22 20 21 20 23 20 25 20 24 20 26 20 28 20 27 20 29 20 31 20 30 20 32 20 34 20 33 20 35 20 37 20 36 20 38 20 40 20 39 20 41 20 42 20 44 20 43 20 45 20 47 20 46 20 48 20 50 20 49 0,9 MtéCO2 0,0 0,2 0,4 0,6 0,8 1,0 1,2 1,4 1,6 Assainissement Trajectoire BaU M Contribution cumulée 2021-2050 des programmes d’atténuation Assainissement (12 MtéCO2) 77 76 6.1. Projections climatiques en Tunisie à l’horizon 2050 La question des CC est ainsi appréhendée à l’aide d’une approche intégrée s’articulant autour : n D’une composante relative à l’activité humaine, son évolution et son impact sur la concentration des principaux Gaz à Effet de Serre (GES) dans l’atmosphère, analysée à l’aide d’un jeu de scénarios socio-économiques 55 ; n D’une composante relative à l’évolution future du climat, sous cette contrainte liée aux activités humaines, étudiée à l’aide de la modélisation numérique du climat. 6.1.1. Choix des scénarios RCP Dans le cadre de son 5ème Rapport d’évaluation, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) a élaboré la famille de scénarios RCP (Representative Concentration Pathway). Cette famille est représentée par quatre scénarios basés sur quatre hypothèses relatives aux émissions de GES durant le XXIème siècle. Ainsi, chaque scénario RCP donne une variante jugée probable du climat qui résulterait d’un niveau d’émissions de GES choisi comme hypothèse de travail. Les quatre scénarios sont : n RCP 8.5 : Ce scénario consiste à maintenir les activités actuelles en relation avec les émissions de GES en augmentation au rythme actuel. C’est le scénario le plus pessimiste ; n RCP 6.0 : C’est un scénario intermédiaire qui correspond à des engagements de réduction des 6. STRATÉGIE NATIONALE DE RÉSILIENCE AUX CHANGEMENTS CLIMATIQUES À L’HORIZON 2050 émissions de GES qui permettront une relative stabilisation des émissions d’ici la fin du XXIème ; n RCP 4.5 : C’est un scénario intermédiaire correspondant à des engagements de réduction des émissions de GES plus importants que celles du RCP 6.0 ; n RCP 2.6 : C’est un scénario bas carbone qui correspond à des engagements significatifs en termes de réduction des émissions de GES qui permettront la stabilisation de ces émissions, d’ici la fin du XXIème siècle. Il existe actuellement un « émission gap » entre les objectifs de l’Accord (1,5 et 2°C à l’horizon 2100) et les engagements des pays dans le cadre de leurs Contributions Déterminées au niveau National (CDNs). En effet, les engagements au niveau des CDN sont loin de l’objectif de 2°C, ils sont plutôt sur la trajectoire du RCP 6.0, soit bien au-delà du RCP 4.5 et plus proche du RCP 8.5. En extrapolant le taux de réchauffement actuel de la Tunisie (environ 0,37°C par décennie), on peut raisonnablement estimer l’atteinte du seuil de 2 °C en Tunisie en moyenne nationale aux environs de 2030 (RCP 8.5) et 2035 (RCP 4.5). Si nous référons à l’Accord de Paris, ce seuil d’augmentation de la température est considéré comme un seuil de rupture. Sur la base de ces informations, nous avons retenues les hypothèses suivantes : n L’utilisation des scénarios RCP 4.5 et 8.5 pour présenter les projections climatiques en nous positionnant sur le RCP 8.5 qui est actuellement le plus réaliste ; n L’horizon 2030 comme période charnière marquant un point de bascule entre un niveau de CC fort et un CC très fort nécessitant une adaptation transformationnelle. 55 Les scénarios socio-économiques sont élaborés sur la base de données à l’échelle mondiale qui représentent l’évolution de l’activité humaine en termes de i) croissance économique, ii) croissance démographique, iii) approvisionnement énergétique, iv) transfert de technologie, v) taux de déforestation, vi) applicabilité du protocole de Montréal et ses amendements, vii) mondialisation, etc. 79 78 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 6.1.2. Bases de données de projections de CC disponibles 2013-2016 : Des projections de CC validées sur la Tunisie avec résolution spatiale de 12,5 km L’INM, avec l’appui du Centre National de Recherche Météorologique (CNRM) de Météo-France, a procédé à des projections de CC sur la Tunisie avec une résolution spatiale de 12.5 Km. Ces projections ont été élaborées en utilisant les sorties du Projet EUROCORDEX et sur la base d’une sélection de 14 Modèles climatiques régionaux. Elles ont été élaborées aux horizons 2050 et 2100 et pour les deux scenarios RCP 4.5 et 8.5. Concernant les projections des indices des extrêmes climatiques, elles ont été réalisées uniquement sur la base du scénario RCP8.5. 2019-2020 : Des projections de CC avec une descente d’échelle de 5 km Le consortium de bureau d’études chargé de l’élaboration de la première étape du Plan National d’Adaptation (PNA) et son volet sécurité alimentaire (MARHP/AFD-2020-2021) 56, a affiné ces projections en procédant à une descente d’échelle et une correction des biais à une résolution de 5 km. 6.1.3. Evolution future de la température La Figure 56 présente l’évolution de la température moyenne annuelle à l’horizon 2050 par rapport à la période de référence 1981-2010. Figure 51 Variation de la moyenne annuelle des températures moyennes de surface (°C) à l’horizon 2050 et par rapport à la période de référence 1981-2010 56 Document en cours de publication par le MARHP. Il contient notamment des résultats relatifs à des indicateurs bioclimatiques calculés sur les seuls territoires d’occupation actuelle des produits agricoles et des ressources en eau par le consortium ACTERRA, GRET Consulting. Les modèles prévoient une augmentation de la température moyenne annuelle sur l’ensemble du territoire variant entre 1.6°C (RCP 4.5) et 1.9°C (RCP 8.5), soit une augmentation entre 8% et 10% par rapport à la période de référence 1981-2010. Cette augmentation est significative (selon le test de Wilcoxon) pour l’ensemble des points de grille et à l’horizon temporel considéré. Ces projections mettent en exergue l’effet modérateur de la mer sur la répartition spatiale des températures se traduisant par un réchauffement moins rapide de la frange littorale tunisienne par rapport aux régions continentales. Ainsi le gradient de réchauffement entre les zones continentales et côtières pourrait atteindre 0.5°C et 0.7°C en 2050 (RCP4.5 et RCP8.5 respectivement). Au niveau saisonnier, cette augmentation sera plus accentuée durant l’été. Pour le RCP 8.5, le réchauffement des régions côtières serait entre 1,5 et 2 °C en revanche, il se situerait entre 2 et 2,5 °C pour les régions continentales. L’étage saharien serait le plus fortement affecté par cette hausse des températures moyenne annuelles (pouvant atteindre 4.7°C en 2100) en revanche, les zones humide et subhumide seront les plus épargnées par cette augmentation des températures. Des augmentations similaires, homogènes et du même ordre de grandeur, sont attendus pour les températures minimale et maximale moyenne annuelle. Elles sont également statistiquement significatives. 6.1.4. Evolution future des précipitations 6.1.4.1. Evolution du cumul annuel des précipitations Nous notons une réduction du volume global la lecture de ces deux cartes met en exergue une réduction du volume global des précipitations, Figure 52 Variation du cumul annuel de précipitations (mm) à l’horizon 2050 par rapport à la période de référence 1981-2010. 81 80 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 moyenné sur l’ensemble du territoire tunisien, variant entre (- 14 mm/an, RCP 8.5) et (- 22 mm/an, RCP 4.5), soit entre 6% et 9% par rapport à la période de référence. Cette tendance à la baisse des cumuls annuels de précipitation présente une grande variabilité spatiale se traduisant notamment par un gradient Nord-Sud. Au niveau du RCP 8.5, cette diminution concerne essentiellement le Nord de la Dorsale tunisienne en revanche pour le RCP 4.5, elle s’étend davantage au niveau des régions du Centre Est. Pour le RCP 8.5, cette diminution des cumuls annuels des précipitations concernera principalement les étages bioclimatiques humides et subhumides du Nord de la Dorsale tunisienne, allant de (- 20) à (- 60 mm/an) et susceptible d’atteindre (-140 mm/an) au niveau de l’étage humide. En revanche, les autres étages bioclimatiques au Centre et au Sud, présentent une tendance disparate du cumul moyen annuel des précipitations entre (- 20 mm/an) et (+ 20 mm/an). A l’échéance 2050, ces résultats sont à interpréter avec précaution dans la mesure où pour l’ensemble du territoire tunisien, le changement n’est pas significatif (les points de grilles pour lesquels le changement n’est pas significatif (test de Wilcoxon seuil de 5%) sont en gras). En revanche, pour la période 1981-2100 et pour l’ensemble des étages bioclimatiques et pour les 2 scénarios RCPs, cette tendance à la baisse globale des cumuls de précipitations annuelles devient significative. 6.1.4.5. Evolution du cumul saisonnier des précipitations De même, on observe une légère tendance continue à la baisse pour toutes les saisons et tous les étages bioclimatiques tunisiens. A l’horizon 2050, cette baisse n’est pas significative en revanche, elle devient statistiquement significative à l’horizon 2100 et pour le scénario RCP 8.5. Globalement, elle est plus importante en Automne qu’en Hiver. 6.1.5. Evolution des extrêmes climatiques Le CC est également susceptible de se manifester dans les indices extrêmes climatiques. Le tableau qui suit fait une synthèse de l’évolution future des indices extrêmes climatiques en Tunisie Tableau 10 Synthèse des évolutions futures des indices extrêmes climatiques en Tunisie Extrêmes Evolution à l’horizon 2050 selon Evolution à l’horizon 2050 selon climatiques le scénario RCP 4.5 le scénario RCP 8.5 Jours consécutifs n Une légère diminution des séquences de jours humides moyennée sur humides l’ensemble du territoire, très faible et statistiquement non significative. n En plus, cette diminution présente une forte disparité régionale. Jours consécutifs n Une augmentation du nombre de jours n Une augmentation du nombre de jours secs consécutifs secs (valeur moyenne sur le maximum consécutifs secs (valeur territoire) de l’ordre de + 9.3 jours/an moyenne sur le territoire) de l’ordre (à l’échéance 2050). de + 17.1 jours/an (à l’échéance 2050). n Statistiquement non significative en 2050, cette tendance deviendra significative en 2100. n Cette évolution présente une légère variation spatiale. Jours de n Une évolution statistiquement non significative qui présente une forte disparité régionale n se traduisant par : précipitations > n Une diminution de 1 à 3 jours/an pour les étages bioclimatiques humide et subhumide 10mm du Nord de la Dorsale tunisienne ainsi que les régions littorales ; n En revanche, une augmentation au niveau des autres étages climatiques arides et subarides pouvant atteindre 2 jours/an. Extrêmes Evolution à l’horizon 2050 selon Evolution à l’horizon 2050 selon climatiques le scénario RCP 4.5 le scénario RCP 8.5 Jours de n Une évolution statistiquement non significative qui présente une forte disparité précipitations > régionale. 20mm/40mm n La modélisation climatique n’est pas encore en mesure de représenter ce type et 70 mm d’évènement avec la fiabilité acceptable Jours de n Une augmentation du nombre de jours n Une augmentation du nombre de jours canicule de canicules (valeur moyenne sur de canicules (valeur moyenne sur le le territoire) de l’ordre de +31.9 jours territoire) de l’ordre de +39.1 jours (à l’échéance 2050) en comparaison (à l’échéance 2050) en comparaison avec la période de référence avec la période de référence n Statistiquement non significative en 2050, cette tendance deviendra significative en 2100. Jours de vague n Une diminution du nombre de jours de n Une diminution du nombre de jours de de froid vagues de froid (valeur moyenne sur le vagues de froid (valeur moyenne sur le territoire) de l’ordre de (-2.5 jours). territoire) de l’ordre de (-2.8 jours), n Statistiquement non significative en 2050, cette tendance deviendra significative en 2100. 6.1.6. Elévation du niveau de la mer 6.1.6.1. Evolutions actuelles et futures pour la Tunisie A l’échelle de la méditerranée, les enregistrements disponibles et publiés par l’INSTM, montrent que le niveau de la mer s’est élevé, entre 1993 et 2005, à un rythme moyen de 2 mm/an. Pour la Tunisie, toutes les études réalisées sur l’ENM en relation avec le CC (2007), et appuyées et complétées par quelques travaux de recherche récents, ont estimé l’élévation du niveau moyen de +1 m à la fin de ce siècle. En se référant au GIEC, à l’horizon 2050, on s’attend à : n Une ENM moyenne attendue variant entre 20 cm (RCP 4.5) et 25 cm (RCP 8.5) ; n La fourche supérieure de cette ENM attendue atteindrait 32 cm (RCP 8.5) Par ailleurs, le GIEC a publié en 2019, un nouveau rapport spécial qui revoit ces projections à la hausse. 6.1.7. Synthèse L’analyse des projections climatiques à l’horizon 2050, et pour les Scénario RCP 4.5 et RCP 8.5, a mis en exergue les principaux résultats suivants : n La poursuite du réchauffement du climat déjà observé durant les dernières décennies qui sera plus importante au niveau des régions continentales que côtières et plus accentuée durant l’été ; n Une variabilité plus marquée, voire une baisse des précipitations, plus marquée en Automne. Au-delà de cette évolution des valeurs moyennes, le plus préoccupant c’est que notre climat futur attendu sera plus variable. Cela se traduirait certainement par une fréquence plus accrue de phénomènes climatiques extrêmes plus intenses qui sera de nature à exacerber les vulnérabilités déjà identifiées. 6.2. Scénario de vulnérabilité à l’horizon 2050 (BaU) 6.2.1. Approche méthodologique 6.2.1.1. Démarche pour la conduite de l’analyse quantitative de la vulnérabilité La Tunisie dispose de plusieurs analyses quantitatives de la vulnérabilité au niveau sectoriel. Pour la préparation de la composante résilience de la stratégie, les résultats de ces travaux ont été exploités puis consolidés et enrichis en tenant compte des connaissances récentes. Ces analyses et ses résultats ont été présentés, discutés et validés 83 82 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 par les participants à l’atelier de finalisation des visions stratégiques sectorielles et des mesures d’adaptation de la composante résilience de la stratégie, les 24-25 juin 2021. 6.2.1.2. Définition d’une trajectoire de vulnérabilité et d’adaptation Les changements climatiques représentent un phénomène progressif et incertain. Cette incertitude est illustrée par les résultats des projections climatiques qui montrent qu’en 2050, selon le scénario choisi, la Tunisie pourrait connaître un réchauffement inférieur (RCP 4.5) ou supérieur (RCP 8.5) à 3°C par rapport à la période (1850-1900). Afin de refléter cette situation, il a été convenu de présenter le scénario de vulnérabilité sous forme d’une trajectoire de vulnérabilité faisant apparaître deux niveaux d’impact potentiels d’ici à 2050 : n Un premier niveau d’impact sur la période 2021 2030 équivalant à une intensité forte de CC avec un réchauffement pouvant atteindre 2°C par rapport à l’ère préindustrielle ; n Un second niveau d’impact (période 2031 2050) correspondant à une intensité très forte de CC, avec une augmentation de la température supérieure à 2°C par rapport à cette même période de référence. Ces deux niveaux de CC sont ensuite représentés sous formes « d’arbres à problèmes », permettant de rendre compte graphiquement des défis auxquels les secteurs devront faire face ainsi que des principaux impacts du CC attendus sur la période 2020-2050. Cette approche par niveau d’impact permet de proposer une trajectoire de résilience à 2050, accompagnée d’orientations stratégiques et de mesures d’adaptation en fonction des niveaux d’intensité du CC. En effet, la stratégie d’adaptation proposée permet de combiner des mesures d’ajustement ou sans-regrets à court et moyen terme (relatives au premier niveau d’impact) conjuguées à des mesures permettant d’anticiper, de préparer et de mettre en œuvre la transition vers une résilience de long terme. Ce deuxième type d’adaptation correspond au deuxième niveau d’impact, d’intensité très forte, nécessitant l’adoption de stratégies en rupture avec l’existant basées sur des changements de paradigme et des mutations profondes des secteurs. 6.2.2. Synthèse du scénario de vulnérabilité : arbres à problèmes Les diagnostics de vulnérabilités sectoriels ont été synthétisés sous forme « d’arbre à problèmes ». Cette structure permet de mettre en avant, pour les secteurs étudiés, les problèmes générés par les changements climatiques et leurs effets concrets sur les secteurs (impacts). Ces impacts sont étudiés par le prisme de deux niveaux d’intensité croissante des changements climatiques à l’horizon 2050 : n Le premier niveau d’impact équivaut à une intensité forte des changements climatiques correspondant à un réchauffement en deçà de 2°C à l’échelle nationale (période 2021 - 2030) ; n Le second niveau d’impact correspond à une intensité très forte des changements climatiques, avec une augmentation de la température supérieure à 2°C sur la période 2031- 2050. Comme explicité précédemment, ce seuil de l’ordre de +2°C par rapport à la période préindustrielle (fixé en référence à l’Accord de Paris) est considéré comme un seuil critique qui constitue un point de bascule entre un changement climatique déjà marqué (qui prédomine aujourd’hui) et un changement climatique encore plus sévère, voire radical. Il traduit également le besoin pour la Tunisie de passer d’une adaptation dite incrémentale (ou par ajustement) pour répondre au premier, à une adaptation nécessitant des adaptations fortes, basées sur la transformation des secteurs et de leurs modèles, en réponse au second. 6.2.2.1. Secteur de l’agriculture et des écosystèmes Scénario de vulnérabilité (BaU) ARBRE À PROBLÈMES Problème/Défi Les changements climatiques entraînent la réduction des rendements des agrosystèmes et des écosystèmes naturels de Tunisie On observe une transformation des paysages agraires, un appauvrissement des agriculteurs, une viabilité menacée des petites et moyennes exploitations, risque sur la sécurité alimentaire et la biodiversité et une contribution moins importante du secteur à l’économie nationale. Période 2021-2030 : adaptation incrémentale (<2°C) Le niveau d’intensité sera MODERE sur les agrosystèmes et écosystèmes naturels du nord du pays et ELEVE pour ceux du centre et du sud. Seront affectées, selon les régions, les productions agricoles, les biens et services des écosystèmes naturels, les revenus des producteurs, la sécurité alimentaire et l’économie nationale. La durabilité des petites et moyennes structures agricoles qui pratiquent l’agriculture pluviale et des écosystèmes naturels steppiques et pastoraux est menacée. Les filières sont perturbées, perte des emplois et contribution faible à l’économie nationale. Impact 1 : Baisse de la productivité agricole et des rendements à cause de la dégradation des sols, du déplacement des aires de culture vers le nord, de la prolifération des ravageurs des cultures et d’un stress hydrique plus marqué Période 2021-2030 : Des pertes moyennes à importantes des rendements et des productions des agrosystèmes pluviaux du centre et du sud du pays, baisse des revenus des producteurs, chômage, filières perturbées, marchés instables et recours aux importations. Impact 2 : Perte des services écosystémiques et de la biodiversité, augmentation des pressions sur les écosystèmes naturels, changement d’affectation des terres et le caractère récurrent des phénomènes extrêmes dont les incendies Période 2021-2030 : Des pertes moyennes à importantes des biens et services des écosystèmes naturels (steppiques et pastoraux) du centre et du sud du pays, risques d’incendies, perte de la biodiversité autochtone, baisse des revenus des ménages ruraux, chômage important, filières perturbées (viandes, fourrages,…), marchés instables et recours aux importations (consommation humaine et animale). Impact 3 : Augmentation de la fragilité économique et sociale des petits et moyens exploitants, marginalisation croissante des femmes et des jeunes et diminution de la contribution de l’agriculture à l’économie nationale. Période 2021-2030 : Baisse moyenne à forte des revenus financiers des petits et moyens producteurs et de la population rurale, capacité d’investissement réduite, précarité sociale, chômage, risque de migration, recours fréquent au marché, difficultés de commercialisation des productions. Situation difficile des groupes vulnérables : classe des pauvres, femmes et jeunes. Figure 53 Arbre à problèmes, Secteur agricole Période 2031-2050 : Baisse forte à très forte des revenus financiers des petits et moyens producteurs et de la population rurale, capacité d’investissement affaiblie, précarité sociale importante, chômage important, migration entamée, recours plus fréquent au marché, fortes difficultés de commercialisation des productions. Situation aggravée des groupes vulnérables : classe des pauvres, femmes et jeunes. Im pa ct s po te nt ie ls d u C C s ur le s ec te ur Période 2031-2050 : Des pertes importantes à très importantes des rendements et des productions des agrosystèmes pluviaux et irrigués dans l’ensemble du pays, baisse aggravée des revenus des producteurs, chômage important, filières très perturbées, marchés instables et recours plus important aux importations. Période 2031-2050 : Des pertes importantes à très importantes des biens et services des écosystèmes naturels (forestiers, steppiques et pastoraux) dans tout le pays, risques fort et récurrent d’incendies, de maladies et ravageurs émergentes, perte de la biodiversité autochtone, baisse des revenus des ménages ruraux, chômage aggravé, filières très perturbées (viandes, fourrages,…), marchés très instables et recours plus important aux importations (consommation humaine et animale). Période 2031-2050 : adaptation transformationnelle (>2°C) Le niveau d’intensité sera ELEVE sur les agrosystèmes et écosystèmes naturels du nord du pays et TRES ELEVE pour ceux du centre et du sud. Seront affectées, selon les régions, les productions agricoles, les biens et services des écosystèmes naturels, les revenus des producteurs, la sécurité alimentaire et l’économie nationale. La durabilité des petites et moyennes structures agricoles qui pratiquent l’agriculture pluviale et même irriguée ainsi que des écosystèmes naturels : forestiers, steppiques et pastoraux est menacée davantage sous l’effet des extrêmes climatiques. Les filières sont fortement perturbées, perte conséquente des emplois et contribution réduite à l’économie nationale. 85 84 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 6.2.2.2. Secteur de la pêche Scénario de vulnérabilité (BaU) ARBRE À PROBLÈMES Problème/Défi Les changements climatiques perturbent les productions halieutiques (naturelles et aquacoles) en quantité et nature, impacte la biodiversité des écosystèmes marins et risque de réduire les biens et services qu’ils procurent aux sociétés, à l’environnement et aux économies nationales, infranationales et locales. On observe des modifications au niveau de l’offre et du marché des produits de la mer et de ses filières, une transformations du métier de pêcheur, une viabilité menacée des petits et moyennes exploitants et de la pêche artisanale avec des risques accrus sur la sécurité alimentaire, la biodiversité et la contribution du secteur aux économies. Période 2021-2030 : adaptation incrémentale (<2°C) Le niveau d’’intensité sur les productions, la biodiversité et les services écosystémiques sera MODERE du nord du pays et ELEVE dans le centre et le sud. Seront affectées, selon les régions, les productions en termes de natures et de quantités, la biodiversité (faune, flore et micro-organismes), les biens et services des écosystèmes, les revenus des producteurs, la sécurité alimentaire et l’économie nationale. La durabilité des petites et moyennes unités qui pratiquent la pratique artisanale (dite côtière) est menacée. Le marché et les filières sont perturbées avec des risques de perte des emplois et augmentation de la précarité sociale. (+) Des bénéfices IMPORTANTS peuvent être engendrés par les changements attendus : augmentation des captures (en quantité), prolifération d’espèces exotiques non invasives, accès à de nouveaux marchés et des revenus additionnels en sont générés. Impact 1 : Modifications au niveau de l’offre et du marché des produits de la mer et de ses filières , une transformations du métier de pêcheur avec des risques accrus sur la sécurité alimentaire et la contribution du secteur aux économies nationale, infranationales et locales Période 2021-2030 : Des pertes moyennes à importantes des rendements de la pêche conventionnelles, baisse des revenus des producteurs, chômage, filières perturbées, marchés instables et recours fréquent à la pêche illégale, l’augmentation de l’effort de pêche et l’aquaculture avec des risques de pollutions multiples. Impact 2 : Menaces sur la biodiversité marine, risques d’espèces exotiques invasives, perte des services écosystémiques, pollutions multiples, conflits d’usages et accroissement de la pêche Période 2021-2030 : Des pertes MOYENNES des biens et services des écosystèmes marins dans le Nord et IMPORTANTES au Centre et au Sud, prolifération des espèces exotiques invasives, respect limité du repos biologique, appauvrissement du milieu marin et risque MOYEN sur la durabilité de l’activité. Impact 3 : Augmentation de la fragilité économique et sociale des petits et moyens pêcheurs, menaces sérieuses sur la durabilité de la pêche artisanale, marginalisation croissante des femmes et des jeunes et risques sur la stabilité sociale dans les régions côtières. Impact 3+ : Les bénéfices engendrés par l’exploitation de certaines espèces exotiques risque de profiter davantage aux grands producteurs, aux exportateurs et autres intermédiaires du marché Période 2021-2030 : Baisse MOYENNE à FORTE des revenus financiers des petits et moyens pêcheurs et de leurs ouvriers, capacité d’investissement réduite, précarité sociale, chômage, risque de migration, hausse des prix du poisson et contribution faible à la sécurité alimentaire. Situation difficile des groupes vulnérables : classe des pauvres, femmes et jeunes. Figure 54 Arbre à problèmes, Pêche Im pa ct s po te nt ie ls d u C C s ur le s ec te ur Période 2031-2050 : Des pertes importantes à très importantes es rendements de la pêche conventionnelles, baisse marquée des revenus des producteurs, chômage important, filières très perturbées, marchés très instables et recours plus fréquent à l’aquaculture avec des risques sérieux de pollutions multiples. Période 2031-2050 : Baisse FORTE à TRES FORTE des revenus financiers des petits et moyens pêcheurs et de leurs ouvriers, capacité d’investissement affaiblie, précarité sociale importante, chômage important, déséquilibre régional renforcé, hausse importante des prix du poisson et contribution très faible à la sécurité alimentaire.Situation aggravée des groupes vulnérables : classe des pauvres, femmes et jeunes. Période 2031-2050 : Des pertes IMPORTANTES des biens et services des écosystèmes marins dans le Nord et TRES IMPORTANTES au Centre et au Sud, prolifération accélérée des espèces exotiques invasives, respect très faible, sinon nul, du repos biologique, appauvrissement augmenté du milieu marin et risque FORT sur la durabilité de l’activité. Période 2031-2050 : adaptation transformationnelle (>2°C) Le niveau d’impact sur les productions, la biodiversité et les services écosystémiques sera ELEVE du nord du pays et TRES ELEVE dans le centre et le sud. Seront affectées, selon les régions, les productions en termes de natures et de quantités, la biodiversité (faune, flore et micro-organismes), les biens et services des écosystèmes, les revenus des producteurs, la sécurité alimentaire et l’économie nationale. La durabilité des petites et moyennes unités qui pratiquent la pratique artisanale (dite côtière) est menacée. Le marché et les filières sont perturbées avec des risques de perte des emplois et augmentation de la précarité sociale. Des bénéfices TRES IMPORTANTS peuvent être engendrés par les changements attendus : augmentation des captures (en quantité), prolifération d’espèces exotiques non invasives, accès à de nouveaux marchés et des revenus additionnels en sont générés. Période 2031-2050 : adaptation transformationnelle (>2°C) Le stock disponible diminuera sensiblement se traduisant par une agriculture irriguée fortement affectée remettant en question la sécurité alimentaire ainsi que des problèmes socio-économiques et des conflits d’usage de l’eau. 6.2.2.3. Ressources en eau Scénario de vulnérabilité (BaU) ARBRE À PROBLÈMES Problème/Défi Les changements climatiques menacent à long terme la durabilité des ressources en eau Période 2021-2030 : adaptation incrémentale (<2°C) La baisse des apports pluviométriques conjuguée à la baisse de la recharge naturelle affecteraient le stock disponible se traduisant par une certaine concurrence entre les différents usages notamment l’agriculture irriguée qui sera affectée Impact 1 : Impact 1 : Augmentation de la demande en eau et des conflits d’usages Période 2021-2030 : Le CC sera de nature à augmenter la demande en eau au niveau de tous les secteurs. Conjuguée à une baisse des stocks en eau, due également aux CC, le gestionnaire sera face à un conflit d’usage. Impact 2 : Surexploitation des nappes souterraines Période 2021-2030 : Surexploitation des nappes souterraines conduisant à une baisse de la piézométrie des nappes. Cela se traduirait notamment par une diminution des débits des sources et un risque de dégradation de la qualité des eaux. Impact 3 : Baisse des stocks d’eau et capacité de mobilisation affectée Période 2021-2030 : Suite à l’augmentation de l’envasement conjuguée à la diminution de la recharge naturelle due à une variabilité climatique plus marquée, les capacités de mobilisation seraient affectées se traduisant notamment par une baisse des stocks d’eau disponible. Impact 4 : Dégradation de la qualité des eaux et salinisation des nappes littorales Période 2021-2030 : Le CC attendu, à travers une variabilité spatio-temporelle plus marquée des précipitations conjugué à une ENM qui augmentera le risque de salinisation des nappes littorales, se traduiront par une Dégradation de la qualité des eaux. Impact 5 : Élévation du coût économique de l’eau et difficultés à procéder aux arbitrages entre les différents usagers Période 2021-2030 : Suite à l’augmentation de la demande en eau conjuguée à la baisse des stocks d’eau et aux capacités de mobilisation qui atteindrons leurs limites, le coût économique de l’eau subira une élévation importante. Figure 55 Arbre à problèmes, Ressources en eau Im pa ct s po te nt ie ls d u C C s ur le s ec te ur Période 2031-2050 : Le CC sera de nature à exacerber la demande en eau au niveau de tous les secteurs. Conjuguée à une baisse exacerbée des stocks en eau, due également aux CC, le gestionnaire sera confronté à un conflit aigu d’usage. Période 2031-2050 : Surexploitation aggravée des nappes souterraines conduisant à une baisse de la piézométrie des nappes. Cela se traduirait notamment par assèchement des débits de certaines sources et une dégradation significative de la qualité des eaux. Période 2031-2050 : Suite à l’envasement critique de certains barrages conjuguée et une diminution de la recharge naturelle due à une variabilité climatique plus marquée, les capacités de mobilisation seront affectées de manière significative se traduisant par une baisse marquée des stocks d’eau disponible. Période 2031-2050 : Le CC attendu, à travers une variabilité spatio temporelle critique des précipitations conjugué à une ENM significative qui augmentera sensiblement le risque de salinisation des nappes littorales, se traduiront par une Dégradation critique de la qualité des eaux. Période 2031-2050 : Suite à l’augmentation de la demande en eau conjuguée à la baisse significatives des stocks d’eau, le coût économique de l’eau subira une élévation significative se traduisant notamment par: i- des difficultés d’arbitrages entre les différents usagers et ii- la politique de subventionnement de l’eau compromise. 87 86 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Période 2031-2050 : adaptation transformationnelle (>2°C) Le niveau d’impact sera très élevé, les plages quasi stables seront déstabilisées, les zones potentiellement submersibles seront plus étendues, le reculs du trait de côte sera plus accéléré. Des zones urbaines et touristiques seront submergées, des plages seront érodées, d’autres peuvent disparaitre et des écosystèmes seront bouleversés. 6.2.2.4. Secteur du littoral Scénario de vulnérabilité (BaU) ARBRE À PROBLÈMES Problème/Défi Le CC va induire une élévation du niveau de la mer, une augmentation de la température, de la salinité et de l’acidité des eaux ce qui menace le littoral tunisien caractérisée par des terres basses en arrière côte, une morphologie sensible et des écosystème littoraux diversifiées et fragiles. Période 2021-2030 : adaptation incrémentale (<2°C) Le niveau d’impact sera élevé, l’ENM touchera principalement les zones les plus vulnérables comportant notamment les plage déjà en état d’érosion et à morphologie sensible. Il y aurait un recul du trait de côte, une perte d’une partie des plages et la submersion des zones les plus basses. Impact 1 : Submersion des terres basses situées en arrière côte Période 2021-2030 : Les secteurs les plus vulnérables vont subir le plus d’impacts. Les Terres les plus basses situées en arrière côte seront submergés par la mer en particulier dans la zone nord ouest du golfe de Tunis, au fond du golfe de Hammamet, les zone insulaires de la façade orientale (Kuriat, Kerkennah, Kneiss) et du grand golfe de Gabès. Impact 2 : Érosion des plages et recul du trait de côte Période 2021-2030 : Les tronçons des côtes les plus vulnérables seront soumis à une érosion amplifiée par l’ENM. Ceci va concerner en particulier les plages qui sont déjà en état d’érosion ce qui va entrainer une perte partielle de plages, la réduction de la largeur des plages et bien évidemment la perte d’une partie des zones balnéaires. Impact 3 : Dégradation des écosystèmes côtiers et régression des rendements de la pêche dans les zones côtières. Période 2021-2030 : L’ENM peut transformer des écosystèmes et par suite le changement de leurs caractéristiques. Les zones intertidales de balancement de la marée seront réduites. Les rendements de la pêche à pied et des Cherfia seront également réduites ce qui va toucher les petits et les moyens pêcheurs qui exercent cette pratique ancestrale dans ces zones côtières. Figure 56 Arbre à problèmes, Frange littorale Im pa ct s po te nt ie ls d u C C s ur le s ec te ur Période 2031-2050 : Des espaces plus étendus seront submergés. L’impact sera plus important pouvant amener à la destruction totale ou partielle des cordons et des iles barrières en particulier sur le flanc nord ouest du golfe de Tunis, le chapelet des Sebkhas de la côte nord orientale du cap bon et du golfe de Gabès. Période 2031-2050 : L’action de l’érosion sera amplifiée et elle sera étendue à des tronçon de côte actuellement avec un degré de vulnérabilité faible. Une ENM plus forte peut entrainer l’amplification des actions océanographiques (Houle, marée, courant, transport solide) et par suite la disparition de quelques tronçons de plages et la défiguration de la morphologie côtière. Période 2031-2050 : Le cumul des effets de l’ENM (submersion) avec la variation des caractéristiques de l’eau de mer (température et salinité) peut entrainer des bouleversements au niveau des écosystèmes littoraux avec régression des espèces indigènes et la prolifération des espèces exotiques opportunistes. Les rendements vont toucher également la pêche côtière ce qui va réduire la contribution de ce secteur à l’économie nationale. Période 2031-2050 : adaptation transformationnelle (>2°C) Le niveau d’impact sera plus élevé se traduisant par une fréquence inquiétante des maladies infectieuses d’origine hydrique et alimentaire associée à des risques sanitaires importants liés aux maladies à transmission vectorielle et à l’apparition de maladies nouvelles émergentes touchant davantage de franges de la population. Le système de la santé ne sera plus en mesure de faire face à l’aggravation des maladies liées à la pollution atmosphérique et aux couts sanitaires et économiques des effets sanitaires des inondations. 6.2.2.5. Secteur de la santé Scénario de vulnérabilité (BaU) ARBRE À PROBLÈMES Problème/Défi Les changements climatiques menacent la santé du tunisien à travers la recrudescence de certaines maladies climato-sensibles et l’émergences de nouvelles maladies Période 2021-2030 : adaptation incrémentale (<2°C) Le niveau d’impact sera modéré, avec une exacerbation des maladies infectieuses d’origine hydrique et alimentaire associée à une recrudescence des maladies à transmission vectorielle et à l’apparition de maladies nouvelles et émergentes essentiellement au niveau des populations vulnérables. Le système de la santé aura également des difficultés pour faire face à l’aggravation des maladies en relation avec la pollution atmosphérique et aux effets sanitaires des inondations. Impact 1 : Recrudescence et émergence des maladies à transmission vectorielle Période 2021-2030 : Par action sur le vecteur, le parasite et le contact avec le hôte, on assistera à une fréquence accrue des maladies à transmission vectorielle, une extension du périmètre d’action de certaines de ces maladies et l’apparition limitée de maladies nouvelles et émergentes essentiellement au niveau des populations vulnérables vivant en milieu rural. Le réémergence de certaines maladies déjà éradiquées est également envisageable. Impact 2 : Augmentation de l’incidence des maladies infectieuses d’origine hydrique et alimentaire Période 2021-2030 : La rareté de l’eau et l’altération de sa qualité exerceront une pression sur l’eau. Avec le recours probable à l’utilisation des eaux usées insuffisamment traitées en agriculture, on assistera à une fréquence accrue des maladies infectieuses d’origine hydrique et alimentaire, essentiellement au niveau des populations dépourvues d’eau potable, de régime d’assainissement et/ou vivant dans de mauvaises conditions d’hygiène. Impact 3 : Aggravation des maladies en relation avec la pollution atmosphérique Période 2021-2030 : Sous l’effet combiné des particules fines, de l’ozone et des allergènes polliniques, on assistera à une exacerbation des maladies allergiques, respiratoires et cardio vasculaires au niveau de leur survenue et surtout au niveau de leur gravité. Impact 4 : Augmentation de la fréquence et de l’intensité des effets sanitaires des inondations Période 2021-2030 : Les décès, les blessures et les traumatismes psychologiques dus aux inondations seront plus fréquents et plus graves. De même, le risque de survenue d’épidémies de maladies hydriques et respiratoires sera plus probable. Les couts économiques et sanitaires de ces accidents seront plus élevés. Figure 57 Arbre à problèmes, Secteur de la santé Im pa ct s po te nt ie ls d u C C s ur le s ec te ur Période 2031-2050 : Une augmentation significative des maladies à transmission vectorielle et l’apparition inquiétante de maladies nouvelles et émergentes touchant l’ensemble de la population et allant au delà des populations les plus vulnérables. Le risque de réémergence de certaines maladies sera plus probable. Période 2031-2050 : La rareté de l’eau et l’altération de sa qualité exerceront une pression significative sur la gestion de cette ressource. Ceci se traduira notamment par une augmentation significative des maladies infectieuses d’origine hydrique et alimentaire, touchant d’autres franges de la population, et allant au-delà des populations les plus vulnérables. Période 2031-2050 : On assistera à une augmentation et une aggravation encore plus importantes de ces maladies sensibles à la pollution de l’air, avec surtout une décompensation de certaines maladies jusque là assez bien équilibrées. Le poids de la prise en charge de ces maladies et de leurs complications à long terme, risque de devenir lourd à supporter par le secteur de la santé déjà très sollicité. Période 2031-2050 : Les conséquences sanitaires liées aux inondations seront plus intenses et plus graves, se traduisant par plus de décès et de traumatismes. De même, le risque la destruction de l’infrastructure sanitaires affectera le fonctionnement du système de santé, aggravant ainsi les conséquences de ce phénomène. Le système de la santé ne serait plus en mesure de prendre en charge les couts additionnels inhérents à ces risques sanitaires. 89 88 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 6.3. Scénario de résilience aux changements climatiques La composante résilience de la stratégie repose sur un ensemble de 10 axes stratégiques dont 6 qui sont à caractère sectoriel alors que les 4 restants traduisent le caractère transversal de la résilience aux CC. Axes Sectoriels Les six axes sectoriels sont ceux déjà identifiés dans le cadre de la CDN, ils sont formulés comme suit : n Axe 1 : Promouvoir une agriculture résiliente aux CC, rémunératrice et respectueuse des équilibres écologiques n Axe 2 : Transformer le secteur de la pêche pour assurer durablement la sécurité alimentaire, améliorer la gouvernance de la biodiversité et offrir aux acteurs des revenus décents n Axe 3 : Limiter les impacts du CC sur les ressources en eau et transformer le modèle de gestion pour satisfaire les besoins hydriques n Axe 4 : Limiter les impacts du CC sur le littoral et assurer la résilience de la frange côtière et de l’activité économique à long terme n Axe 5 : Maitriser les risques sanitaires liés aux CC et intégrer leur prise en charge dans le système sanitaire n Axe 6 : Limiter les impacts du CC sur le tourisme balnéaire et transformer le modèle touristique de la Tunisie à travers une conversion progressive vers une nouvelle offre durable et inclusive Axes Transversaux Pour accompagner les enjeux de l’adaptation/ résilience aux CC auxquels les parties prenantes devront faire face dans la mise en œuvre sectorielle des mesures d’adaptation, quatre axes transversaux ont été définis dans le même esprit que la CDN actualisée de 2021. n Axe (transversal) 7 : Renforcer la gouvernance institutionnelle de l’adaptation en Tunisie, la sensibilisation et les capacités des acteurs à planifier et mettre en œuvre les actions d’adaptation aux CC n Axe (transversal) 8 : Mobiliser les financements nécessaires pour l’adaptation n Axe (transversal) 9 : Développer et diffuser la recherche et l’innovation en soutien à l’adaptation n Axe (transversal) 10 : Réduire les disparités territoriales et sociales en faveur d’un développement résilient plus juste Les trois premiers axes transversaux (Gouvernance, financement et recherche) sont déjà bien ancrés dans la Feuille de route de la première CDN. Nous avons ajouté une nouvelle dimension transversale : l’adaptation équitable (juste) visant à réduire les disparités territoriales et sociales des populations les plus vulnérables, en lien notamment avec les thématiques de genre et d’aménagement du territoire. En effet, la recherche de plus d’équité est fondamentale à intégrer dans un processus de planification de l’adaptation/résilience aux CC à long terme (Horizon 2050). Elle s’inscrit par ailleurs dans le principe de « Leave No one behind (LNOB)» auquel ont souscrit les Etats membres de l’ONU, dont la Tunisie, dans le cadre de la mise en œuvre des ODD à l’horizon 2030. 6.3.1. Déclinaisons sectorielles Dans ce qui suit, chaque axe stratégique sectoriel sera introduit à travers un rappel des grands défis d’adaptation aux CC auxquels il est confronté. Suite à cela, des objectifs seront définis pour chacune des scénarios d’adaptation incrémentale et d’adaptation transformationnelle. Par la suite, les orientations stratégiques seront explicitées et suivies d’un tableau récapitulatif des mesures d’adaptation aussi bien pour le scénario d’adaptation incrémentale que transformationnelle Axe 1 : Promouvoir une agriculture résiliente aux CC, rémunératrice et respectueuse des équilibres écologiques Rappel des grands défis d’adaptation Il est primordial d’améliorer la gouvernance du secteur de l’agriculture au même titre que les ressources dont il est en charge. En effet, en Tunisie la gouvernance Période 2031-2050 : adaptation transformationnelle Le niveau d’impact sera très élevé et menaçant pour l’activité touristique surtout dans les régions littorales où la pérennité des entreprises hôtelières de première ligne (donnant directement sur la plage) sera mise en jeu.. Loin du littoral, l’impact va être fort avec une diminution de l’attractivité touristique de certains territoires exposés aux aléas climatologiques extrêmes. 6.2.2.5. Secteur du tourisme Scénario de vulnérabilité (BaU) ARBRE À PROBLÈMES Problème/Défi Les changements climatiques menacent le tourisme tunisien avec une vulnérabilité plus intense du littoral à dominante balnéaire. Période 2021-2030 : adaptation incrémentale (<2°C) A ce niveau l’impact sera fort et touchera principalement le tourisme balnéaire. Plusieurs structures seront non viables et une perte éventuelle des emplois va être inévitable. Le niveau d’impact sera très fort sur les territoires insulaires et les régions touristiques littorales à forte urbanisation. Pour ces régions les marges de manœuvre se rétrécissent davantage. Impact 1 : Perturbation du tourisme littoral suite aux impacts de l’élévation du niveau de la mer Période 2021-2030 : Perte partielle des plages privées pour les unités hôtelières de première ligne et dégradation des équipements de loisirs tels que les bases nautiques, les bars plages, les criques… Impact 2 : Augmentation du cout d’exploitation des hôtels (gestion des ressources en eau et de l’énergie) Période 2021-2030 : Un niveau de salinisation élevé de la nappe phréatique et le stress hydrique grandissant vont engendrer une hausse insupportable des charges liées à l’approvisionnement en eau. Des ruptures en approvisionnement seront plus fréquentes. Egalement, la consommation d’énergie va augmenter pour faire face à ce réchauffement climatique surtout pendant la saison estivale. Impact 3 : Diminution de la biodiversité et dégradation des écosystèmes et des paysages marins et terrestres. Période 2021-2030 : A l’arrière-pays, les changements climatiques vont affecter la biodiversité: extinction de certaines espèces emblématiques surtout dans le sud tunisien. Aussi, des déséquilibres des écosystèmes forestiers et marins seront enregistrés et vont réduire, par conséquent, l’attractivité de la destination. Impact 4 : Fragilité des emplois et déficit en main d’œuvre qualifiée Période 2021-2030 : La perturbation de l’activité touristique, le chevauchement des saisons et la dégradation des actifs des entreprises du secteur devraient entraîner une perte annuelle d’emplois, s’ajoutant à la vulnérabilité actuelle des emplois. Figure 58 Arbre à problèmes, Secteur du tourisme Im pa ct s po te nt ie ls d u C C s ur le s ec te ur Période 2031-2050 : Perte totale des plages avec des dégâts qui peuvent atteindre les infrastructures de certains établissements hôteliers situés sur la frange littorale . Un frein quant aux investissements touristiques adressés à ce produit balnéaire sera enregistré Période 2031-2050 : Les impacts du réchauffement climatique et du stress hydrique vont être excessivement élevés et vont perturber le fonctionnement des entités touristiques en touchant à des variables essentielles de l’offre comme le degré de confort, la tarification, l’animation et l’attractivité des paysages. Période 2031-2050 : Un impact très élevé en termes de dégradation de la biodiversité qui risquera de freiner le développement du tourisme alternatif qui constitue de nos jours un choix stratégique pour les autorités touristiques tunisiennes. Les efforts de conservation seront de plus en plus couteux. Période 2031-2050 : A plus long terme ceci risque de contraindre les employés du secteur à un niveau de vie précaire, provoquant une fuite vers d’autres secteurs d’activité voire vers l’étranger où les conditions seront meilleures. Le déficit en main d’œuvre qualifiée se creuseraient donc davantage. 91 90 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 demeure un problème central et explique en partie les impacts occasionnés qui sont pour le moins préoccupants et qui risquent de s’amplifier sous les effets des changements climatiques amorcé et des phénomènes extrêmes annoncés. La tâche n’est pas simple mais il n’est plus possible de reporter l’action à d’autres échéances. A cet horizon 2050, qui est également l’échéance du PNA-SA, nous proposons de développer une vision, des orientations stratégiques et des mesures d’adaptation en cohérence avec ce dernier. La vision de résilience proposée dans le domaine agricole, est la suivante : « Une agriculture durable et résiliente aux changements climatiques qui assure la sécurité alimentaire, améliore la gouvernance des ressources naturelles, protège son capital eau/Terre et assure les moyens de subsistance des acteurs «. Face à l’aggravation graduelle des impacts des changements climatiques, l’objectif visé par cette vision se décline selon les deux niveaux d’intensité de CC définis précédemment : Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale L’objectif étant de « Limiter les impacts du CC sur les agrosystèmes et écosystèmes naturels en continuant à opérer le développement avec la même cadence, en termes de performances, tout en profitant des possibilités d’intégration du CC dans les processus de planification classiques permises par les initiatives en cours ou envisagées ». Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle L’objectif étant de « Maîtriser les impacts du CC sur les agrosystèmes et écosystèmes naturels, opérer une politique transformationnelle qui renforce leur résilience et maintient voire augmente les biens et services qu’ils procurent à l’environnement, aux sociétés et à l’économie nationale ». Cette vision est déclinée en quatre orientations stratégiques sectorielles : Figure 59 Vision stratégique du secteur de l’agriculture et des écosystèmes et sa déclinaison en orientations stratégiques VISION STRATEGIQUE DE L’AGRICULTURE ET DES ECOSYSTEMES « Une agriculture résiliente au changement clima�que qui assure la sécurité alimentaire, améliore la gouvernance des ressources naturelles, protège son capital Terre et offre des opportunités d’emplois et de revenus pour ses acteurs. » ADAPTATION AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES ORIENTATION STRATEGIQUE 1 (AGRICULTURE) Développer une agriculture résiliente au changement clima que, durable qui nourrit la popula�on et respecte l'environnement ORIENTATION STRATEGIQUE 3 (SOL) A�eindre la neutralité en ma ère de dégrada�on des terres, réhabiliter les sols et améliorer leur capacite de réten�on ORIENTATION STRATEGIQUE 2 (BIODIVERSITE ET ECOSYSTEMES NATURELS) Améliorer la gouvernance des ressources naturelles, augmenter leur résilience au changement clima que et renforcer les biens et services des écosystèmes ORIENTATION STRATEGIQUE 4 (PAYSANS VULNERABLES) Renforcer l'autonomisa on économique et sociale des paysans et de leurs groupements et les aider a faire face aux risques clima ques e * Un accent particulier est mis sur la réduction des inégalités sociales et de genre, notamment au regard des femmes et des jeunes en milieu rural. Orientations stratégiques Ces quatre orientations sectorielles concernent : 1. l’agriculture avec ses composantes pluviale, irriguée et oasienne, 2. la biodiversité et les écosystèmes naturels, 3. la terre et enfin 4. Les paysans et en particulier les plus vulnérables d’entre eux dont les femmes. Orientation stratégique 1 (agriculture) : développer une agriculture résiliente aux changements climatiques, durable qui nourrit la population et respecte l’environnement A cette orientation stratégique sont censées contribuer les trois sous-secteurs que sont l’agriculture pluviale, les oasis et l’agriculture irriguée57. Nous développons dans ce qui suit les deux premiers volets. 1- Agriculture pluviale et élevages : Améliorer la résilience de l’agriculture pluviale aux effets du CC et aux phénomènes extrêmes par l’adaptation culturale (espèces, races et variétés) et aux exigences climatiques (étages), la promotion des systèmes de production durables, l’intégration agriculture/élevage, l’organisation des filières, chaines de valeurs et la régulation des marchés. 2- Oasis : Améliorer la gouvernance des ressources en eau, opérer un contrôle strict des extensions illicites et de l’urbanisation et valoriser les potentialités naturelles, agricoles, patrimoniales et socio-culturelles des oasis et des sociétés oasiennes. Orientation stratégique 2 (biodiversité et écosystèmes naturels) : améliorer la gouvernance des ressources naturelles, augmenter leur résilience aux changements climatiques et renforcer les biens et services des écosystèmes Cette orientation est inspirée de la stratégie et du plan d’action de biodiversité 2018-2030 58 et adaptée à la présente stratégie. Elle vise l’amélioration de la résilience des écosystèmes et de la diversité biologique et l’augmentation de leur contribution aux stocks de carbone. Elle vise aussi l’atteinte d’une meilleure gouvernance des ressources accompagnée de l’amélioration des revenus des paysans et des autres acteurs. Elle envisage d’opérer un effort de sensibilisation qui améliore les connaissances et les sensibilités des individus et de la société et transforme leurs comportements et attitudes. Orientation stratégique 3 (sols) : oeuvrer en faveur de la neutralité en matière de dégradation des terres, rehabiliter les sols et améliorer leur capacité de retention Dans le domaine de la Neutralité en matière de Dégradation des Terres, la Tunisie s’est fixé une cible nationale à atteindre à l’horizon 2030 d’environ deux millions d’hectares (2.000.000ha). Cette cible couvre les terres déjà classées comme étant dégradées (selon l’étude réalisée récemment 2021 et qui les a fixé à 1.600.000 ha) auxquels s’ajoutent environ 380.000 ha/an, où la dégradation est amorcée par suite du changement de leur affectation passant de couverts naturels et permanents à des terres agricoles ou bien des infrastructures, plans d’eau ou des constructions. Il existe également d’autres terres qui semblent être dans un état acceptable voire non dégradé mais qui nécessitent des actions d’évitement pour pallier aux risques de dégradation potentiels (voir le rapport du PAN-LCD 2018-2030 et celui en cours de publication par le MALE et le Mécanisme Mondial-CNULCD 59). Orientation stratégique 4 (paysans vulnerables) : renforcer l’autonomisation économique et sociale des paysans et de leurs groupements et les aider a faire face aux risques climatiques Cette orientation intègre les enjeux économiques et sociaux relatifs aux conditions de vie et les moyens de subsistance des agriculteurs les plus vulnérables. Face à la variabilité croissante des revenus issus de l’agriculture, une meilleure valorisation des productions et un appui pour une économie locale inclusive est nécessaire. De plus, une meilleure implication des groupes vulnérables comme les populations pauvres, les femmes et les jeunes (main d’œuvre importante du secteur) et une intégration progressive du CC dans la planification, permettraient également de renforcer l’autonomisation économique et sociale de ces populations, et de réduire les migrations en vue d’assurer un équilibre régional stable. 57 Les mesures relatives aux périmètres irrigués sont traitées dans le chapitre réservé aux ressources hydrauliques. 58 MALE/DGEQV-PNUD. 2017 : Actualisation de la stratégie nationale et du plan d’action nationaux sur la biodiversité. Stratégie et plan d’action nationaux pour la biodiversité 2018-2030 Novembre 2017. 59 MALE, Mécanisme Mondial 2021: PROGRAMME DE DEFINITION DES CIBLES DE NEUTRALITE EN MATIERE DE DEGRADATION DES TERRES EN TUNISIE. Juillet 2021. 82pages. 93 92 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Il est également important, de procéder de manière progressive mais durable, a renforcer et à améliorer l’organisation des producteurs en vue de mieux gérer leurs ressources et leurs facteurs de production, de valoriser leurs produits et d’intégrer les circuits, filières et marchés locaux, nationaux et internationaux. Ainsi, ils seront en mesure d’optimiser les circuits de distribution et d’améliorer leurs marges bénéficiaires. Mesures d’adaptation OS 1 : Développer une agriculture résiliente aux changements climatiques, durable qui nourrit la population et respecte l’environnement Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Améliorer la résilience des systèmes de Objectif : Opérer une migration assistée des systèmes productions agricoles et de l’élevage aux effets des de productions agricoles et des élevages vers les changements climatiques et aux phénomènes extrêmes territoires favorables, encourager les espèces, races par l’adaptation culturale (espèces, races et variétés), et variétés autochtones résilientes et mettre en place la promotion des systèmes de production durables, un système intégré et efficace de gestion des risques l’intégration agriculture/élevage, l’organisation des et d’équité climatique. filières et la régulation des marchés et la diversification des formes de valorisation des ressources disponibles. Programme d’amélioration de la résilience aux effets du CC des systèmes de production de l’agriculture tunisienne (pluviale, irriguée et oasienne) Mesure 1 : Conduire et accompagner les systèmes de Mesure 1 : Assister la migration des cultures productions actuels (dont ceux basés sur les cultures stratégiques (sécurité alimentaire et produits stratégiques) vers des systèmes plus résilients aux exportés) vers les zones favorables et opérer des changements climatiques, durables et innovants. mécanismes d’encouragement régionalisés. Programme de digitalisation du secteur agricole, des écosystèmes naturels, acteurs, produits, services, marchés et circuits de commercialisation Mesure 2 : Améliorer la gestion des données Mesure 2 : Concevoir et mettre en place une révolution numériques pour la surveillance du risque climatique digitale collective pour mieux gérer les risques sur l’agriculture à travers un système d’alerte précoce climatiques et assurer une production agricole (SAP) et faciliter l’accès des acteurs à l’information. durable. Programme de réforme du foncier et des structures de gestion des espaces et ressources autour des producteurs/éleveurs Mesure 3 : Favoriser l’organisation des petits et Mesure 3 : Réformer les modes de gestion du foncier, moyens producteurs/éleveurs et faciliter leur révolutionner l’organisation des acteurs du secteur intégration dans les filières et marchés. agricole et réorganiser les filières. Programme de sécurité semencière (animales, végétales, agricoles, naturelles,...) Mesure 4 : Reprise du contrôle du secteur des Mesure 4 : Atteindre l’indépendance semencière, semences (végétales, animales, micro-organismes, réformer les filières (agricoles, naturelles, animales, agricole, naturelle,...) et promotion des provenances végétales, bactéries, virus,…) et privilégier la autochtones. conservation/multiplication in situ. Programme de gestion de crises par la constitution de réserves mobilisables pour faire face à des baisses conjoncturelles de production et réduction des gaspillages dans les filières des produits animaux. Mesure 5 : Initier et engager le programme pour les Mesure 5 : Généraliser aux autres produits de produits stratégiques : nutrition humaine et animale. l’agriculture, de l’élevage et de la pêche. Programme de revalorisation des valeurs patrimoniale, paysagère, socioculturelle et touristique des oasis, innovation des modes de gestion des ressources naturelles et lutte contre le phénomène d’urbanisation Mesure 6 : Améliorer la gouvernance des oasis, Mesure 6 : Restaurer les écosystèmes oasiens développer de nouveaux modèles de gestion des dégradés (surtout les anciennes oasis), promouvoir ressources locales qui considèrent les effets du CC la migration vers une agriculture biologique / et impliquent tous les acteurs. biodynamique et revaloriser les valeurs patrimoniales. OS 2 : Améliorer la gouvernance des ressources naturelles, augmenter leur résilience aux changements climatiques et renforcer les biens et services des écosystèmes Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Actualiser et moderniser les modes de Objectif : Intégrer de manière systématique les effets planification, gestion et valorisation des espaces et du CC et les phénomènes extrêmes dans la planification, ressources naturelles et associer les populations la gestion et la valorisation des ressources naturelles, locales dans leur gestion. digitaliser et partager les données et informations avec tous les acteurs. Programme d’aménagement des forêts et parcours qui considère le CC et promotion des espèces autochtones et à usages multiples pour leur reboisement, réhabilitation et densification. Mesure 7 : Procéder à l’aménagement des espaces Mesure 7 : Encourager la plantation des espèces forestiers, steppiques et pastoraux en intégrant les autochtones et à usages multiples et Assister la risques du CC et les phénomènes extrêmes. migration des espèces forestières sensibles au climat vers les étages et les altitudes favorables. Programmes locaux de lutte contre la désertification et de conservation de la biodiversité naturelle et agricole Mesure 8 : Lutter contre la désertification par la Mesure 8 : Dresser des plans locaux de lutte consolidation biologique des ouvrages de protection biologique contre la désertification, impliquer les contre l’ensablement et instaurer le paiement des autorités locales, les ONG et les citoyens dans le services écosystémiques. financement et la mise en œuvre. OS 3 : Œuvrer en faveur de la neutralité en matière de dégradation des terres, réhabiliter les sols et améliorer leur capacité de retention Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Réhabiliter les terres dégradées dans les Objectif : Atteindre la cible nationale en matière de NDT, territoires concernés par les projets en cours réhabiliter les terres dégradées et améliorer les et ceux envisagés. aptitudes de production des sols de Tunisie. Programmes infrarégionaux et locaux de lutte contre la dégradation des terres et de restauration des paysages vulnérables par les bonnes pratiques autochtones et les Solutions Fondées sur la Nature (SFN) Mesure 8 : Mesure 9 : Réhabiliter, restaurer et éviter Mesure 9 : Digitaliser les terres et les paysages, la dégradation des terres et des paysages vulnérables suivre de manière automatique et régulière leur par des techniques douces, les bonnes pratiques niveau de dégradation et occupations et diffuser autochtones et les solutions basées sur la nature l’information auprès des acteurs. selon une planification qui considère les effets du CC. Mesure 10 : Mettre en place des processus Mesure 10 : Automatiser, généraliser le suivi et opérationnels de suivi et évaluation des impacts en évaluation des impacts en matière d’adaptation des matière d’adaptation des mesures de neutralité de la mesures de neutralité de la dégradation des terres dégradation des terres réalisées sur le terrain. réalisées sur le terrain et opérer la mise à l’échelle des solutions performantes. 95 94 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 OS 4 : Renforcer l’autonomisation économique et sociale des hommes et des femmes et de leurs groupements et les aider à faire face aux risques climatiques Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Améliorer les conditions de vie des groupes Objectif : Autonomisation économique et sociale des vulnérables et leurs accès aux marchés (du travail,...) groupes vulnérables, des femmes et des jeunes ruraux pour mieux faire face aux effets du CC. et leur inclusion dans des économies locales viables. Programme d’amélioration de résilience sociale et économique des petites et moyennes exploitations aux effets des changements climatiques Mesure 11 : Faciliter aux agriculteurs.trices, jeunes Mesure 11 : Procéder à un modèle de développement et groupes vulnérables l’accès aux ressources inclusif dans les territoires ruraux basés sur les productives (foncier,...), aux financements potentialités naturelles, les productions locales et aux services (marchés, …) et les savoirs faire des communautés Mesure 12 : Intégrer le genre dans les processus Mesure 12 : Contribuer à la mise en œuvre des de planification du développement économique actions et activités du Plan d’Action Genre et et social qui considère le CC Changements climatiques développé par le Ministère de la Femme, des Jeunes et des Séniors Axe 2 : Transformer le secteur de la pêche pour assurer durablement la sécurité alimentaire, améliorer la gouvernance de la biodiversité et offrir aux acteurs des revenus décents Rappel des grands défis d’adaptation La stratégie de la promotion du secteur de la pêche et l’aquaculture (2015), réalisée par la Direction Générale de la Pêche et de l’Aquaculture a été focalisée autour des axes directeurs suivants : n Préservation et rationalisation de l’exploitation des ressources halieutiques ; n Amélioration de la compétitivité des produits de la pêche et de l’aquaculture ; n Promotion des prestations de services auprès des professionnels ; n Promotion des activités aquacoles. En effet, le volet adaptation aux CC n’est pas encore intégré dans les stratégies et les orientations engagées par les gestionnaires de ce secteur. La vision proposée pour ce secteur est la suivante : « Un secteur de la pêche moderne, résilient aux changements climatiques et qui se transforme pour assurer durablement la sécurité alimentaire, améliore la gouvernance de la biodiversité et offre aux acteurs des emplois et des revenus décents ». Face à l’aggravation graduelle des impacts du CC, l’objectif visé par cette vision se décline selon les deux niveaux d’intensité de CC définis précédemment : Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Maitriser les impacts du CC sur la pêche notamment à travers des écosystèmes marins plus résilients aux CC, et l’habiliter à assurer sa contribution à la sécurité alimentaire et à procurer des revenus améliorés et durables aux pêcheurs et aux ménages ruraux » Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de maitriser les impacts du CC L’objectif étant de « Opérer la transition vers un secteur de la pêche moderne, résilient aux effets du CC, mieux géré par ses acteurs et qui est engagé dans un processus transformatif qui assure sa contribution à la sécurité alimentaire et l’économie nationale » Cette vision se décline suivant 3 orientations stratégiques (conformément à la figure suivante), explicitées dans la prochaine sous-partie. Figure 60 Vision stratégique du secteur de la pêche et sa déclinaison en orientations stratégiques * Un accent particulier est mis sur la réduction des inégalités sociales et de genre, notamment au regard des femmes et des jeunes VISION STRATÉGIQUE DES RESSOURCES HALIEUTIQUES Un secteur de la pêche moderne, résilient au changement clima que et qui se transforme pour assurer durablement la sécurité alimentaire, améliore la gouvernance de la biodiversité et offre aux acteurs des emplois et des revenus décents ORIENTATION STRATEGIQUE 1 Innover et adapter de nouveaux modes de planifica�on et de ges�on de la pêche et de l’aquaculture qui intègrent les effets du changement clima que et améliorent la résilience du secteur ADAPTATION AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES ORIENTATION STRATEGIQUE 3 Agri en faveur de l’améliora on de la résilience des pe ts et moyens pêcheurs aux effets du CC en considérant le genre ORIENTATION STRATEGIQUE 2 Développer des zones d’expérimenta on en faveur de la conserva on de la biodiversité et une compensa on des pertes des produits de la pêche à pied et des cherafis Orientations stratégiques Sur la base des défis majeurs auxquels est confronté le secteur de la pêche, trois orientations stratégiques sont considérées : Orientation stratégique 1 : innover et adapter les infrastructures et les modes de planification et de gestion de la pêche et de l’aquaculture qui intégrent les effets des changements climatiques et améliorent la résilience du secteur Il est envisagé de mettre en œuvre des actions physiques sur le terrain pour surélever et/ou renforcer les infrastructures littorales existantes notamment au niveau des endroits les plus exposés et fragiles. Il serait également nécessaire de rehausser ou de renforcer les ouvrages d’accostage des bateaux ou navires tout en assurant la surélévation des terre pleins en arrière de ces ouvrages, ainsi que les écoulements hydrologiques à la mer. Le dragage fréquent des zones portuaires et côtières, la mise en dépôt sécuritaire approprié des matériaux dragués, et l’engraissement des zones érodées deviendront nécessaires. Par ailleurs, l’amplification des facteurs physiques (marée, courants, houles, …) va certainement affecter la stabilité et par la suite la performance des fermes aquacoles. Les équipements et les techniques d’aquaculture devraient être adaptés à ces nouvelles conditions hydro-océanographiques à travers le renforcement et/ou la reconstitution de l’existant ou la recherche de nouveaux sites. Au niveau de la planification, le zonage et les calendriers de pêche à l’échelle nationale seront adaptés aux évolutions dans les peuplements, les espèces et les potentiels de captures induites par le CC. Orientation stratégique 2 : développer des zones d’experimentation en faveur de la conservation de la biodiversité et une compensation des pertes des produits de la pêche à pied et des cherafis 97 96 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Avec le réchauffement climatique et la «tropicalisation» du milieu marin, on s’attend à une dominance progressive des espèces invasives exotiques, au détriment des espèces indigènes (pullulation d’espèces non indigènes et de valeurs commerciales plus faibles que les espèces autochtones ou non commercialisables ou même dangereuses (toxiques)). Ces espèces invasives auront un important impact sur la richesse halieutique et sur l’activité de pêche. Les orientations à ce niveau seront axées, d’une part, sur la vulgarisation de l’entrée de ces nouvelles espèces dans le circuit de production et, d’autre part, sur le développement et l’adaptation des pratiques actuelles de pêche ainsi que les aspects logistique et technique d’exploitation. Orientation stratégique 3 : agir en faveur de l’amélioration de la résilience des petits et moyens pecheurs aux effets du cc en considérant le genre L’amélioration de la résilience des pêcheurs passe nécessairement par le renforcement de l’organisation professionnelle métier. Une attention particulière devra être accordée à la pêche artisanale en Tunisie ainsi qu’aux petits et moyens pêcheurs dont la résilience est faible face aux nouveaux défis induits par le CC sur l’activité de pêche en Tunisie. Mesures d’adaptation OS 1 : Innover et adapter les infrastructures et modes de planification et de gestion de la pêche et de l’aquaculture qui intégrent les effets des changements climatiques et améliorent la résilience du secteur Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Limiter les impacts du CC sur le secteur Objectif : Maîtriser les impacts du CC sur le secteur de la pêche, de l’aquaculture et les écosystèmes de la pêche, de l’aquaculture et les écosystèmes naturels en continuant à opérer le développement naturels, opérer une politique transformationnelle qui avec la même cadence, en termes de niveau des renforce leur résilience et maintient voire augmente réalisations, tout en profitant des possibilités les biens et services qu’ils procurent à d’intégration du CC dans les processus de l’environnement, aux sociétés et à l’économie planification classiques permises par les initiatives nationale en cours ou envisagées Programme de modernisation du secteur de la pêche par une planification et des modes de gestion innovants des ressources, infrastructures mobiles et immobiles et des circuits de transformation, commercialisation Mesure 1 : Améliorer la résilience des infrastructures, Mesure 1 : Digitaliser le secteur (toutes les moderniser la chaine de valeurs du secteur et composantes), maitriser la chaine de valeurs et engager la réforme du secteur de la pêche renforcer l’existence de la pêche artisanale et (institutionnel, organisation des pêcheurs, fiscalité, des petits pêcheurs. normalisation, ...). Mesure 2 : Adopter les principes de la GIZC, opérer Mesure 2 : Rendre systématique la GIZC, réorienter l’intégration des impacts du CC et adopter les l’effort de pêche vers des espèces moins vulnérables : approches douces et basées sur la nature dans les Exemple vers les pélagiques et non les démersaux stratégies, programmes et projets de développement (Mérou, poulpe, …). de la pêche et de l’aquaculture pour améliorer la résilience des sous-secteurs aux effets du CC. Mesure 3 : Élaborer des plans climats territoriaux Mesure 3 : Renforcer la migration des segments intégrés (PCTI) dans les zones littorales prioritaires de captures et post-captures vers le recours aux en particulier l’ile de Djerba et le Gouvernorat de nouvelles technologies et les énergies propres. Bizerte OS 2 : Développer des zones d’expérimentation en faveur de la conservation de la biodiversité et une compensation des pertes des produits de la pêche à pied et des cherafis Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Programme de développement des zones d’expérimentation en faveur de la conservation de la biodiversité et une compensation des pertes des produits de la pêche à pied et des cherafis Mesure 4 : Mesure 4 : Des écosystèmes marins Mesure 4 : Anticiper les risques des extrêmes plus résilients aux effets du CC, maintien des niveaux climatiques et accompagner la transformation des actuels de gestion/conservation des espaces et des écosystèmes marins et lagunaires vers une meilleure ressources et du niveau de leur intégration/ résilience et une multifonctionnalité qui améliorent valorisation par les groupes d’intérêts (pêcheurs) les biens et services écosystémiques/co-bénéfices avec une intégration progressive du CC dans la rendus. planification. Mesure 5 : Améliorer la résilience des écosystèmes Mesure 5 : Intégrer le système de suivi et contrôle des Chrafis et autres territoires de pratiques des des produits de la pêche artisanale dans le système pêches artisanales et mieux contrôler les produits global de digitalisation du secteur, automatiser les et production de l’aquaculture. systèmes d’analyse de données et organiser les mécanismes de ripostes contre la pêche illégale. OS 3 : Agir en faveur de l’amélioration de la résilience des petits et moyens pécheurs aux effets du cc en considérant le genre Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Programme d’appui aux petits et moyens pêcheurs pour améliorer leur résilience aux effets du CC en considérant le genre Mesure 6 : Opérer une meilleure valorisation des Mesure 6 : Reconnaitre la pêche artisanale, renforcer productions des petits pêcheurs, l’appui à une les soutiens, orienter et accompagner (formations, économie locale inclusive, une meilleure implication apprentissages, financements, conseils,…) les des groupes vulnérables : pauvres, femmes, groupes vulnérables vers d’autres métiers pour jeunes,… et une intégration progressive des améliorer leurs revenus changements climatiques dans la planification. Mesure 7 : Moderniser les techniques et outils de Mesure 7 : Réformer les institutions de formation pêche, renforcer les capacités des acteurs, ouvrir dans le domaine de la pêche, actualiser les le marché sur de nouvelles destinations et programmes de formation et orienter les sessions impliquer le métier dans les processus de vers l’entreprenariat au produit des femmes, jeunes planification de l’adaptation qui considère le CC et groupes vulnérables Axe 3 : Limiter les impacts du CC sur les ressources en eau et transformer le modèle de gestion pour satisfaire les besoins hydriques Rappel des grands défis d’adaptation Les grands défis d’adaptation aux impacts des CC pour la ressource en eau sont : n Maitriser la demande en eau et régler les conflits d’usages ; n Protéger les eaux souterraines contre la surexploitation ; n Lutter contre l’érosion et l’envasement des retenues ; n Lutter contre la pollution hydrique et la dégradation de la qualité des eaux ; n Promouvoir la réutilisation des eaux usées traitées (EUT). Ainsi, à l’horizon 2050, la vision d’adaptation aux CC du secteur des ressources en eau vise à : « Assurer la durabilité des ressources en eau et leur résilience aux changements climatiques et garantir la sécurité des besoins hydriques vitaux des populations et des 99 98 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 écosystèmes à travers une gouvernance innovante basée sur une adaptation transformationnelle et l’instauration des concepts d’efficience, de durabilité, d’inclusivité et d’équité ». Afin d’atteindre cet objectif, une trajectoire de résilience et de gouvernance innovante du secteur des ressources est mise en place : Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Limiter les impacts du CC sur les ressources en eau et maintenir la capacité de stockage des eaux de surface et la satisfaction de tous les besoins hydriques ». Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de maitriser les impacts du CC L’objectif étant de « Maitriser les impacts du CC à travers une gouvernance innovante des ressources en eau notamment en transformant le modèle de gestion de l’offre des ressources en eau en modèle de gestion de la demande ». Cette trajectoire de résilience et de gouvernance innovante des ressources en eau constitue un réel changement de paradigme comparé à la gestion actuelle des ressources en eau. Elle a été réfléchie Orientations stratégiques Sur la base des défis majeurs auxquels est confronté et conçue de manière à s’intégrer harmonieusement avec la vision « Eau 2050 » en cours d’élaboration. Cette vision s’articule autour de trois orientations stratégiques sectorielles (voir figure ci-dessous) : le secteur des ressources en eaux, trois orientations stratégiques sont considérées : Figure 61 Déclinaison de la vision stratégique du secteur des ressources en eau en orientations stratégiques VISION STRATEGIQUE DES RESSOURCES EN EAU Garan�r la durabilité des ressources en eau et subvenir aux besoins hydriques vitaux de la popula�on et des écosystèmes sous les effets du changement clima�que ORIENTATION STRATEGIQUE 1 Ra�onaliser la ges�on des ressources en eau conven�onnelles, op�miser l’adapta�on des écosystèmes au CC et prévenir les conflits d’usage ADAPTATION AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES ORIENTATION STRATEGIQUE 3 Adapter la gouvernance des ressources en eau en termes d’approches et de solu�ons technologiques innovantes afin de répondre plus efficacement aux défis du changement clima�que ORIENTATION STRATEGIQUE 2 Massifier l’u�lisa�on des eaux non conven�onnelles en vue d’accélérer la résilience aux CC Orientation stratégique 1 : rationaliser la gestion des ressources en eau conventionnelles, optimiser l’adaptation des ecosystemes aux CC et prevenir les conflits d’usage. Le taux de mobilisation des ressources en eau de surface a dépassé 92% du potentiel. Quant aux eaux souterraines, elles sont exploitées à plus de 126%. Il s’avère donc nécessaire de rationaliser la gestion des ressources en eau conventionnelles afin de sécuriser l’approvisionnement en eau potable et les productions agricoles. Cette gestion des ressources en eau sera de plus en plus difficile sous la contrainte de la rareté et des effets du CC engendrant des conflits d’usages qu’il faudra maitriser par un arbitrage adéquat et un partage équitable des allocations. Orientation stratégique 2 : massifier l’utilisation des eaux non conventionnelles (ENC) en vue d’accelerer la résilience aux CC. Avec la rareté des eaux conventionnelles, exacerbée par le CC, le recours aux ENC ne constitue pas un choix mais plutôt une obligation. L’usage des ENC consolide la résilience du secteur aux CC et présente les avantages suivants : n La disponibilité des ENC est continue toute l’année, plus particulièrement en saisons sèches contrairement aux précipitations ; n Les ENC, dont les eaux usées traitées (EUT) sont souvent riches en matières organiques favorables à l’usage agricole moyennant un certain nombre de précautions ; n La réutilisation des EUT réduit les impacts environnementaux résiduels des rejets d’eaux épurées dans les différents milieux récepteurs lorsqu’elle est adaptée à l’usage. Orientation stratégique 3 : adapter la gouvernance des ressources en eau en termes d’approches et de solutions technologiques innovantes afin de repondre plus efficacement aux defis des changements climatiques L’innovation de la gouvernance dans le secteur des ressources s’appuiera notamment sur une gestion intégrée des ressources en eau (GIRE) améliorée utilisant des approches et des solutions technologiques innovantes. Ainsi, avec une concurrence croissante en termes de besoin en eau associée à une variabilité supplémentaire induite par le CC, une GIRE pour l’allocation, l’efficacité et la durabilité de l’utilisation de l’eau devient pratiquement une nécessité. La GIRE s’appuie sur des processus impliquant plusieurs intervenants, cela apporte une diversité de perspectives ainsi que des idées et des stratégies d’adaptation améliorées et novatrices. La participation des parties prenantes renforce également la légitimité du processus et les choix qui en résultent. Mesures d’adaptation Rationaliser la gestion des ressources en eau conventionnelles, optimiser l’adaptation des écosystèmes aux changements climatiques et prévenir les conflits d’usage. Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Mesure 1 : Renforcer et réhabiliter les infrastructures Mesure 1 : Passer d’une gestion empirique à une de stockage, de mobilisation et de transfert des eaux gestion prévisionnelle à travers une modélisation Mesure 2 : Mesure 2 : Instaurer un système hydrologique et hydraulique couplée aux résultats d’information fédérateur fonctionnant en temps du modèle de prévision météorologique de l’INM. réel de suivi, de veille et d’alerte du secteur de Mesure 2 : Instaurer une tarification de l’eau en l’eau en adoptant un package technologique tenant compte du coût de revient du m3 d’eau. développé (automatisation de l’observation, utilisation de l’information radar et satellitaire, etc.). Mesure 3 : Optimiser la mobilisation et la gestion des eaux de surface, promouvoir la collecte de l’eau pluviale et renforcer la recharge artificielle des nappes. 101 100 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Mesure 4 : Améliorer l’économie et l’efficience de l’usage de l’eau par la promotion et la généralisation de l’utilisation des nouvelles technologies Mesure 5 : Protéger les ouvrages hydrauliques contre toute forme de pollution OS 2 : Massifier l’utilisation des eaux non conventionnelles (ENC) en vue d’accélerer la résilience aux CC Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Optimisation du taux d’utilisation des eaux Objectif : Promotion et valorisation des ENC non conventionnelles : Eau usée traitée, eau saumâtre, dans le processus de renforcement de la résilience eau grise, eau de mer dessalée et eau de pluie aux CC Mesure 1 : Améliorer la qualité du traitement des Mesure 1 : Valoriser les eaux de drainage dans eaux usées et procéder à un traitement spécifique l’agriculture ou autres activités surtout au Sud adapté à l’usage, et promouvoir les solutions basées du pays. sur la nature considérées comme des techniques résilientes. Mesure 2 : Développer la collecte des eaux usées Mesure 2 : Renforcer et promouvoir le Partenariat et intégrer l’assainissement dans les agglomérations Public Privé (PPP) les composantes techniques rurales et en parallèle avec le réseau de distribution de gestion des systèmes hydrauliques et du SONEDE. développement des ressources non conventionnelles, Mesure 3 : Développer la réutilisation des ENC tout en assurant un système de régulation en agriculture et autres usages. adapté des services de l’eau. Mesure 4 : Programme d’adaptation au changement climatique des infrastructures et filières d’assainissement et augmentation de leur résilience aux risques extrêmes et catastrophes. Mesure 5 : Développer le dessalement des eaux de mer en tant que solution d’appoint économiquement viable et respectueuse de l’environnement. OS 3 : Adapter la gouvernance des ressources en eau en termes d’approches et de solutions technologiques innovantes afin de repondre plus efficacement aux defis des changements climatiques Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Assurer une gouvernance durable, Objectif : Instauration d’une gouvernance innovante inclusive et équitable des ressources en eau en intégrant les enjeux des changements climatiques et dépit des impacts néfastes du CC utilisant des technologies développées et résilientes. Mesure 1 : Mettre en œuvre le nouveau code de Mesure 1 : Mettre en place une police de l’eau. l’eau et veiller à son application effective ainsi que Mesure 2 : Mettre en place et opérationnaliser ses textes d’application. une instance de régulation des services publics Mesure 2 : Intégrer les acteurs de l’eau et les de l’eau. usagers dans la gestion des ressources en eau et la prise de décision. Mesure 3 : Créer une agence de l’eau, du DPH et de résilience aux CC. Mesure 4 : Elaborer des plans locaux d’aménagement et d’utilisation des eaux y compris les ENC résilients aux CC (PLAUERCC). Axe 4 : Limiter les impacts biophysiques du CC sur la frange littorale et assurer la durabilité de l’infrastructure et de l’activité économique Rappel des grands défis d’adaptation Une stratégie d’adaptation du littoral tunisien face à l’ENM permettrait de révéler des trois grands défis en relation avec : n L’érosion des plages et le recul du trait de côte ; n La submersion des terres basses littorales ; n La dégradation des écosystèmes. Par ailleurs, la combinaison de ces phénomènes (submersion, érosion, dégradation des écosystèmes) pourrait entrainer des modifications importantes dans la configuration des rivages et des écosystèmes littoraux. Certaines zones pourraient disparaître en partie comme entre autres les zones insulaires basses comme l’îlot de la petite Kuriate, les Kerkennah, les Kneiss qui ont d’ailleurs déjà perdu une partie importante de leurs corps au cours des temps historiques. Ainsi, la vision stratégique d’adaptation du littoral serait « limiter les impacts des changements climatiques sur le littoral et assurer la résilience de la frange côtière et de l’activité économique à long terme ». La trajectoire de résilience de la frange côtière face aux impacts du CC se fera selon deux périodes caractérisées des types d‘adaptation complémentaires : Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant d’ « Accorder la priorité aux zones côtières à vulnérabilité moyenne à très forte face à une ENM ». Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de maitriser les impacts du CC L’objectif étant de « Renforcer la capacité de résilience des zones côtières à vulnérabilité moyenne à faible face à une ENM ». Cette vision stratégique se décline en quatre orientations stratégiques, présentée dans la Figure 67. Figure 62 Vision stratégique de l’écosystème littoral et sa déclinaison en orientations stratégiques VISION STRATEGIQUE DU LITTORAL Limiter les impacts du CC sur la frange li orale et assurer la résilience de l’infrastructure et de l’ac vité économique à long terme ADAPTATION AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES ORIENTATION STRATEGIQUE 1 Améliorer l’état des connaissances sur le li�oral ORIENTATION STRATEGIQUE 2 Renforcer la capacité physique d’adapta�on du trait de côte ORIENTATION STRATEGIQUE 3 Préserver la biodiversité des écosystèmes li�oraux ORIENTATION STRATEGIQUE 4 Renforcer le disposi�f juridique par le concept CC *Un accent particulier est mis sur la réduction des inégalités sociales et de genre, notamment au regard des femmes et des jeunes 103 102 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Orientations stratégiques Sur la base des défis majeurs en relation avec l’ENM induite par le CC, quatre orientations sont considérées dans la stratégie de la résilience du littoral tunisien aux CC : Orientation 1 - mettre en place un dispositif de suivi et d’évaluation du littoral Avec un littoral continental étendu sur plus de 1300 Km, un système insulaire de plus de 50 îles et îlots et l’absence d’un système de surveillance continue, il serait nécessaire d’instaurer un réseau d’observation et de suivi de la mer. L’objectif étant de renforcer la connaissance marine et océanographique de notre littoral afin de concevoir des actions d’adaptation appropriées au littoral tunisien face à une ENM. Orientation 2 - renforcer la capacité physique d’adaptation du trait de cote Il s’agit de prendre en compte à la fois les effets de l’ENM dues aux CC et ceux de l’érosion des plages induite par les effets des tempêtes (houle, transports solides, etc.). Pour cela, il y a lieu de prévoir, pour le court terme, la protection des secteurs ayant déjà connu une érosion (à l’état actuel) et, pour le long terme, le maintien de l’état de stabilité des secteurs moins dégradés. Orientation 3 - préserver la biodiversité des écosystèmes littoraux La vision à ce niveau consiste à lutter contre la dégradation des écosystèmes par suite, d’une part, à leurs disparitions partielles et, d’autre part, au changement des propriétés biophysiques en particulier la température, la salinité et l’acidité de l’eau. Orientation 4 - renforcer le dispositif juridique par le concept cc Il s’agit de consolider le dispositif juridique actuel en intégrant de nouvelles réglementations prenant en compte les effets des changements Climatiques. Mesures d’adaptation OS 1 : Mettre en place un dispositif de suivi et d’évaluation du littoral Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Renforcer et innover le réseau de Objectif : Migrer vers une gestion durable du littoral surveillance du littoral. à travers la valorisation des nouvelles données du Mesure 1 : Cartographie de la frange littorale et du réseau de surveillance du littoral. trait de côte de la Tunisie. Mesure 1 : Intégrer la recherche scientifique et des Mesure 2 : Mise en place d’un réseau national de technologies innovantes de pointe nationale/ surveillance de la mer. internationale pour le suivi du littoral. Mesure 2 : Traiter, vulgariser, diffuser et partager l’information maritime à différents niveaux. OS 2 : Renforcer la capacité physique d’adaptation du trait de cote Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Protéger les secteurs menacés par Objectif : Préserver et conserver les secteurs côtiers l’érosion marine. stables et à paysages particuliers. Mesure 1 : Protéger les secteurs les plus dégradés Mesure 1 : Préserver, conserver et restaurer les par des moyens classiques. secteurs côtiers stables et à paysages particulier en Mesure 2 : Protéger les secteurs dégradés par utilisant des méthodes douces, innovantes et des moyens souples. adaptées au contexte du littoral. OS 3 : Preserver et restaurer les ecosystemes littoraux Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Adopter une approche Objectif : Changer de paradigme en instaurant une d’adaptation curative en accordant la priorité aux adaptation préventive des écosystèmes littoraux et écosystèmes littoraux fragiles. de leurs services écosystémiques. Mesure 1 : Restaurer les écosystèmes littoraux les Mesure 1 : Consolider de manière préventive le plus sensibles contre la pollution et la perte de patrimoine naturel des écosystèmes littoraux et biodiversité. valoriser leurs services écosystémiques. Mesure 2 : Actualiser et mettre en œuvre les plans Mesure 2 : Consolider la gestion des AMCP et des de gestion élaborés dans le cadre du grand projet zones humides littorales sensibles. de protection du golfe de Gabès. Mesure 3 : Elaborer les études techniques et de faisabilité des sites déjà identifiées au niveau national. OS 4 : Renforcer le dispositif juridique par le concept CC Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Intégrer les enjeux liés aux CC et à l’ENM Objectif : Innover le dispositif juridique actuel en dans la réglementation. intégrant de nouveaux concepts en relation avec l’ENM. Mesure 1 : Renforcer le dispositif juridique actuel Mesure 1 : Renforcer et innover le dispositif juridique en intégrant le concept ENM /CC dans la par une approche d’une gestion intégrée et réglementation. durable. Axe 5 : Maitriser les risques sanitaires liés aux CC et intégrer leur prise en charge dans le système sanitaire Rappel des grands défis d’adaptation L’augmentation de la température ainsi qu’une variabilité climatique plus marquée, entraineraient une perturbation des écosystèmes naturels et une exposition plus accrue aux phénomènes météorologiques extrêmes, avec des conséquences sanitaires divers et variées qui peuvent être résumées ainsi : n L’accroissement du nombre de décès et d’accidents dus aux phénomènes météorologiques extrêmes comme les vagues de chaleur et les inondations ; n L’accroissement des maladies infectieuses d’origine hydrique ou alimentaire du fait de la rareté de l’eau et du risque de contamination de celle–ci par différents facteurs ; n L’accroissement des maladies respiratoires et cardiaques du fait de la pollution de l’air ; n La modification de la répartition spatiale de certaines maladies infectieuses et vectorielles du fait de la répartition spatiale des vecteurs et des réservoirs de germes ; n L’émergence de nouvelles maladies infectieuses du fait de la modification des écosystèmes et de l’intensification des activités humaines et leur extension. Le CC menace la santé du tunisien à travers la recrudescence de certaines maladies climato sensibles conjuguée à l’émergence de nouvelles maladies. La vision de l’adaptation du secteur de santé se définit ainsi : « Les risques sanitaires liés aux CC sont maîtrisés et leur prise en charge par le système de santé est effective et efficace ». Une trajectoire de résilience et de gouvernance innovante a été conçue pour accompagner le secteur de la santé dans son changement de paradigme afin de faire face à ces nouveaux défis. 105 104 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Maitriser, contrôler et prendre en charge les maladies infectieuses d’origine hydrique et alimentaire, les maladies à transmission vectorielle, celles liées à la pollution atmosphérique ainsi que les risques sanitaires liés aux inondations. Quant aux maladies émergentes ou réémergences, elles seront surveillées et détectées à temps ». Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de maitriser les impacts du CC L’objectif étant « D’habiliter le système de la santé pour changer de paradigme en accordant la priorité à la prévention et à la surveillance des risques sanitaires liés aux CC à travers une meilleure organisation du travail au sein du ministère et des structures rattachées. De même, les structures de première ligne seront développées en vue de s’impliquées davantage dans la lutte contre les maladies climato-sensibles ». Cette trajectoire de résilience se décline en quatre orientations stratégiques, présentées dans la figure qui suit. Figure 63 Vision stratégique du secteur de la santé et sa déclinaison en orientations stratégiques VISION STRATEGIQUE DE LA SANTE Les risques sanitaires liés au CC sont maîtrisés et leur prise en charge par le système de santé est effec�ve et efficace ORIENTATION STRATEGIQUE 1 Renforcer la surveillance des maladies climato-sensibles et développer la capacité de détec�on précoce et d’alerte rapide des phénomènes à poten�el épidémique ADAPTATION AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES ORIENTATION STRATEGIQUE 3 Renforcer la collabora�on intersectorielle et promouvoir la recherche appliquée ORIENTATION STRATEGIQUE 2 Développer les capacités du système de santé et l’habiliter pour faire face aux risques sanitaires liés au CC *Un accent particulier est mis sur la réduction des inégalités sociales et de genre, notamment au regard des femmes et des jeunes Orientations stratégiques Sur la base des défis majeurs auxquels est confronté le secteur de la santé, les résultats de l’analyse de la vulnérabilité complétés par l’arbre à problèmes ainsi que l’analyse développée au niveau de l’arbre à solutions, l’adaptation du secteur de la santé et le renforcement de sa résilience face aux CC s’articule autour de trois orientations stratégiques principales, présentées ci-dessous. Orientation strategique 1 : renforcer la surveillance des maladies climato-sensibles et developper la capacite de detection precoce et d’alerte rapide des phenomenes a potentiel epidemique Le dispositif actuel de surveillance des maladies souffre de plusieurs insuffisances (peu performant, fragmenté et mal orienté). Il sera réformé, consolidé et orienté vers la détection précoce et l’alerte épidémique ainsi que le contrôle des maladies climato-sensibles. Les structures sanitaires, en particulier celles du premier niveau de soins, seront consolidées et impliquées d’avantage dans la surveillance de ces maladies. A l’horizon de 2050, les systèmes de surveillance et d’alerte précoce des maladies climato-sensibles et de détection précoce d’alerte épidémique seront hautement performants. Les structures sanitaires seront renforcées et habilitées à jouer un rôle plus actif dans la surveillance des maladies à potentiel épidémique ainsi que les maladies climato sensibles. Les dispositifs actuels d’alerte précoce des risques d’inondation, ceux de surveillance et d’alerte précoce de la qualité des eaux (agriculture, SONEDE) et ceux de la qualité de l’air (Environnement) seront renforcés et mis à niveau. Orientation strategique 2 : developper les capacites du systeme de sante et l’habiliter pour faire face aux risques sanitaires lies aux CC Le système de santé a perdu, au cours des dernières années, beaucoup de ces capacités et de sa performance. Il est également confronté à de nouveaux défis dont celui du CC. Pour pouvoir faire face aux conséquences sanitaires liées aux CC, il doit être renforcé et ses capacités développées. Il doit disposer de moyens matériels suffisants et de moyens humains compétents dans la gestion des risques sanitaires et dans la surveillance des maladies et des vecteurs. Il doit également être en mesure d’impliquer et d’intégrer davantage le secteur privé, en plein essor durant, et par suite à même jouer un rôle important dans la surveillance et la prise en charge des maladies climato-sensibles. A l’horizon de 2050, le système disposera des moyens humains et matériels appropriés pour migrer d’une gestion de crise à une gestion des risques sanitaires liés aux CC. Les structures de surveillance, de contrôle et d’actions seront renforcées, restructurées et réorganisées pour faire face aux effets du CC. Orientation strategique 3 : renforcer le role de la sante en matiere de leadership et de collaboration intersectorielle et promouvoir la recherche appliquée et l’innovation Les risques sanitaires liés aux CC ont une dimension multisectorielle et multidisciplinaire. La collaboration intersectorielle est capitale pour l’atténuation de ces risques et l’adaptation à leurs conséquences. Ainsi, des actions multisectorielles (le contrôle des aliments, de la qualité de l’eau et de l’air …) doivent être renforcées et institutionnalisées alors que les moyens et les compétences des différents secteurs seront mutualisés. Ainsi : i- le système de télémesure de la qualité de l’eau dans le grand Tunis devrait être étendu à d’autres régions, ii- le système d’alerte météorologique de l’INM et iii- le contrôle et la surveillance des vecteurs circulants doivent bénéficier de la mutualisation des moyens des services du MS, ceux du ministère de l’agriculture et des instituts de recherche. Pour cela le système de santé doit être renforcé pour assurer le rôle de leadership en matière de santé pour pouvoir renforcer la collaboration intersectorielle et initier des actions communes. A l’horizon 2050, le pays aura institutionnalisé la collaboration intersectorielle par des textes réglementaires et des procédures organisationnelles, et aura inclut automatiquement la composante santé dans tous les projets de développement. 107 106 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Mesures d’adaptation OS 1 : Renforcer la surveillance des maladies climato-sensibles et developper la capacite de detection precoce et d’alerte rapide des phenomenes a potentiel epidemique Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Les dispositifs actuels de surveillance des Objectif : Les systèmes de surveillance des maladies maladies climato-sensibles, de détection précoce climato-sensibles, de détection précoce et d’alerte et d’alerte épidémique sont réformés, consolidés épidémique seront hautement performants, et bâtis et plus opérationnels. sur la mise en commun des dispositifs intersectoriels. Mesure 1 : Accompagner l’observatoire national Mesure 1 : Habiliter les structures sanitaires à jouer des maladies nouvelles et émergentes (ONMNE) un rôle actif dans la surveillance des maladies dans le renforcement de son système d’information climato-sensibles d’épidémio-surveillance, de veille et d’alerte. Mesure 2 : Renforcer les dispositifs d’alerte précoce Mesure 2 : Consolider la surveillance entomologique météorologique et environnementale à l’échelle nationale. Mesure 3 : Mettre en place un système national Mesure 3 : Consolider la gestion des risques spécifique à la surveillance des maladies sanitaires en rapport avec le CC. climato-sensibles et d’alerte épidémique. OS 2 : Developper les capacites du systeme de sante et l’habiliter pour faire face aux risques sanitaires lies aux CC Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Disposer de moyens humains compétents Objectif : Le système de la santé change de et d’outils techniques appropriés dans la gestion des paradigme, à travers une migration d’une gestion de risques sanitaires liés aux CC et d’un système de crise à une gestion des risques sanitaires liés aux CC. santé bien préparé pour faire face à ces effets. Mesure 1 : Renforcer les compétences humaines Mesure 1 : Mettre en cohérence les plans et techniques du système de la santé. d’intervention communs aux différentes structures Mesure 2 : Consolider les plans de riposte aux intervenant dans la gestion des risques sanitaires maladies à potentiel épidémique Mesure 2 : Habiliter les circonscriptions sanitaires Mesure 3 : Mettre en place un Système d’Aide pour une implication plus effective dans la surveillance à la Décision (SAD) opérationnel. des maladies climato-sensibles Mesure 3 : Migrer d’une gestion centralisée à une gestion décentralisée du risque sanitaire lié aux CC. OS 3 : Renforcer le role de la sante en matiere de leadership et de collaboration intersectorille et promouvoir la recherche appliquée et l’innovation Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : La composante CC sera incluse dans Objectif : Institutionnaliser la collaboration tous les projets de développement et des actions intersectorielle par des textes réglementaires et des multisectorielles communes d’adaptation seront procédures organisationnelles. mises en place. Mesure 1 : Renforcer et institutionnaliser Mesure 1 : Renforcer la collaboration avec le Ministère l’ensemble des actions multisectorielles existantes. de l’agriculture et les communes en termes de Mesure 2 : Mettre en place des programmes surveillance des risques sanitaires d’origine hydrique. innovants en matière de recherche appliquée et Mesure 2 : Dynamiser l’action intersectorielle de lutte d’éducation/communication/information/ contre les risques sanitaires liés aux CC. sensibilisation. Axe 6 : Limiter les impacts du CC sur le tourisme balnéaire et transformer le modèle touristique de la Tunisie à travers une conversion progressive vers une nouvelle offre durable et inclusive Rappel des grands défis d’adaptation La stratégie nationale du tourisme tunisien considère le développement durable comme un axe transversal sans toutefois se focaliser sur le CC ni en termes d’impacts, ni encore en termes de stratégie d’adaptation. Aussi, il est primordial que la nouvelle vision pour le secteur place le CC au centre du processus décisionnel. Une telle démarche contribuera à renforcer la résilience du secteur face aux impacts du CC tout en conservant les autres axes stratégiques retenus. Figure 64 Vision stratégique du tourisme Tunisien VISION STRATEGIQUE DU TOURISME Limiter les impacts du CC sur le tourisme balnéaire et transformer le modèle touris que de la Tunisie à travers une conversion progressive vers une nouvelle offre durable et inclusive ORIENTATION STRATEGIQUE 1 Augmenter la résilience du tourisme balnéaire et assurer son développement inclusif Déclinée en 7 mesures ADAPTATION AU CHANGEMENTS CLIMATIQUES ORIENTATION STRATEGIQUE 3 Améliorer l’a�rac�vité des territoires avec un accès plus fluide aux femmes et jeunes entrepreneurs locaux Déclinée en 4 mesures ORIENTATION STRATEGIQUE 2 Maitriser l’usage des ressources en eau et en énergie Déclinée en 4 mesures *Un accent particulier est mis sur la réduction des inégalités sociales et de genre, notamment au regard des femmes et des jeunes La vision « climate safe » permet de relever les grands défis en relation avec la résilience du secteur face aux CC sur les deux échéances retenues. La pérennité du secteur dépend largement de la maîtrise des grands risques tels que l’élévation du niveau de mer (ENM), une fréquence accrue des phénomènes climatiques extrêmes, un usage optimal des ressources naturelles et la dégradation de l’attractivité des territoires. Ces aléas, dont la criticité varie selon le niveau de CC, requièrent une riposte progressive aux horizons de 2050. Ainsi, la trajectoire de résilience du secteur du tourisme face aux CC est basée sur deux périodes caractérisées par des formes d’adaptation complémentaires : 109 108 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Maitriser les impacts des changements climatiques sur le tourisme et maintenir les principaux attraits de l’offre avec une diversification progressive des produits tout en prenant en considération les principes de développement durable » Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de procéder à un changement de paradigme L’objectif étant de «Changer de paradigme en optant pour une transformation du modèle touristique de la Tunisie avec une conversion au niveau du balnéaire au profit d’une nouvelle offre durable et inclusive dans l’arrière-pays » Orientations stratégiques Sur la base des défis majeurs auxquels est confronté le secteur du tourisme, trois orientations stratégiques sont considérées : Orientation stratégique 1 : augmenter la resilience du tourisme balneaire Aux horizons 2050, le tourisme balnéaire demeurera le noyau de l’offre touristique tunisienne conjuguée à une diversification progressive à travers l’écotourisme, le tourisme saharien et le tourisme de santé. A cet effet, il est important d’inscrire le tourisme balnéaire dans une vision stratégique de durabilité prenant en considération les effets du CC dont les impacts sur l’activité sont préoccupants. Il s’agit notamment de l’érosion marine qui menace fortement les plages sablonneuses, les phénomènes météorologiques extrêmes qui causent des pertes importantes et perturbent souvent le rythme ordinaire de l’exploitation. Orientation stratégique 2 : maitriser l’usage des ressources en eau et en energie Le secteur du tourisme fait partie des secteurs les plus énergivores. Conjugué au stress hydrique caractérisant le contexte national et aux défis grandissants en matière de production d’énergie, il serait opportun, voire crucial, que le secteur du tourisme intègre cet axe dans sa stratégie d’adaptation. La réduction des charges d’exploitation des établissements de tourisme est d’ailleurs fortement dépendante de la maîtrise de la consommation d’énergie et d’eau. Un programme de sensibilisation permettra aux professionnels d’acquérir une culture de bonnes pratiques de consommation d’eau et d’énergie notamment en termes de recours aux énergies renouvelables et à la réutilisation des eaux usées traitées. Orientation stratégique 3 : ameliorer l’attractivite des territoires Il s’agit de revenir aux fondamentaux de la protection de l’environnement par une réduction de la pollution et la préservation de la beauté visuelle des villes et des sites touristiques. Le CC aura un impact sur l’attractivité de certains territoires et sites touristiques. Cela étant, il ne faudrait pas se contenter d’intervenir au sein des stations touristiques (via des programmes restreints) mais plutôt d’étendre le champ d’action pour s’inscrire dans une démarche territoriale. Outre la pollution, la biodiversité qui constitue également un capital important de l’offre touristique, est exposée aux aléas climatiques. En effet, l’existence d’une faune et d’une flore diversifiées et emblématiques est une valeur ajoutée indéniable qu’il y a lieu de préserver. Mesures d’adaptation OS 1 : Augmenter la résilience du tourisme balnéaire et assurer son développement inclusif Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Développer un tourisme balnéaire plus Objectif : Accompagner les acteurs actuels les plus résilient aux changements climatiques et qui répond vulnérables à la reconversion progressive de leurs aux objectifs de développement durable. projets de tourisme balnéaire en d’autres activités touristiques plus durables. Mesure 1 : Concevoir et mettre en œuvre un Mesure 1 : Mettre en œuvre un programme de nouveau programme de mise à niveau des reconversion progressive des établissements établissements touristiques basé sur l’innovation et hôteliers situés sur la première ligne littorale. la durabilité. Mesure 2 : Se doter d’une expertise plus poussée Mesure 2 : Mettre en place des programmes conjoints en termes de gestion durable des établissements interprofessions ou avec les agences spécialisées touristiques en termes de gestion environnementale couronné Mesure 3 : Revisiter le cadre juridique et institutionnel. par des programmes de certifications reconnues à l’échelle internationale. Mesure 3 : Mettre en place un observatoire dédié à l’identification, le traitement et le suivi des impacts causés par les changements climatiques en tenant compte d’une approche spécifique. Mesure 4 : Améliorer la compétitivité du secteur OS 2 : maitriser l’usage des ressources en eau et en énergie Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Atténuer les pressions exercées par le Objectif : Inciter et appuyer les acteurs du secteur à CC sur l’accès aux ressources naturelles et garantir investir lourdement dans des solutions une optimisation d’usage. d’approvisionnement durable en eau et en énergie renouvelable et opter pour des solutions technologiques efficientes et durables. Mesure 1 : Elaborer et mettre en œuvre un Mesure 1 : Construire des stations groupées de programme de gestion intégrée des ressources désalinisation de l’eau de mer entre plusieurs en eau dans les établissements touristiques. établissements hôteliers ou propres à chaque unité si Mesure 2 : Elaborer et mettre en œuvre des son budget le permet et profiter d’une telle opportunité programmes d’efficacité énergétique si les autorités locales optent pour cette solution. (bâtiments, exploitation,…). Mesure 2 : Verdir l’offre touristique en proposant des programmes de compensation CO2 avec co-bénéfices pour l’adaptation. OS 3 : Améliorer l’attractivité des territoires avec un acces plus fluide aux femmes et jeunes entrepreneurs locaux Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : La composante CC sera incluse dans Objectif : Institutionnaliser la collaboration tous les projets de développement et des actions intersectorielle par des textes réglementaires et des multisectorielles communes d’adaptation seront procédures organisationnelles. mises en place. Mesure 1 : Appuyer l’Agence Foncière Touristique Mesure 1 : Instaurer et mettre en œuvre un plan (AFT) en vue de créer de nouvelles de reconstitution et de reconversion des territoires «Zones Touristiques vertes». endommagés. Mesure 2 : Développer une nouvelle offre touristique plus diversifiée et plus inclusive qui intègre de nouvelles composantes et participe à la création d’une nouvelle image de marque de la destination. Mesure 3 : Atténuer la saisonnalité de l’offre. 111 110 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 6.3.2. Enjeux transversaux Les enjeux transversaux de la trajectoire de résilience aux CC se feront à travers les quatre axes suivants : Axe (transversal) 7 : Renforcer la gouvernance institutionnelle de l’adaptation, la sensibilisation et les capacités des acteurs à planifier et mettre en œuvre les actions d’adaptation aux CC Cet axe constitue la véritable colonne vertébrale de l’approche transversale de la trajectoire de résilience aux CC. Il vise à : i) renforcer les arrangements institutionnels pour intégrer les enjeux climatiques dans les politiques sectorielles Orientations stratégiques Pour la mise en œuvre de cette trajectoire de résilience, deux orientations stratégiques sont considérées: Orientation stratégique 1 : renforcer le cadre réglementaire et les arrangements institutionnels Les difficultés que rencontre la Tunisie dans la bonne gouvernance du pays en général rejaillissent sur la gouvernance de l’adaptation/résilience aux CC en particulier. La gouvernance climat actuelle éprouve des difficultés structurelles à faire émerger des politiques qui répondent aux enjeux. Les arrangements institutionnels restent encore trop cloisonnés et séparés des autres instances de gouvernance du pays notamment au niveau des secteurs les plus vulnérables aux CC (agriculture et ressources en eau, littoral, santé, etc.). A terme, il serait opportun de faire de la dimension climat et l’intégration de la composante résilience de la stratégie dans la Planification du développement national et local ; ii) sensibiliser, informer et renforcer les capacités nationales dans le domaine de l’adaptation aux CC des différents acteurs afin que les approches transversales d’adaptation incrémentale et transformative soient mieux intégrées dans les différents niveaux de planification et d’opérationnalisation des programmes intersectorielles nationaux. Pour cela, une trajectoire de résilience et de gouvernance innovante a été conçue pour accompagner la mise en œuvre de cet axe stratégique. une constante des politiques publiques et des arrangements institutionnels en Tunisie. Orientation stratégique 2 : sensibiliser et informer sur les approches communes et renforcer les capacités dans le domaine de l’adaptation incrémentale a l’adaptation transformationnelle Cette orientation est adaptée du plan de sensibilisation, d’information et de renforcement des capacités dans le domaine du CC60. Elle concerne l’élaboration d’actions de communication et d’information en s’appuyant sur une démarche privilégiant une approche de proximité, à la fois ciblée et participative. L’approche de proximité, où la communication directe constitue un élément saillant, (vs. Communication de masse) se traduisant notamment par des actions de communication qui permettent d’atteindre directement les publics cibles à Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Prendre en compte les enjeux climatiques dans les politiques publiques et les arrangements institutionnels pour la mise en œuvre de ces politiques à travers un renforcement des capacités et un programme de communication, de sensibilisation et de mobilisation des acteurs de l’adaptation » Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de procéder à un changement de paradigme L’objectif étant de « Valoriser les acquis réalisés sur le court à moyen termes (2021-2030) afin de changer de paradigme dans l’adaptation aux CC à travers la mise en place d’arrangements institutionnels appropriés pour une gouvernance climatique alignée aux objectifs de l’accord de Paris sur le climat» 60 MALE/PNUD. 2017 : Elaboration d’un plan de sensibilisation et d’information et d’un plan de renforcement des capacités dans le domaine du CC travers le dialogue, la communication orale, le partage des informations et des expériences, l’échange des savoirs et des techniques. L’approche ciblée devrait tenir compte tenu de l’hétérogénéité des groupes cibles et des manquements spécifiques à chaque cible. La mise en œuvre d’actions spécifiques sera privilégiée ainsi qu’une approche adaptée à chaque cible. Enfin l’approche participative devrait impliquée la mobilisation de plusieurs acteurs influents dans la lutte contre le CC. En parallèle, des actions de renforcement des capacités dans le domaine de l’adaptation incrémentale et transformationnelle devront être conçues de manière à assurer l’acculturation des décideurs et des acteurs dans l’intégration effective de l’adaptation dans les politiques et programmes de développement. Mesures d’adaptation OS 1 : Renforcer le cadre réglementaire et les arrangements institutionnels Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Prendre en compte les enjeux Objectif : Valoriser les acquis réalisés sur le court climatiques dans les politiques publiques et les à moyen termes (2021-2030) afin de changer de arrangements institutionnels pour la mise en œuvre paradigme dans l’adaptation aux CC à travers la mise de ces politiques. en place d’arrangements institutionnels appropriés pour une gouvernance climatique alignée aux objectifs de l’Accord de Paris sur le climat. Mesure 1 : Consolider le fonctionnement de Mesure 1 : Renforcer les arrangements institutionnels l’UGPO-CC. sur base de l’analyse des acquis Mesure 2 : Pérenniser l’action du Forum national Mesure 2 : Adopter un Pacte Vert avec le Citoyen. des acteurs de l’Adaptation aux CC (FNAACC). Mesure 3 : Adopter une Loi Climat. Mesure 4 : Intégrer les Stratégies climatiques (SNRCC, CDN, PNA) dans les Plans nationaux quinquennaux de développement économique et social. OS 2 : Sensibiliser et informer sur les approches communes et renforcer les capacites dans le domaine de l’adaptation incrementale a l’adaptation transformationnelle Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Renforcer les capacités, la communication et la sensibilisation à l’adaptation Mesure 1 : Mettre en œuvre, suivre et évaluer le Mesure 3 : Créer un département CC à la Cité des Plan de renforcement des capacités de tous les Sciences et un Musée virtuel climat 3D. acteurs du CC. Mesure 4 : Digitaliser les informations, outils Mesure 2 : Développer dans l’enseignement et messages en lien avec le CC. général les thèmes liés à l’adaptation, avec échanges d’expérience sur les aspects pratiques. Axe (transversal) 8 : Mobiliser les financements nécessaires pour l’adaptation Cet axe s’inscrit dans le cadre la mise en œuvre de l’article 2.1.c. de l’Accord de Paris à savoir : «Rendre les flux financiers compatibles avec un profil d’évolution vers un développement à faible émission de gaz à effet de serre et résilient aux changements climatiques». Compte tenu du retard constaté dans la mise en œuvre de la CDN, en partie lié aux financements limités, il est nécessaire d’une part, d’accélérer le financement des actions déjà identifiées dans la première CDN qui n’ont pas encore pu être réalisées et d’autre part, de développer des approches pour mobiliser de nouvelles sources de financement 113 112 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 additionnels (privées et domestiques) pour la mise en œuvre de la présente stratégie. Ces approches devront être mises en œuvre par les acteurs sectoriels ainsi que les autres acteurs concernés tels que : les banques tunisiennes ayant des contributions au développement, le Ministère de l’Investissement et de la Coopération Internationale, le Ministère des Finances et autres. Orientations stratégiques Sur la base des défis majeurs auxquels est confronté le financement du climat en Tunisie, deux orientations stratégiques sont considérées : Orientation stratégique 1 : Mobiliser les financements publics et privés Les acteurs du secteur public et les décideurs sont confrontés à de nombreux compromis lors de la planification et de la réalisation des investissements en matière d’adaptation/résilience aux CC : n Investir de manière limitée dans l’adaptation/ résilience et ainsi s’accommoder pour minimiser les conséquences du CC (option 1) ; n Ne rien faire («économiser les coûts d’adaptation»), et accepter de subir les conséquences du CC (option 2) ; n Identifier un niveau (et un type) d’efforts d’adaptation/résilience où le rapport des coûts des mesures d’adaptation sur les avantages est économiquement et socialement viables (option 3). Dans la perspective où les sources de financement dédiées à l’adaptation/résilience demeureront limitées associée à la complexité des procédures exigées par les bailleurs de fonds, cette orientation stratégique s’inscrit dans cette 3ème option qui vise à concevoir et à mettre en œuvre un financement de l’adaptation/résilience aux CC équilibré entre les avantages et les coûts Orientation stratégique 2 : Orienter les flux financiers domestiques vers le financement durable Cette orientation stratégique vise à mettre en place des mesures visant à aligner les flux financiers domestiques sur les objectifs climatiques y compris d’adaptation et de résilience (et pas seulement de réduction des émissions). Dans le cadre de sa politique budgétaire et de ses finances publiques, la Tunisie sera amenée à utiliser des recettes d’impôt, des dépenses et d’autres fonds publics pour encourager les activités qui contribuent aux objectifs de l’accord de Paris : i) en intégrant les besoins de financement de l’adaptation dans le cycle budgétaire (planification, mise en œuvre et suivi) ; ii) en utilisant des outils spécifiques pour lever des capitaux « verts » (obligations vertes notamment) et ; iii) en concentrant les financements sur la mise en œuvre coordonnée des actions à travers de mécanismes de financements multi-source et multi secteur (p ex. un Fonds National d’Adaptation et de Résilience). Période 2021-2030 : un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant d’ « Augmenter les financements publics et privés pout la résilience/adaptation notamment à travers la mise en place des mesures incitatives visant à aligner les flux financiers domestiques vers la finance durable » Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de procéder à un changement de paradigme L’objectif étant de «Valoriser les acquis réalisés sur le court à moyen termes (2021-2030) afin de changer de paradigme dans l’orientation des flux domestiques notamment à travers la mise en place d’un Fonds National d’Adaptation » Mesures d’adaptation OS 1 : Mobiliser les financements publics et prives Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Augmenter les financements publics Objectif : Valoriser les acquis réalisés sur le court à et privés dans la résilience/adaptation. moyen termes (2021-2030) afin de changer de paradigme dans le financement de l’adaptation à travers la mise en place d’un Fonds National d’Adaptation aligné aux objectifs de finance durable (Accord de Paris). Mesure 1 : Identifier le point d’équilibre entre Mesure 1 : Appuyer, renforcer et optimiser les avantages et les coûts de l’adaptation pour l’opérationnalité et le fonctionnel du Fonds National mieux définir les besoins de financement en d’Adaptation et de Résilience adaptation. Mesure 2 : Améliorer le climat des investissements pour attirer les investissements privés dans l’adaptation Mesure 3 : Fournir un soutien continu et ciblé pour améliorer la préparation des projets Mesure 4 : Mettre en place un mécanisme de Fonds National d’Adaptation et de Résilience pour appuyer les actions d’adaptation des acteurs nationaux et locaux, en particulier les collectivités locales. Mesure 5 : Développer un MNV (Mesurer - Notifier - Vérifier) financier. OS 2 : Orienter les flux financiers domestiques vers la finance climatique pour faire face aux risques liés aux CC Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Mettre en place des mesures incitatives Objectif : Valoriser les acquis réalisés sur le court à visant à aligner les flux financiers domestiques vers moyen termes (2021-2030) afin de changer de la finance durable paradigme dans l’orientation des flux domestiques Mesure 1 : Identifier des gisements de compensation Mesure 1 : Renforcer les mécanismes financiers carbone pour financer des mesures d’adaptation domestiques sur base de l’analyse des acquis. Mesure 2 : Intégrer les besoins en investissements d’adaptation dans le cycle budgétaire (planification, mise en œuvre et suivi) Mesure 3 : Assurer des flux financiers domestiques pour abonder le Fonds National d’Adaptation et de résilience avec les revenus propres du pays réinvesti dans ce Fonds Mesure 4 : Développer des outils spécifiques pourlever des capitaux « verts » (obligations vertes en particulier) Axe (transversal) 9 : Développer et diffuser la recherche et l’innovation en soutien à l’adaptation La recherche sur les impacts du CC ainsi que l’analyse de la vulnérabilité sont nécessaires pour une meilleure compréhension de ces impacts afin de minimiser les risques d’une mal-adaptation. De plus, la recherche et l’innovation représentent une véritable source d’adaptation qui pourra permettre de renforcer la résilience de la population tunisienne face aux CC. 115 114 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Consolider l’utilisation de l’information météorologique / climatique en vue d’optimiser la prise de décision en relation avec l’adaptation aux CC et développer et diffuser la recherche et l’innovation en soutien à l’adaptation » Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de procéder à un changement de paradigme L’objectif étant de « Valoriser les acquis réalisés sur le court à moyen termes (2021-2030) afin de changer de paradigme dans l’adaptation aux CC à travers la mise en place et l’utilisation de services climatiques appropriés ainsi que la mise à échelle des résultats de la recherche et les outils innovants en matière d’adaptation aux CC » Orientations stratégiques Sur la base de ces défis auxquels sont confronté la recherche scientifique et l’innovation, deux orientations stratégiques sont considérées : Orientation stratégique 1 : renforcer l’utilisation des donnees, des produits et des services climatiques au fin de l’adaptation Le portail climatique de l’INM (Climat-C, https:// climat-c.tn/INM/web/) met à la disposition de ses usagers ainsi que du grand public, des données61 relatives aux projections de CC sur la Tunisie à l’horizon 2100 avec une descente d’échelle de 5 km. L’utilisation de ces données pour évaluer les impacts du CC et analyser les vulnérabilités de manière scientifique constitue en soi un changement de paradigme par rapport aux analyses des vulnérabilités et aux évaluations des impacts qui sont actuellement réalisées sur la base d’une connaissance participative. Par ailleurs, l’approche adoptée pour renforcer les capacités de production et d’utilisation des services hydrométéorologiques/climatique repose également sur la consolidation des intrants à travers le renforcement de l’observation hydrométéorologique et la valorisation des acquis réalisés sur le court à moyen termes (2021-2030) afin de changer de paradigme dans l’adaptation aux CC à travers la mise en place et l’utilisation de services climatiques appropriés. Orientation stratégique 2 : developper et diffuser la recherche et l’innovation en soutien a l’adaptation La recherche et l’innovation représentent une véritable source d’adaptation permettant d’augmenter la durabilité et la résilience de la société tunisienne face aux CC. La transmission et la diffusion des résultats de la recherche sur ces enjeux est primordiale pour pouvoir effectuer une réelle transition à l’échelle nationale lorsqu’il s’agira de mettre en œuvre l’adaptation incrémentale. Cette orientation accordera également un intérêt particulier à l’innovation digitale dans les domaines de l’adaptation et à l’appui à l’innovation technologique dans les domaines de l’adaptation (Startups «ClimTECH») ainsi qu’au soutien des startups/technologies basées sur la nature à fort impact sur l’adaptation aux CC. Pour cela, il y a lieu de procéder à un diagnostic technologique au niveau national et identification (i) du potentiel d’innovation et (ii) des gaps technologiques d’innovation par rapport aux priorités nationales d’adaptation. 61 Les données sont présentées sous forme de graphiques. De même, il est également possible d’extraire des séries chronologiques, sur un site pilote, à une échelle et sur des horizons temporels jusqu’à 2100. Ces données sont accompagnées par une estimation de l’incertitude (minimum, quantile, 10 quantile 90,) au sein du jeu de 14 modèles traités par l’INM. Mesures d’adaptation OS 1 : Renforcer l’utilisation des données, produits et services climatiques aux fins de l’adaptation Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Consolider l’utilisation de l’information Objectif : Valoriser les acquis réalisés sur le court à météorologique / climatique en vue d’optimiser moyen termes (2021-2030) afin de changer de la prise de décision en relation avec l’adaptation aux paradigme dans l’adaptation aux CC à travers la mise Changements climatiques. en place et l’utilisation de services climatiques appropriés. Mesure 1 : Créer un cadre réglementaire approprié Mesure 1 : Mettre en place et opérationnaliser un pour un partage fluide de l’information en relation système d’alerte précoce (SAP) multirisques avec l’adaptation aux CC entre les partenaires. climatiques. Mesure 2 : Développer et mettre en application un Mesure 2 : Mettre en place et opérationnaliser une programme de services météorologiques/ plate-forme nationale de gestion des connaissances hydrologiques/climatiques aux fins de l’adaptation scientifiques dans le domaine de l’adaptation aux CC. aux CC. Mesure 3 : Mettre en place et exécuter un programme de renforcement des capacités de l’ensemble des secteurs vulnérables aux CC. OS 2 : Développer et diffuser la recherche et l’innovation en soutien à l’adaptation Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Développer et diffuser la recherche et Objectif : Mettre à échelle et généraliser les résultats l’innovation en soutien à l’adaptation. de la recherche et les outils innovants en matière d’adaptation aux CC. Mesure 1 : Développer un programme de recherche Mesure 1 : Valoriser les résultats du programme appliquée sur la modélisation des risques climatiques. de recherche à l’ensemble des secteurs concernés. Mesure 2 : Développer des applications basées Mesure 2 : Généraliser l’utilisation des outils de sur l’intelligence artificielle pour mettre en place des l’intelligence artificielle à l’ensemble des secteurs mesures d’adaptation aux CC. concernés. Mesure 3 : Mettre en place un programme Mesure 3 : Assurer la pérennité des start up Climat d’incubation et d’accompagnement à travers un cadre réglementaire approprié ainsi que notamment de Startup climat. des mesures incitatives. Axe (transversal) 10 : Réduire les inégalités territoriales et sociales induites par les changements climatiques et promouvoir un développement résilient, inclusif, juste et équitable Cet axe vise à réduire les inégalités territoriales en intégrant l’aménagement du territoire et les disparités sociales à travers une politique genre et en faveur d’un développement résilient, plus équitable (juste) et inclusif.Il s’agit d’assurer une justice socio-économique ainsi qu’une égalité des sexes dans la mise en œuvre de la SNBCRCC plus particulièrement en matière de résilience aux CC. Ce concept d’«Adaptation équitable» est aussi important que celui de la «Transition juste» développée dans le cadre des mesures d’atténuation des émissions de GES. La recherche de plus d’équité est fondamentale à intégrer dans un processus réussi de planification de l’adaptation à long terme (Horizon 2050) en incluant des mesures propres à l’aménagement du territoire et au genre. La trajectoire de résilience est définie comme suit : 117 116 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Période 2021-2030 : Un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC L’objectif étant de « Réduire les disparités territoriales en intégrant les risques du CC dans l’aménagement du territoire et les outils de planification ainsi que les disparités sociales en intégrant la dimension genre dans les mesures d’adaptation aux CC, en faisant évoluer les structures et les relations de pouvoir » Période 2031-2050 : Un scénario d’adaptation transformationnelle permettant de procéder à un changement de paradigme L’objectif étant de « Consolider et mettre à l’échelle l’ensemble des acquis en matière de réduction des disparités territoriales et sociales » Orientations stratégiques La prise en compte des inégalités territoriales et sociales induites par le CC et la promotion d’une approche genre sont développées à travers trois orientations stratégiques: Orientation stratégique 1 : Réduire les disparités territoriales en intégrant les risques des changements climatiques dans l’aménagement du territoire et dans ses outils de planification Mettre en place un cadre national d’adaptation aux CC avec une prise en compte de l’aménagement du territoire notamment à traves: i) des référentiels juridiques relatifs à l’aménagement du territoire, sensibles aux CC et ii) la sensibilisation des décideurs de l’aménagement du territoire aux risques climatiques et iii) la communication sur les mesures d’adaptation aux CC et leurs impacts sur le territoire. Quant à l’adaptation transformationnelle, elle reposera sur le renforcement des capacités des planificateurs nationaux et locaux dans l’intégration de l’adaptation aux impacts du CC dans les processus de planification. Intégrer les risques liés aux CC et la vulnérabilité dans les processus de planification territoriale. Les collectivités sont en première ligne face aux impacts du CC ainsi qu’aux risques climatiques, notamment hydrométéorologiques qui menacent les territoires. Aussi, il s’agit en premier lieu d’actualiser les TDR des études relatives à l’élaboration des PDL et des PAU en intégrant des questions relatives aux CC. Par la suite, l’actualisation des méthodes, la mise à disposition de boite d’outils méthodologiques, la formation des fonctionnaires municipaux chargés de la planification locale devront être renforcées. Enfin, la mise à disposition d’outils transformationnels tels que la « Charte du développement durable » et le « plan climat » (opérationnalisation de la Charte) compléteront cette intégration des risques climatiques. Intégrer les risques liés aux CC et les besoins d’adaptation dans les plans de développement local et les plans de planification urbaine : La principale mesure d’adaptation incrémentale vise avant tout à actualiser la démarche de la planification pour intégrer les CC. Cela passe concrètement par la mise en place d’une boite à outils méthodologique qui intègre les CC et l’AT pour la préparation et l’élaboration des plans quinquennaux. Quant aux mesures d’adaptation transformationnelle, elles consistent à : i) mettre en place un système de suivi-évaluation des impacts du CC en mettant à profit la création de l’ODT pour en faire une institution de référence pour le S-E des phénomènes liés aux CC ; et ii) définir un budget risque climatique dans la planification territoriale en définissant et introduisant de nouvelles dispositions dans les futurs règlements qui codifient la nouvelle loi organique sur le budget afin de fournir des orientations sur l’intégration des besoins d’adaptation dans les budgets sectoriels et locaux. Orientation stratégique 2 : mise en place d’un système urbain résilient et durable La Tunisie vient d’adopter récemment une nouvelle politique nationale de la ville. C’est un cadre idéal pour engager des actions transformationnelles susceptibles d’impacter les pratiques urbanistiques et les politiques d’adaptation des villes tunisiennes aux CC. Aussi, il s’agit de ; i) mettre en œuvre la politique nationale de la ville, en appuyant les approches des villes vertes, intelligentes et résilientes ; ii) proposer un pacte communal pour des villes résilientes et durables ; iii) appuyer l’offre des éco-quartiers et ; iv) améliorer l’empreinte écologique des villes. Orientation stratégique 3 : réduire les disparités sociales en intégrant la dimension genre dans les mesures d’adaptation aux cc, en faisant évoluer les structures et les relations de pouvoir Cet axe concerne l’intégration d’une approche transformationnelle du genre à tous les niveaux. Il propose en premier lieu une vision spécifique transformationnelle en faveur de la transformation des normes liées au genre, capable de permettre aux hommes et aux femmes d’endosser des nouveaux rôles et de travailler mutuellement pour faire face aux défis climatiques. Ainsi, selon la théorie de l’effet boule de neige, toutes les orientations stratégiques et mesures d’adaptation de cette stratégie suivront la même méthodologie à savoir : dépasser le seul cadre de l’adaptation sensible au genre, en premier lieu, pour progresser vers des mesures incluant plus d’égalité et d’empowerment des hommes et des femmes en s’attaquant aux causes premières, immédiates et sous-jacentes des inégalités et visant à remettre en cause et à transformer les relations entre les sexes et les structures de pouvoirs déséquilibrées. En effet, il ne suffit pas seulement d’avoir la capacité d’adaptation de la personne vulnérable pour s’impliquer dans la mise en œuvre de mesures d’adaptation climatique mais il faut aussi faire évoluer les barrières structurelles (les lois, les politiques, les pratiques institutionnelles) et les relations de pouvoirs asymétriques que ce se soit au sein du ménage et/ ou dans la communauté et ce afin de permettre aux hommes et aux femmes d’avoir de nouveaux rôles et de s’engager mutuellement et non en tant qu’individus opposés, en mettant les connaissances de chacun et de chacune dans la promotion des solutions d’adaptation aux changements climatiques. Mesures d’adaptation OS 1 : Réduire les disparités territoriales en intégrant les risques des changements climatiques dans l’aménagement du territoire et dans ses outils de planification Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle L’objectif étant « La mise en place d’un cadre L’objectif étant « L’intégration dans les processus de national d’adaptation aux CC, avec un éclairage AT » planification territoriale de la dimension CC » Mesure 1 : Des référentiels juridiques relatifs à Mesure 1 : Renforcement des capacités des planificateurs l’aménagement du territoire, sensibles aux CC. nationaux et locaux sur l’intégration de l’adaptation aux Mesure 2 : Sensibilisation des décideurs de impacts du CC dans les processus de planification l’aménagement du territoire aux risques climatiques Mesure 2 : Mettre en place un système de Mesure 3 : Actualiser la démarche de la planification suivi-évaluation des impacts du CC pour intégrer les CC Mesure 3 : Prise en compte d’un budget risque climatique dans la planification territoriale : 119 118 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 OS 2 : Mise en place d’un système urbain résilient et durable Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle L’objectif étant « L’intégration dans les plans locaux de L’objectif étant « de mettre en place un développement planification urbaine des problématiques liées aux CC » urbain résilient Mesure 1 : Actualisation des TDR des études Mesure 1 : Adaptation de la démarche de planification relatives à l’élaboration des PAU locale et participative pour intégrer les aspects liés Mesure 2 : Mettre en œuvre la politique nationale aux CC de la ville Mesure 2 : Mise en place d’outils de référence en Mesure 3 : Proposition d’un pacte communal pour matière de CC des villes résilientes et durables Mesure 3 : Intégration des citoyens et de la société civile dans les actions ciblant l’adaptation aux CC Mesure 4 : Appuyer l’offre des écoquartiers. Mesure 5 : Améliorer l’empreinte écologique des villes OS 3 : Réduire les disparités sociales en intégrant la dimension genre dans les mesures d’adaptation aux cc, en faisant évoluer les structures et les relations de pouvoir Période 2021-2030 : Adaptation incrémentale Période 2031-2050 : Adaptation transformationnelle Objectif : Renforcer la capacité d’agir des hommes et femmes avec leur diversité sociale à s’adapter d’une matière équitable dans la lutte contre le CC et faire évoluer les structures et les relations de pouvoirs Mesure 1 : Former l’estime de soi et les aspirations des femmes et hommes avec leur diversités sociales (Age, la région, le revenu, la race, le statut migratoire, l’appartenance et autres facteurs) avec un accent particulier mis sur les femmes (sphère informelle) Mesure 2 : Développer les compétences, les connaissances et les capacités des femmes et des hommes avec leur diversité sociale (sphère formelle) Mesure 3 : Faire des hommes avec leurs diversités sociales les acteurs du changement de la condition des femmes dans la lutte contre le CC (sphère informelle) Mesure 4 : Développer l’appartenance des femmes et hommes avec leurs diversités sociales à la dynamique de groupes communautaire et à l’activisme (sphère formelle) Mesure 5 : Faire évoluer les barrières structurelles (lois, politiques, normes, pratiques institutionnelles) 6.4. Présentation succincte du plan d’action Pour la mise en œuvre de cette trajectoire de résilience aux CC, un plan d’action détaillé a été élaboré. Ce plan est disponible en version complète dans le document de SNRCC. Celui-ci a été partagé, discuté et validé par les parties prenantes tunisiennes au cours de rencontres ciblées ainsi que de deux ateliers en présentiel en Juin et Décembre 2021.Une présentation succincte de ce plan d’action est présentée ici. 6.4.1. Structure du plan d’action Le plan d’action de la trajectoire de résilience aux CC est structuré de la manière suivante : n Chaque Orientation stratégique est développé par un objectif pour la période d’adaptation incrémentale (2021-2030) et un autre pour l’adaptation transformative (2031-2050) ; n Pour chaque objectif, des mesures d’adaptation/ résilience aux CC sont proposées ; De même, chaque mesure d’adaptation/résilience aux CC est décrite de manière exhaustive et sa mise en œuvre est définie à partir des éléments suivants ; n Le porteur de la mesure ; n Les partenaires de mise en œuvre ; n L’échéance de mise en œuvre ; n Le Coût prévisionnel (en millions de dinars) ; n Le financement national attendu (en millions de dinars) ; n Un et/ou des Indicateurs de réalisation pour chaque mesure ; n La valeur cible de l’indicateur de réalisation à 2030 ; n La valeur cible de l’indicateur de réalisation à 2050. Une dernière colonne précise les modalités de mise en œuvre chaque mesure ainsi que le calcul et le suivi des indicateurs de réalisation au niveau de chaque action. Des indicateurs de résilience, au niveau des objectifs sectoriels ont également identifiés et sont présentés ci-après. 6.4.2. Indicateurs de résilience à l’horizon 2050 Le concept de résilience aux CC est relativement nouveau. A ce nouveau concept est associé un nouveau type d’indicateur appelé «indicateurs de résilience climatique62 ». Il vise à fournir un aperçu rapide du niveau de résilience climatique d’un pays, d’un secteur d’activité, voire d’une activité transversale en utilisant et en combinant des informations déjà existantes et des données accessibles notamment des bases de données mondiales63. Pour cela, un ensemble d’indicateurs de résilience, susceptibles d’assurer le suivi de la mise en œuvre des axes stratégiques, ont été proposés. Dans le cadre de la mise en œuvre de la SNBC&RCC, un travail supplémentaire est nécessaire pour mettre en place ces indicateurs en termes de : i- choix de l’indicateur le plus pertinent et de la cible à atteindre, ii- collecte des données nécessaires pour le calcul de l’état initial, iii- suivi régulier de l’évolution de l’indicateur. S’agissant des indicateurs de résilience, une première liste d’indicateurs est présentée dans le tableau qui suit : Axe Indicateurs de résilience provisoires Axe 1 : Agriculture, 1. Les plans, programmes et projets de développement de l’agriculture, elevages de l’élevage, de gestion des ressources naturelles et de conservation des sols et ecosystemes qui prennent en compte l’adaptation aux CC. 2. Les systèmes de production agricoles et leurs composantes sont digitalisés, le processus de Suivi/évaluation de l’adaptation est automatisé et la transparence de la contribution du secteur agricole à ‘effort national est amélioré. 3. Taux de petits et moyens agriculteurs/éleveurs/pêcheurs assurés contre les effets des phénomènes extrêmes (sécheresses, inondations, ...). Axe 2 : peche 1. Part des productions (produits de la mer) issus de la pêche et de l’aquaculture et aquaculture à la sécurité alimentaire de la population- (ODD2). 2. Part (%) des espèces exotiques (crabe bleu + crevette blanche,...) sur le total des pêches maritimes dans le golfe de gabes - (odd14). Axe 3 : Eau 1. % de la demande en eau pour l’irrigation satisfaite par l’offre existante sans pression additionnelle sur les ressources. 2. % de la population desservie par l’eau potable en milieu rural. Axe 4 : Littoral 1. Pourcentage du linéaire des plages en état d’érosion et de dégradation Axe 5 : Santé 1. Pourcentage de détection et prise en charge des problèmes liés aux CC. 2. Charge de morbidité Axe 6 : Tourisme 1. Améliorer la compétitivité touristique de la destination (World Economic Forum) Axe (transversal) 7 : 1. Index d’efficacité de la gouvernance climatique = (Niveau d’engagement Gouvernance politique) x (Capacité des institutions à intégrer les enjeux du changement climatique) 62 https : //www.adaptationcommunity.net/download/me/national-level-me(2)/giz2014-en-assessing-resilience-discussion-paper.pdf 63 Base de données de la BM : Indicateurs de développement dans le monde, la base de données FAOSTAT de la FAO. 121 120 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Axe Indicateurs de résilience provisoires Axe (transversal) 8 : 1. Part en % des besoins de financement couverts = (montant total des besoins Finances engages / montant total des besoins de financement estimés). 2. Part en % du budget national = (montant des financements couverts par le budget national / montant total des financements engagés). 3. Part en % des financements de sources privées (Obligations vertes, Banques, Microfinance, Assurances … etc.). Axe (transversal) 9 : 1. Degré d’innovations (%) = (Nombre de projets innovants exprimé en unité R&I monétaire) / (total des projets à Co-bénéfices climat/adaptation exprimé en unité monétaire) Axe (transversal) 10 : 1. La part des chocs climatiques dans l’évolution des PIB régionaux (Sources INS). Inégalités 2. La part en % des migrations internes (entre gouvernorats) due aux chocs climatiques. 3. Coûts des dommages des infrastructures et des équipements urbains dus aux catastrophes climatiques. 4. Participation paritaire des femmes et des hommes au niveau des structures consultatives et de décision nationales, internationales, locales et régionales liées au climat. Un Cadre de Transparence Renforcé (CTR), en cours de mise en place par l’UGPO Changements climatiques relevant du Ministère de l’Environnement, appuiera et facilitera le travail de finalisation et de suivi de ces indicateurs grâce notamment à la création de bases techniques, logistiques et réglementaires et d’une collaboration durable entre les secteurs en vue d’assurer la circulation de l’information et l’intégration des indicateurs de la composante résilience de la stratégie notamment au niveau des CTR sectoriels. 123 122 7.1. Introduction Les interdépendances et synergies entre les politiques respectives d’adaptation et d’atténuation des GES sont nombreuses et de diverses natures, et doivent donc être traitées de manière cohérente et coordonnée sinon de manière totalement intégrée. Elles sont particulièrement fortes pour le secteur essentiel de l’agriculture et des écosystèmes ; avec les enjeux vitaux de l’alimentation, ainsi que pour les secteurs de l’eau et de l’énergie.64 Dans cette évaluation, les synergies possibles et opportunités présentant un intérêt particulier pour la Tunisie ont été identifiées et ont pu donner un premier aperçu des options interdépendantes existantes ou potentielles que ce soit au niveau politique, administratif ou technique. La Tunisie présente plusieurs interdépendances sectorielles et critiques liées à la non-disponibilité des ressources cultivables, ainsi qu’aux limitations des ressources en eau, et à celles des ressources énergétiques. On s’intéressera ci-après plus particulièrement aux interdépendances entre les politiques respectives d’adaptation et d’atténuation des GES, et sur la manière de s’assurer qu’elles sont complémentaires et surtout menées de manière cohérente. A ce titre on peut relever des interdépendances sur les objectifs, d’une part, et sur les stratégies et mesures d’autre part. 7.2. Interdépendances des objectifs SNBC et SNRCC Il n’est plus de développement possible sans anticiper les dangers climatiques, et se préparer à s’en prémunir. C’est donc seulement en planifiant le renforcement de ses capacités de résilience qu’on peut parler de développement, et à fortiori, de développement bas-carbone. Les deux politiques 7. INTERDÉPENDANCES ET SYNERGIES ENTRE SNBC ET SNRCC d’adaptation et d’atténuation des GES sont donc indissociables, et doivent être menées en parallèle et de manière complémentaires. Elles représentent les deux piliers -ou les deux faces d’une même pièce de toute politique de lutte contre les changements climatiques. Au moins cinq objectifs essentiels imposent la nécessaire synergie entre les deux politiques : n Les deux composantes transition bas-carbone et résilience aux CC de la stratégie, imposent un changement du modèle de développement, comme déjà préconisé dans la CDN actualisée d’octobre 2021. La transition bas-carbone s’appuie sur un changement fondamental des pratiques de production et de consommation ; les pratiques anciennes productivistes ayant démontré leur incompatibilité par rapport à la durabilité du développement, et aux objectifs de l’Accord de Paris. D’un autre côté, la vulnérabilité exacerbée des systèmes humains et naturels aux effets du CC rend les modèles de développement actuels caduques, et incapables de survivre sans de grands efforts d’adaptation étalés sur le long terme. n Les deux stratégies requièrent de l’anticipation ainsi qu’une vision climatique structurée et véritablement intégrée dans les politiques actuelles et futures, les programmes et activités, et à tous les niveaux (national, régional et sectoriel). n Les deux stratégies nécessitent la mise en œuvre de nouvelles approches d’intervention sur le terrain ; avec une réelle participation et inclusion de tous les acteurs, et un accent particulier sur les catégories fragiles (les femmes, les jeunes, les régions défavorisées, etc.). C’est uniquement avec de telles approches que l’on peut assurer la réussite de ces deux stratégies. n Les deux stratégies doivent tirer profit des appuis internationaux et de la coopération internationale en général, qui réduisent les temps d’apprentissage et, grâce au financement climat, 64 Ces synergies ont particulièrement été mises en exergue au travers de l’étude « Evaluation Nexus - Interdépendances des secteurs de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation en Tunisie », publiée en septembre 2019 et portée par le Programme de Dialogue Nexus dans la Région MENA (NRD), en coopération avec la ligue Arabe.GIZ - 2019. 125 124 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 permettent une cadence accélérée face à des risques climatiques avérés et déjà impactant, ainsi qu’une dynamique de transition bas-carbone déjà en marche. n Les deux stratégies misent sur l’innovation technologique, et peuvent profiter de la position géographique de la Tunisie en s’arrimant aux trajectoires technologiques les plus avancées, en se positionnant sur les créneaux de croissance du futur que propose la transition bas-carbone, mais aussi en profitant de l’avancée des connaissances dans le domaine de l’adaptation au sein de la région Afrique du nord et Méditerranée dotée de multiples possibilités de résilience. 7.3. Interdépendances dans le domaine de l’agriculture et des écosystèmes Le secteur AFAT est un secteur essentiel dans la politique d’atténuation des GES préconisée dans le cadre de la CDN, et plus encore dans la SNBC car secteur pilier de l’objectif de neutralité. Le scénario BaC du secteur AFAT considère des interventions volontaristes selon des approches-paysages intégrées, combinant paysages agricoles, forestiers et parcours, et mettant l’accent sur : n La rationalisation de l’utilisation des terres cultivées moyennant la restauration des agrosystèmes dégradés, et gestion durable des forêts et parcours et restauration des paysages forestiers et pastoraux dégradés ; n Des interventions thématiques ciblées ; n La Valorisation des synergies entre les trois conventions climat-biodiversité et désertification ; notamment en soutenant la mise en place de systèmes de paiement pour les services environnementaux/écosystémiques. C’est avec le secteur AFAT qu’il existe le plus d’interdépendances entre la stratégie d’atténuation et la stratégie d’adaptation de la SNBC&RCC. Ce fait s’explique par l’importance (et en même temps la vulnérabilité) des ressources naturelles terrestres (Terres, eaux, végétation /biodiversité) dont l’utilisation en tant que supports d’absorption contribue à une meilleure résilience et vice versa. Pour l’AFAT, atténuation et adaptation sont les deux faces d’une même pièce. 7.3.1. Rationalisation de l’utilisation des terres cultivées et gestion durable des forêts et parcours Il est utile de rappeler que le secteur de l’AFAT dans sa globalité est absorbeur net de carbone en Tunisie depuis bien longtemps. Grâce à une politique combinant protection des écosystèmes et promotion de l’arboriculture, les capacités de séquestration dépassent dont largement les émissions du secteur. Même si dans un scénario tendanciel (BaU) ce statut d’absorbeur net du secteur de l’AFAT devrait se poursuivre pour la période 2021-2050, ce statut pourrait s’inverser en raison des impacts des changements climatiques sur les sols, les écosystèmes et sur l’eau. Rationalisation de l’utilisation des terres cultivées moyennant la restauration des agrosystèmes dégradés Grâce à une approche transformationnelle territorialisée, l’agriculture et plus généralement l’utilisation des terres, seront les piliers essentiels de la transition bas-carbone et de l’atteinte des objectifs de la CDN en 2030, et prépareront la trajectoire menant vers la neutralité carbone visée pour l’horizon 2050. En effet, les options d’atténuation ont été conçues d’une manière territorialisée en fonction des principales régions naturelles du pays en se basant sur les données disponibles relatives aux niveaux de dégradation et d’érosion des terres 65 dans les régions nord et du centre de la Tunisie. Cette approche très ciblée tient compte du contexte climatique et des niveaux de dégradation, lesquels font eux-mêmes appel à des approches spécifiques en matière d’adaptation et de résilience. Ces options qui ont pris en considération l’utilisation actuelle des terres, agencent un certain nombre 65 Les données disponibles distinguent 3 niveaux de dégradation/érosion : (i) très affectées, (ii) moyennement affectées et (iii) peu affectées et ce, pour les régions du nord-ouest, du nord-est, du centre-ouest et du centre-est. 66 PROGRAMME DE DEFINITION DES CIBLES DE NEUTRALITE EN MATIERE DE DEGRADATION DES TERRES EN TUNISIE. Juillet 2021. MALE, Mécanisme Mondial 2021. d’actions et de pratiques de gestion durable des terres et des forêts, combinées ou non à des aménagements de conservation des eaux et du sol (CES). Elles doivent donc être fatalement menées en parallèle et en cohérence avec les mesures d’adaptation. D’un autre côté, la composante résilience de la stratégie vise, sur le long terme (2021-2050), à limiter les impacts des changements climatiques et préserver les agrosystèmes et écosystèmes naturels, tout en poursuivant la même cadence de développement -en termes de performances-. Dans la composante résilience de la stratégie, l’un des points essentiels est le changement des modes de gouvernance des ressources naturelles afin de protéger la terre et offrir des opportunités d’emploi et de revenus pour ses acteurs. C’est aussi exactement les mêmes préconisations de la stratégie bas carbone, qui mise sur une revalorisation de l’espace rural et de ses activités, à la faveur d’une politique portée sur la création de valeurs et d’emplois, pour mettre en œuvre les mesures ambitieuses de rationalisation de l’utilisation des terres et la restauration des agrosystèmes dégradés. De même, la composante résilience de la stratégie confirme dans ses axes stratégiques la nécessité d’œuvrer en faveur de la neutralité en matière de dégradation des terres (NDT), et reprend les cibles fixées par le rapport du PAN-LCD 2018-2030 et celui en cours de publication par le MALE et le Mécanisme Mondial-CNULCD66. Ces cibles d’atteinte de la NDT à horizon 2030, regroupent environ 1,6 million d’hectares de terres déjà classées comme étant dégradées et environ 0,4 millions d’hectares, où la dégradation est amorcée par suite du changement de leur affectation. A ces deux millions d’hectares nécessitant des interventions directes d’ici 2030, il faut ajouter d’autres terres qui semblent être dans un état acceptable voire non dégradé mais qui nécessitent des actions d’évitement pour pallier aux risques de dégradation potentiels. En croisant les données, les interventions proposées par le scénario bas-carbone et ciblant les zones dégradées, devraient couvrir « seulement » 850.000 hectares ; soit largement en deçà de ce qui est nécessaire pour arrêter un tant soit peu le processus de dégradation. Plus globalement, la totalité de l’intervention prévue par la CDN sur le secteur AFAT ne couvrirait que 750.000 hectares d’ici 2030 et 4,3 millions d’hectares d’ici 2050, étant donné les contraintes liées aux ressources et modalités d’intervention. Il est clair donc que l’effort sur la partie atténuation est très largement en dessous de ce qui serait exigé pour le volet adaptation de la SNBC&RCC. Si celle-ci pouvait mobiliser les ressources et les programmes pour couvrir sa cible ; alors cela améliorerait significativement le bilan carbone et rehausserait d’autant les ambitions carbone de la composante transition bas-carbone de la stratégie. En ce qui concerne l’Arboriculture, qu’elle soit oliveraies ou fruitières, le rythme des plantations classiques évoluerait à un rythme tendanciel lent étant donné les limitations d’espace. Par contre la stratégie d’atténuation préconise l’intégration de l’arbre dans le paysage: Arboriculture rustique (olivier, amandier, figuier, cerisier, etc.), associée à des cultures intercalaires annuelles/pérennes selon les zones. Le volet résilience de la stratégie, met lui, l’accent surtout sur l’oléiculture durable au moyen de l’augmentation des plantations dans les zones les plus favorables, et une meilleure adaptation à la sécheresse par la mise en œuvre des meilleures pratiques culturales (variétés adaptées, raisonnement de la fertilisation, pilotage des irrigations etc.). Les deux stratégies sont donc assez cohérentes, et devront nécessairement être menées de concert afin de maximiser les synergies. Gestion durable des forêts et parcours et restauration des paysages forestiers et pastoraux dégradés En matière de gestion durable des forêts et parcours et restauration des paysages forestiers et pastoraux dégradés, la composante transition bas-carbone de la stratégie couvre : 127 126 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 n 1,3 millions d’hectares de forêts d’ici 2050, regroupant : (i) la restauration des forêts dégradées moyennant l’élaboration et la mise en œuvre de programmes de reboisement diversifié (non classique) et de reconstitution des peuplements forestiers d’origine, avec un accent particulier sur la valorisation des Produits Forestiers Non Ligneux (PFNL), (ii) l’élaboration et mise en œuvre de projets d’aménagement intégré et participatif des forêts axés sur la valorisation des ressources forestières au bénéfice du développement socio-économique des populations forestières, et (iii) L’élaboration et/ou actualisation et mise en œuvre de plans d’aménagement des forêts de production en régie. n Egalement 1,3 millions d’hectares de Parcours, nappes alfatières et sebkhas d’ici 2050. De son côté, la composante résilience de la stratégie préconise, selon presque les mêmes termes que la stratégie d’atténuation, l’actualisation et la modernisation des modes de planification, gestion et valorisation des espaces et ressources naturelles et l’association des populations locales dans leur gestion. Elle devrait couvrir plus de 200.000 hectares de forêts, 300.000 hectares de nappes alfatières et 1 million d’hectares de parcours. C’est très largement au-dessus des objectifs ciblés par la stratégie d’atténuation, car vitaux pour la survie des écosystèmes et pour éviter l’irréversibilité du processus de dégradation. Là aussi, si la stratégie d’adaptation pouvait mobiliser les ressources et les programmes pour couvrir la totalité de la cible précitée ; alors cela améliorerait significativement le bilan carbone et rehausserait d’autant les ambitions carbone de la CDN. Incendies de forêts Les incendies de forêts ont enregistré une hausse régulière depuis 2011, augmentant la moyenne annuelle sur la décennie à 6000 ha touchés par les feux. Un pic exceptionnel a même été atteint en 2021, avec environ 25.000 ha de feux de forêts. Il s’agit là, d’un des phénomènes les plus impressionnants que provoquent désormais les pics de chaleur ; une des manifestations les plus importantes des changements climatiques. Il est clair que là aussi, une politique de résilience sera essentielle pour la sauvegarde de la forêt, au risque, sinon de perdre tout le patrimoine forestier. Le scénario bas-carbone se propose, lui, de revenir à des niveaux plus « acceptables » ; soit environ 450 hectares par an, qui était le niveau moyen constaté avant 2010. Dans cette optique, les mesures préventives (choix des espèces, modes d’aménagement, de gestion et d’exploitation, etc.), qui sont plutôt du domaine de la résilience, seront essentielles, à côté évidemment des mesures d’intervention directe sur les lieux des incendies. Sur le plan budgétaire, quoiqu’il s’agisse des mêmes ordres de grandeur, la composante résilience de la stratégie a globalement préconisé la mobilisation de plus de ressources en vue d’améliorer les systèmes de surveillance, d‘alertes et de protection des forêts contre toutes formes de risques climatiques (incendies, maladies nouvelles, etc.), notamment en équipant les centres régionaux de protection des forêts, en formant le personnel, en entretenant les tranchées pare-feu, en dotant les gardiens d’équipements modernes d’observation et de transmission, etc. 7.3.2. Interventions thématiques ciblées Cheptel Effectif décroissant depuis 2010 en raison de circonstances exceptionnelles, la Tunisie ne peut pas se permettre une poursuite de la trajectoire baissière, au risque d’être confrontée à une perte totale d’autonomie en matière de produits carnés face à une demande en protéines encore loin d’être satisfaite. La reprise de croissance du cheptel, dans le court terme, devra cependant se faire dans un contexte de changement inévitable des régimes alimentaires en vue de réduire les émissions entériques, mais aussi et surtout d’amélioration de la productivité. L’amélioration de la productivité du cheptel impactera à la baisse les émissions de GES ; car synonyme de baisse de la taille du cheptel, et donc contribuera à la transition bas carbone, mais il sera surtout indispensable en raison des multiples pressions que subira le cheptel par rapport à ses ressources alimentaires et en eau qui seront forcément affectées par les nouvelles donnes imposées par les impacts des changements climatiques. L’amélioration de la productivité et des régimes alimentaires à des fins d’atténuation des GES devra donc aller de pair avec les choix des espèces et des races, les modes d’élevage, et les arbitrages agriculture-élevage sur les parcours et terres agricoles imposés par la nécessaire résilience aux impacts des changements climatiques. Utilisation des engrais synthétiques et organiques: Partant de l’année de référence 2015, l’utilisation des engrais synthétiques resterait relativement stable durant les décennies à venir, du fait de la stabilité déjà depuis plusieurs décennies- des terres arables utilisées par l’agriculture, et plus particulièrement par les grandes cultures, les principales activités utilisant les engrais synthétiques. L’optimisation de l’utilisation des engrais prévue dans le scénario bas-carbone devra cependant tenir compte de la pression qui va s’exercer sur les agriculteurs qui auront tendance à vouloir utiliser plus d’intrants synthétiques pour compenser les baisses prévisibles de productivité imputables aux effets de changements climatiques. C’est donc en parfaite cohérence avec les mesures de résilience qui sont proposées dans la stratégie de résilience que l’optimisation de l’utilisation des engrais synthétiques devra se faire. Augmentation de la part des légumineuses alimentaires et fourragères dans les assolements sur les terres céréalières Les deux stratégies d’atténuation et de résilience prévoient cette action fondamentale de réintégration des apports nutritifs aux sols, et donc pour la remise en état des terres. Elles se proposent de couvrir environ 180.000 hectares d’ici 2036 ; et de rester stable à ce niveau jusqu’en 2050. Cette ambition, placée au départ à un niveau plus élevé pour la résilience (soit 270.000 ha), a été ensuite révisée à la baisse compte tenu des fortes réductions appliquées au budget national.67 Si toutefois les disponibilités financières venaient à s’améliorer pendant la période assignée à la composante résilience de la stratégie, l’objectif ambitieux des 270.000 ha serait alors de nouveau visé ce qui bonifierait d’autant les impacts GES qui devraient être portés au crédit de la stratégie d’atténuation. Renforcer l’autonomisation économique et sociale des acteurs du milieu rural Face à la variabilité croissante des revenus issus de l’agriculture du fait des impacts des changements climatiques, la composante résilience de la stratégie valorise à leur juste valeur les enjeux économiques et sociaux relatifs aux conditions de vie et moyens de subsistance des agriculteurs les plus vulnérables, en assurant une meilleure valorisation des productions et un appui pour une économie locale inclusive, prenant en compte les groupes vulnérables (femmes, jeunes, populations pauvres, etc.), à même d’assurer l’autonomisation économique et sociale de ces populations, et donc de maintenir les équilibres démographiques et économiques entre milieux et entre régions. L’injection de ressources financières importantes en milieu rural, pour revaloriser les économies locales par le biais des mesures prévues par la composante transition bas-carbone de la stratégie ira dans le même sens : générer de la croissance et de l’emploi, et améliorer le niveau de vie, en rendant les métiers de la terre plus rentables. Le but annoncé par la composante transition bas-carbone de la stratégie est d’arrimer le milieu rural à la dynamique nationale de développement, et en faire même le fer de lance du changement de modèle de développement. Les deux stratégies misent également sur l’adoption de nouvelles formes d’organisation des producteurs pour leur permettre de mieux protéger leur capital et facteurs de production, d’être les véritables récipiendaires et de mieux gérer les nouvelles ressources censées être mobilisées par les deux 67 Pour des raisons de prudence opérationnelle, la composante résilience de la stratégie s’est donc alignée sur l’objectif quantitatif visé par la composante transition bas-carbone. 129 128 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 stratégies, et mieux valoriser leurs produits sur le plan commercial. 7.3.3. Valorisation des synergies entre les trois conventions de Rio climat- biodiversité et lutte contre la désertification La stratégie de résilience mise aussi sur les liens avec la biodiversité et la mise en cohérence avec les orientations de cet autre pan de l’environnement global. Dans cette optique, la stratégie d’adaptation de la Tunisie tient compte de la stratégie et du plan d’action de biodiversité 2018-2030, 89 adaptée pour la circonstance. Elle vise l’amélioration de la résilience des écosystèmes et de la diversité biologique et l’augmentation de leur contribution aux stocks de carbone ; d’où un lien direct avec la stratégie d’atténuation. Les interdépendances croisées se retrouvent également dans la recherche d’une meilleure gouvernance des ressources, accompagnée de l’amélioration des revenus des acteurs opérant en milieu rural. De son côté, la stratégie d’atténuation soutient la mise en place de systèmes de paiement pour les services environnementaux/écosystémiques, au travers par exemple d’une tarification carbone dédiée, ce qui pourrait générer des ressources significatives pour le triptyque atténuation-résilience et biodiversité. 7.4. Interdépendances dans les domaines de l’énergie et de l’eau Dans les domaines de l’énergie et de l’eau, il existe de multiples interdépendances entre stratégie d’adaptation et stratégie d’atténuation. Transition énergétique et ressources en eau La stratégie d’atténuation dans le secteur de l’énergie couvre tous les besoins de résilience hydrique préconisés par la stratégie de résilience. Ainsi, l’efficacité énergétique des services en lien avec le transport et la distribution de l’eau permettra l’amélioration de la sécurité hydrique, un des piliers de la résilience. De même, le déploiement de la technologie photovoltaïque pour le pompage et d’autres utilisations dans le secteur de l’eau, comme le dessalement, fournit des solutions vitales pour alléger les contraintes induites par les changements climatiques, et pesant sur les ressources en eau et leur mobilisation. Ainsi, la transition bas-carbone du secteur de l’énergie et la mise en place de solutions innovantes (applications en lignes, compteurs intelligents, etc.) apporteront également un élément supplémentaire d’optimisation des coûts pour le secteur agricole et celui de l’eau, mais aussi d’économie d’eau. D’un autre côté, la résilience dans le secteur de l’eau ; élément essentiel de la SNRCC, contribuera à l’amélioration de la sécurité énergétique, dans la mesure où elle permettra de préserver au mieux les ressources hydrauliques nécessaires pour le fonctionnement des centrales hydrauliques en exploitation en Tunisie. Valorisation énergétique des fientes, du fumier bovin, et des margines La SNBC inclut toutes les formes de valorisation énergétique des déchets issus des activités agricoles et agroindustrielles. L’énergie produite contribuera à satisfaire les besoins énergétiques en milieu rural, tout en réduisant leur facture énergétique et donc leur coût de production, ce qui améliorera d’autant le niveau de vie des exploitants. La réutilisation des déchets en fin de cycles permettra également de redonner aux sols les nutriments organiques dont ils ont besoin, et donc de contribuer à l’amélioration de leur résilience. Utilisation des eaux usées traitées et des boues dans l’agriculture L’une des sources possibles d’eau pour les besoins agricoles, serait constituée dans le futur par les eaux usées traitées par le secteur de l’assainissement. La stratégie d’atténuation permettra une amélioration notable de la qualité et de la rentabilité du traitement des eaux usées, dans la mesure où elle (i) adoptera les meilleures pratiques de traitement des eaux ; celles justement qui minimiseront les émissions de GES, (ii) mettra en place toutes les formes de valorisation énergétique (biogaz), et de recyclage des boues ; notamment en milieu agricole, (iii) Elle produira les eaux traitées conformes aux normes pour maximiser leur usage pour la production agricole. Selon l’étude « Elaboration du Plan Directeur National de Réutilisation des Eaux Usées Traitées (REUT) en Tunisie - Phase 2 - Analyse prospective », 640 millions de m3 d’eaux usées seraient traitées par l’ensemble des stations de traitement à l’horizon 2050. Sur cette quantité, la composante résilience de la stratégie préconise la mobilisation de 467 millions de m3 pour les différents usages. La mobilisation d’une telle proportion (environ 73%) des eaux usées traitées à des fins de résilience hydrique, constitue un réel changement de paradigme comparé à la gestion actuelle des ressources en eau, s’inscrivant en droite ligne dans la vision « Eau 2050 » ainsi que dans le Schéma Directeur de la REUT en cours d’élaboration par le MARHP. 7.5. Cas des villes durables, résilientes et neutres en carbone Les synergies démontrées précédemment entre les secteurs de l’eau, de l’énergie et de l’alimentation, peuvent également être valables en milieu urbain. La population urbaine représentera les deux tiers de la population mondiale en 2050, avec un changement climatique représentant une menace importante et croissante pour les milieux urbains. En effet, le climat urbain est un microclimat associé à des problématiques telles que le stress thermique, la consommation d’énergie, la qualité de l’air et l’écoulement d’eau. En zone urbaine, le rayonnement solaire vient alimenter en énergie les surfaces de la ville et les matériaux utilisés dans la construction accumulent cette chaleur durant la journée et, la nuit, vont relâcher cette énergie, détériorant les conditions de vie en milieu urbain (phénomène d’îlot de Chaleur Urbain) et engendrant des hausses significatives de la consommation d’énergie pour la climatisation. Face à ce constat les enjeux d’adaptation mais aussi d’atténuation semblent primordiaux : les villes sont vulnérables mais également moteur de solutions pour une meilleure résilience et une plus grande neutralité carbone. La combinaison de la démographie et du poids économique des villes implique une forte contribution de leur part dans les émissions de GES. Les villes tunisiennes croissent à un rythme rapide, et concentrent une part de plus en plus forte de la population nationale, ainsi que l’essentiel des activités économiques, et donc du PIB. Elles ont donc une responsabilité -directe et indirecte- très importante dans les émissions nationales de GES. En Tunisie, il est estimé qu’au moins 50% des émissions de GES se déroulent à l’intérieur des périmètres urbains, au travers des activités industrielles et de transport intercommunal, mais aussi des sources provenant du secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire), voire du secteur agricole ; pour les communes à forte composante rurale. En régime de croisière (à partir de 2025), les autorités communales devraient donc pouvoir étendre leur champ direct d’intervention sur au moins 40-50% des sources d’émissions se déroulant à l’intérieur des périmètres urbains De nombreuses mesures présentent des co bénéfices dans les domaines de l’adaptation et de l’atténuation. Ainsi, l’isolation des bâtiments, le bio-climatisme, basé notamment sur des techniques de conception/ construction et des matériaux sobres en carbone, les mesures de rafraichissement urbain, reposant sur l’orientation des bâtiments, la gestion de l’albédo ou encore le recours à la végétalisation et au retour de « l’eau en ville », concourent directement à l’adaptation à la surchauffe urbaine tout en réduisant 131 130 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 les besoins énergétiques et donc l’empreinte carbone de la climatisation. La recherche de synergie entre atténuation/adaptation est notamment au cœur du concept d’Eco-quartier qui connaît un développement important au niveau international. Il existe d’autres interconnexions notamment entre préservation de la biodiversité, bien-être des populations et atténuation. Des solutions basées sur la nature 68 peuvent s’avérer bénéfiques en termes d’atténuation des changements climatiques et d’adaptation à celui-ci, elles sont de plus en plus encouragées pour soutenir une planification urbaine durable et résiliente. La re-végétalisation des villes en est le parfait exemple. Selon l’OMS, les espaces verts urbains présentent de multiples avantages ainsi que des approches innovantes pour augmenter la qualité du milieu urbain. Ils préservent et protègent aussi la biodiversité, et atténuent l’impact des événements météorologiques extrêmes tels que les vagues de chaleur, les précipitations particulièrement intenses et les inondations. Ceci est particulièrement évident dans le contexte de la réduction de l’effet d’îlot thermique urbain pendant les vagues de chaleur de plus en plus fréquentes. De même, le verdissement des villes offre des opportunités de séquestration du carbone et présente un rôle certain dans l’atténuation des émissions de GES. La multiplication des espaces verts, des forêts urbaines et péri-urbaines, la végétalisation des toitures et la création de zones humides urbaines, notamment dans les grandes métropoles comme Tunis, Sfax ou Sousse, constitueront des puits de carbone importants qu’il conviendra d’intégrer aux stratégies bas-carbone urbain. Les villes tunisiennes constituent donc un pilier essentiel des politiques nationales d’atténuation et d’adaptation, à travers des solutions et choix pertinents et efficaces centrés sur la transition vers de nouveaux modèles de développement et d’aménagement urbains et modes de vie plus respectueux du climat mais aussi résilients aux impacts climatiques. Elles devront d’autant plus le faire que la constitution a consacré la décentralisation comme déterminant essentiel du modèle de développement de la Tunisie. L’ODD 11, 69 préconise de « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». L’organisation et la gestion des villes doit donc fortement se focaliser sur les questions de durabilité et d’adaptation ; plaçant ainsi les questions climatiques dans leurs agendas prioritaires. 68 Les Solutions fondées sur la Nature sont définies par l’UICN comme “les actions visant à protéger, gérer de manière durable et restaurer des écosystèmes naturels ou modifiés pour relever directement les défis de société de manière efficace et adaptative, tout en assurant le bien-être humain et en produisant des bénéfices pour la biodiversité”. 69 Objectifs de développement durable. 133 132 8.1. Introduction La SNBC&RCC est conçue comme un guide ayant vocation à tracer une trajectoire bas-carbone pour la Tunisie, visant la neutralité au niveau national, et à la réalisation de laquelle tous les secteurs d’activité émetteurs de GES devront contribuer : Energie, procédés industriels, Agriculture, forêts et autres utilisations des terres (AFAT), et déchets. Elle trace également une trajectoire de lutte contre les changements climatiques mettant l’accent sur la résilience ciblant tous les secteurs particulièrement vulnérables. La SNBC&RCC définit certes des objectifs de réduction des émissions de GES à des horizons de temps court terme (2030), moyen terme (2040) et long terme (2050), mais elle s’inscrit également dans une politique climatique globale, laquelle inclut également la stratégie d’adaptation et de résilience aux effets adverses des changements climatiques. La conception d’une Stratégie Nationale, bas carbone mais également résiliente aux changements climatiques, est contrainte par de nombreux obstacles. Elle devra donc s’appuyer sur des conditions rigoureuses de mise en œuvre, prenant en compte les questions transversales ainsi que les synergies avec la stratégie nationale de résilience. 8.2. Gouvernance 8.2.1. Ancrage politique et dispositions réglementaires 8.2.1.1. Modalités pour l’adoption politique de la stratégie par les autorités La SNBC&RCC sera pilotée et coordonnée par le Ministère chargé de l’environnement, à travers l’UGPO. Elle fera l’objet d’un portage multisectoriel, et devra nécessairement bénéficier de l’appui et de l’accompagnement des autres ministères en charge des secteurs impliqués dans les politiques d’atténuation 8. ASPECTS TRANSVERSAUX ET CONDITIONS DE MISE EN ŒUVRE DE LA SNBC&RCC de GES et de résilience aux CC, ainsi que des acteurs concernés par ces politiques (organisations nationales, société civile, etc.). Par ailleurs, l’adoption politique de la SNBC&RCC restera un préalable essentiel pour garantir son appropriation par les acteurs étatiques, seule garante de son succès sur le long terme. Cette adoption pourra se faire à travers une déclaration officielle d’adoption politique de la SNBC&RCC, de sa vision et de tous ses objectifs et composantes stratégiques en matière d’atténuation des GES et de résilience aux changements climatiques. Cette adoption politique facilitera l’engagement de tous les acteurs, ainsi que la mobilisation des ressources, et plus particulièrement des financements nationaux et internationaux. L’adoption politique de la SNBC&RCC sera nécessairement suivie de son ancrage au niveau des politiques sectorielles. L’ensemble des ministères concernés seront appelés et mobilisés en vue d’intégrer la SNBC&RCC, selon leurs compétences, dans leurs politiques sectorielles. L’adoption politique est également synonyme d’une inscription dans les plans de développement quinquennaux. 8.2.1.2. Dispositifs réglementaires et réformes à entreprendre pour appuyer la mise en œuvre de la SNBC&RCC Pour soutenir la mise en œuvre de la SNBC&RCC, il sera nécessaire d’établir des instruments de politique publique innovants et efficaces. Une réforme des outils existants pourrait aussi être nécessaire afin d’adapter les réglementations existantes aux objectifs définis par la SNBC&RCC. Ainsi, il sera nécessaire de mettre en place une politique sectorielle cohérente et coordonnée, basée sur un partenariat interministériel solide, afin de réglementer les pratiques les plus émettrices de GES et de fournir des signaux économiques à l’industrie 135 134 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 et, plus généralement, aux acteurs économiques et aux consommateurs. La création d’un conseil indépendant chargé d’évaluer les politiques de l’Etat en matière d’atténuation des émissions et de résilience aux changements climatiques, permettrait par ailleurs de s’assurer de la meilleure intégration possible de la stratégie dans tous les domaines des politiques gouvernementales. En outre, le diagnostic de l’existant a montré que des dispositifs réglementaires forts doivent nécessairement être établis afin d’atteindre les objectifs ambitieux définis par les composantes transition bas-carbone et résilience/adaptation aux CC : n L’adoption d’une loi-cadre définissant les objectifs nationaux et sectoriels d’atténuation des émissions de GES, d’une part, et de résilience/ adaptation d’autre part, pour 2030 et 2050. Cette loi se déclinera également sous forme de textes d’application déterminant les conditions de mise en œuvre, ainsi que les responsabilités respectives des acteurs afin de donner des signaux clairs et de la visibilité aux acteurs nationaux mais aussi internationaux, sur l’engagement définitif du pays dans la transition bas-carbone et dans la résilience aux changements climatiques. n L’actualisation d’un ensemble de textes réglementaires déjà identifiés qui nécessitent une intégration effective du CC (ex. intégration du concept ENM/CC dans l’aménagement du territoire, code des Eaux, etc.). n La mise en place de lignes directrices et de guides méthodologiques afin de faciliter l’estimation systématiques des émissions de gaz à effet de serre liées aux projets et programmes publics, et la mise en œuvre de mécanismes de retour d’expérience ciblant les politiques et projets publics. 8.2.1.3. Orientations pour un plan de communication et de mobilisation des acteurs locaux La transition bas carbone étant susceptible d’impacter l’ensemble des secteurs économiques du pays, elle devra être accompagnée d’un plan de communication efficace, afin de lui donner la visibilité nécessaire auprès des investisseurs nationaux et internationaux, auprès de la Communauté climatique, et de tous les secteurs concernés par cette transition : n Le secteur privé : Dans la mesure où il existe un réel potentiel d’investissement privé dans les activités d’atténuation et de résilience, les entreprises tunisiennes devraient être clairement informées des avantages d’investir dans les technologies et pratiques à faible émission de carbone et résiliente aux CC, et être davantage impliquées à travers la création de plateformes officielles d’échanges. n Les collectivités territoriales seront amenées à assurer l’application des objectifs et priorités nationales en termes d’atténuation et de résilience à l’échelle du territoire. Par ailleurs, elles ont un rôle opérationnel dans l’élaboration et l’exécution de mesures d’atténuation et de résilience dans leurs sphères d’influence et de compétence. n Les organisations nationales : dont notamment l’Union Tunisienne de l’Agriculture et de la Pêche (UTAP) seront appelées à jouer un rôle important en termes de mobilisation de leurs affiliés dans la mise en œuvre de la SNBC&RCC. n La société civile : Les organisations nationales et la société civile peuvent contribuer à une intégration réussie de la SNBC&RCC à toutes les échelles. Elles doivent donc être informées et mobilisées pour la mise en place et le suivi la stratégie. 8.2.2. Arrangements institutionnels, responsabilités et gouvernance La SNBC&RCC traite de manière transversale des enjeux climatiques et environnementaux pour l’ensemble des secteurs d’importance stratégique pour la Tunisie. Une diversité de secteurs et d’acteurs sont ainsi concernés par les deux piliers de la stratégie : Transition bas-carbone et Résilience aux changements climatiques. Les parties prenantes au niveau national, régional et local ainsi que l’ensemble des acteurs devant être impliqués dans le cadre de gouvernance climatique établi, peuvent être classés en plusieurs catégories : n Le pôle de coordination (le ministère de l’Environnement (MEnv) et l’Unité de Gestion par Objectif (UGPO, créée en 2018) sont en charge de la coordination entre la pluralité d’acteurs et la mise en œuvre de l’Accord de Paris, et de veiller à la mise en application du processus de suivi évaluation de la CDN, du plan d’action en émanant, et de la SNBC&RCC. L’UGPO jouera un rôle central pour promouvoir l’intégration des changements climatiques dans toutes les politiques publiques et renforcer les capacités aux niveaux national et local. L’UGPO assurera, par ailleurs, la coordination et la jonction entre les deux composantes transition bas-carbone et résilience aux changements climatiques afin de tirer profit de toutes les synergies. n L’Agence Nationale pour la Maîtrise de l’Energie (ANME) qui gère la politique nationale de maitrise de l’énergie, et assure l’élaboration et la coordination des politiques et mesures de lutte contre les changements climatiques dans le domaine de l’énergie et des procédés industriels. n Le Ministère de l’Agriculture, des Ressources Hydrauliques et de la Pêche et ses organismes de tutelle qui joueront, d’une part, un rôle déterminant dans l’atteinte des objectifs d’atténuation des émissions de GES et d’absorption de carbone, et qui seront, d’autre part, au cœur des politiques de résilience aux changements climatiques. n L’Agence Nationale de Gestion des Déchets (ANGED) qui conduit les programmes nationaux dans le domaine de la gestion des déchets solides. n L’Office National d’Assainissement (ONAS) qui conduit les programmes nationaux dans le domaine du traitement des eaux usées et de l’assainissement. n L’Agence Nationale pour la Protection de l’Environnement (ANPE) qui est responsable de l’application des textes réglementaires relatifs à la protection de l’environnement, ainsi que du contrôle des sources de pollution et de la surveillance de la qualité de l’environnement (eau, air, sol), et du suivi et de la coordination des mesures en lien avec le Protocole de Montréal, et ses amendements comme celui de Kigali qui traite les règles de production et d’utilisation des HFC et dérivés. n Les autres acteurs institutionnels (le ministère de l’Investissement et de la Coopération Internationale, le ministère des Finances, le ministère des transports, le ministère de l’industrie, des mines et de l’énergie, le ministère de l’équipement et de l’habitat) chargés de décliner à leur tour les objectifs nationaux en objectifs sectoriels. n Les collectivités territoriales de toutes sortes (Communes, Gouvernorats, etc.) et leurs structures de coordination, qui (i) seraient les piliers essentiels des politiques nationales d’atténuation et de résilience, dans leurs sphères d’influence et de compétence, (ii) feraient remonter au niveau central, leurs préoccupations et les propositions adaptées à leurs contextes spécifiques de modèles de développement et d’aménagement communaux et modes de vie respectueux du climat et résilients aux impacts climatiques. n Les partenaires techniques et financiers (PTF) internationaux qui apportent leurs appuis techniques dans la mise en œuvre de la SNBC&RCC. n Les représentants de la société civile qui peuvent jouer un rôle de catalyseur des politiques d’atténuation des GES, et d’appui aux politiques de résilience, surtout en direction des communautés et groupes sociaux vulnérables. n La Commission Nationale pour le Développement Durable (CNDD)70. A cela, il convient d’ajouter les deux Comités mis en place par l’Arrêté du ministre en charge de l’Environnement du 7 février 2020, susceptibles de faciliter la coordination entre toutes les parties prenantes nationales : n Le Comité Technique Consultatif sur l’atténuation, qui jouera un rôle central de coordination à la politique d’atténuation, en appui à l’UGPO. n Le Comité Technique Consultatif sur l’Adaptation, qui va contribuer à l’identification des priorités nationales, la préparation des rapports nationaux et de tous les documents s’intégrant dans le cadre de transparence renforcée de l’Accord de Paris. 70 Instance en suspend. 137 136 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 8.3. Mobilisation des ressources financières L’affectation des ressources financières à la SNBC&RCC sera fondamentale pour une mise en œuvre optimale. D’une manière générale, il est attendu que les coûts d’investissement initiaux de la mise en place de la SNBC&RCC soient élevés comme c’est toujours le cas dans un processus transitionnel. Les barrières de financement pèseront donc inévitablement dans les débats, et très certainement sur le démarrage de la transition, et donc sur le court et moyen terme. La mise en œuvre de la stratégie passera probablement par la conception de mécanismes ad hoc servant les causes climatiques, et qui soient les plus proches des besoins des acteurs visés, y compris les collectivités territoriales qui vont jouer un rôle fondamental dans la mise en œuvre de la SNBC&RCC comme indiqué dans la section 8.6. La mise en œuvre de la stratégie nécessitera la mobilisation de ressources internes, publiques comme privées pour répondre aux importants besoins de financement. Elle devra aussi être, au moins en partie prévue dans le budget de l’État. S’agissant du volet transition bas carbone, il faudra mobiliser les dispositifs sectoriels (ex. Fonds de Transition Energétique), et être soutenu par les principaux organismes d’appui en matière d’investissement (ex. Tunisian Investment Authority, CDC, etc.). Pour ce qui est du volet résilience, il est suggéré de mettre en place un Fonds National d’Adaptation et de Résilience multi-sectoriel pour canaliser l’identification et la mobilisation des ressources financières. Les objectifs de ce Fonds seraient multiples : n Identifier les besoins et collecter des sources de financement et les concentrer sur des activités de lutte contre les changements climatiques qui mettent en œuvre les priorités nationales d’adaptation et de résilience ; Figure 65 Objectifs du Fonds National d’Adaptation et de Résilience et leur intégration dans le paysage de la finance climat (étude préliminaire proposée) n Associer les sources de financement publiques, privées, multilatérales et bilatérales afin de mettre en place des effets de levier, et ce faisant accélérer le financement de la lutte contre les changements climatiques ; n Coordonner les activités de financement de lutte contre les changements climatiques à l’échelle nationale pour s’assurer que les priorités en matière de changement climatique sont effectivement mises en œuvre ; n Assurer la redevabilité : renforcer les capacités d’approbation nationales et de gestion du financement climat. Ce fonds devra être accompagné la finance climatique pour comprendre quelles ressources financières circulent, où, dans quel but, et avec quelle efficacité ces mesures renforcent la résilience aux changements climatiques. Les contributeurs financiers exigent de plus en plus des rapports produits à partie d’un MNV financier robuste (cadre de transparence). La Tunisie doit disposer de données chiffrées en vue de : n Démontrer que la mise en œuvre des actions est conforme à ce qui est requis par la science climatique ; n Planifier le financement climatique au fur et à mesure que les données sur les flux financiers seront recueillies ; n Le cas échéant, de modifier la planification des décisions sur les besoins, les sources et les canaux en créant un processus de planification dynamique et résilient aux changements climatiques ; n Contrôler les dépenses financières consacrées aux activités reliées aux changements climatiques, qui circulent à la fois dans le cadre, et à l’extérieur du budget national. n Calculer les résultats et déterminer l’impact du financement climatique sur les priorités au niveau du développement national. Pour ce qui relève des sources de financement externes, elles peuvent émaner des donateurs bilatéraux et multilatéraux, ainsi que des bailleurs de fonds classiques ou spécialisés en finance carbone. Des soutiens financiers pourraient également être mobilisés à travers les mécanismes de l’article 6 de l’Accord de Paris. En effet, comme explicitement mentionné dans sa CDN actualisée, la Tunisie considère essentiel de renforcer la coopération volontaire et concertée entre les Parties, comme le prévoit l’article 6 de l’Accord de Paris, pour relever le niveau d’ambition de leurs programmes d’atténuation. Ainsi, pour financer sa contribution conditionnelle d’atténuation des GES d’ici 2030, la Tunisie mise beaucoup sur les instruments de tarification carbone ; dont notamment les mécanismes coopératifs prévus par l’article 6 de l’Accord de Paris. Au-delà de 2030, la Tunisie compte également recourir aux mécanismes de l’article 6, sur toutes les sources éligibles, tant qu’ils sont admis par la COP, afin de concrétiser la trajectoire de GES prévue par la composante atténuation de la stratégie, et ayant la neutralité carbone 2050 en point de mire. L’accès à ces sources de financement nécessitera une démarche proactive dans la recherche de financements, mais aussi la présentation de projets cohérents et réalisables, afin de susciter la confiance des organismes de financement. Pour illustrer ce besoin de proactivité, sont présentées ici une première estimation des besoins en financement du volet résilience. En tenant compte des simulations globales des besoins en adaptation développées par l’UNEP (approche top down tirée de l’Adaptation Gap Report), les besoins en financement de la Tunisie pour répondre au niveau élevé des risques climatiques attendus pourrait s’élever à plus de 408 millions d’USD dès 2022 (soit près de 2 % du budget national) pour atteindre le coût annuel de 475 millions d’USD à l’horizon 2030 et 1.179 millions d’USD à l’horizon 2050. En se basant sur ces simulations annuelles, les besoins en financement pour la période 2021-2050 pourraient s’élever à plus de 22 milliards d’USD. 139 138 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 Tableau 11 Simulation des besoins de financement de la résilience aux CC (approche top-down) Besoins de financements estimés sur base du Budget national (%) Année Budget national % Budget Besoins Croissance annuelle Millions USD annuel Millions USD 2021 1,8% 20.036 0,02 401 2022 1,8% 20.397 0,02 408 2023 1,8% 20.764 0,02 415 2024 1,8% 21.138 0,02 423 2025 1,8% 21.518 0,02 430 2026 2,0% 21.948 0,02 439 2027 2,0% 22.387 0,02 448 2028 2,0% 22.835 0,02 457 2029 2,0% 23.292 0,02 466 2030 2,0% 23.758 0,02 475 2031 2,0% 24.233 0,03 727 2032 2,0% 24.717 0,03 742 2033 2,0% 25.212 0,03 756 2034 2,0% 25.716 0,03 771 2035 2,0% 26.230 0,03 787 2036 2,0% 26.755 0,03 803 2037 2,0% 27.290 0,03 819 2038 2,0% 27.836 0,03 835 2039 2,0% 28.393 0,03 852 2040 3,0% 29.244 0,03 877 2041 3,0% 30.122 0,03 904 2042 3,0% 31.025 0,03 931 2043 3,0% 31.956 0,03 959 2044 3,0% 32.915 0,03 987 2045 3,0% 33.902 0,03 1.017 2046 3,0% 34.919 0,03 1.048 2047 3,0% 35.967 0,03 1.079 2048 3,0% 37.046 0,03 1.111 2049 3,0% 38.157 0,03 1.145 2050 3,0% 39.302 0,03 1.179 Total 22.690 Bien qu’il soit encore difficile d’estimer le surcoût que tout retard de financement engendrerait (option sans mesure d’adaptation) - y compris le retard dans la mise en œuvre des mesures d’atténuation qui aura un impact sur l’amplitude des mesures d’adaptation il est unanimement reconnu que plus un pays tarde à investir dans sa trajectoire bas carbone et de résilience, plus élevés seront les coûts pour s’adapter aux effets des changements climatiques de ce pays. En termes macro-économiques, cela pourrait se chiffrer pour la Tunisie par un doublement des besoins en financement de l’adaptation qui passeraient dès 2050 à 6 % du budget national soit plus de 2 Milliards d’USD / an. 8.4. Suivi, évaluation et mise à jour de la SNBC&RCC 8.4.1. Suivi et évaluation de la SNBC&RCC Le suivi de la SNBC&RCC permet d’évaluer la mise en œuvre effective de la stratégie par rapport aux résultats escomptés. Il est également attendu que le suivi repose sur des indicateurs objectifs de performance et d’impact qui permettent de mesurer l’adéquation des étapes choisies. L’avancement et les limites des mesures doivent être relevés par ce suivi afin d’être communiqués rapidement. Il est clair que ce suivi devra s’établir en vue de suivre le premier jalon qui est celui de la CDN, dont l’horizon temporel est 2030. Il correspondra aux mécanismes de transparence qui sont en cours d’établissement par la Tunisie dans le cadre de l’Article 13 de l’Accord de Paris. Dans le prolongement des révisions quinquennales de la Tunisie, ce travail se basera sur un certain nombre d’indicateurs qui permettent d’assurer un suivi complet de la stratégie Pour le volet bas-carbone, la composante CDN de ces indicateurs est décrite dans la section 3.3 du présent document. La composante transition bas-carbone ; visant le plus long terme est décrite dans le Tableau 10. En ce qui concerne les jalons intermédiaires (2040), on les retrouvera dans les différents tableaux et figures de la section 5.6. Il est évident qu’à ce stade, les niveaux des indicateurs mentionnés restent illustratifs, puisque aussi bien la CDN que la SNBC devront faire l’objet de mises à jour à une fréquence quinquennale. Pour le volet résilience, les indicateurs de résilience sont présentés dans la section 6.4.2 et les indicateurs de réalisation figurent dans le plan d’action détaillé de la composante résilience de la stratégie. L’évaluation consiste à faire le bilan de la stratégie de façon continue, de manière objective sur sa mise en œuvre et ses résultats. Cette évaluation permettrait ainsi de mettre en évidence les éventuels écarts de trajectoire par rapport aux objectifs ciblés. L’objectif de l’évaluation est de générer des connaissances qui peuvent être utilisées pour adopter les meilleures voies et modalités de mise en œuvre de façon à se mettre effectivement dans la trajectoire de la neutralité. Cette étape a également pour but d’identifier les innovations technologiques et nouvelles pratiques permettant de faire des raccourcis vers la neutralité, d’anticiper les partenariats stratégiques à établir pour en faciliter l’adoption, et enfin de quantifier les engagements nécessaires en termes de ressources humaines et financières. En termes d’organisation du suivi-évaluation, il est ainsi proposé que les Comités Consultatifs Atténuation et Adaptation puissent se réunir au moins une fois par an pour le suivi des réalisations, traiter des difficultés rencontrées et trouver les solutions, sinon au moins faire remonter les besoins aux autorités compétentes. Ces délais peuvent être écourtés selon les besoins. Pour l’évaluation, il est recommandé d’évaluer la SNBC&RCC sur des cycles de 5 ans : n Evaluation à mi-parcours après 2,5 ans ; n Evaluation de fin de cycle à 5 ans. Le S&E de la SNBC&RCC doit se faire en synergie et de manière synchrone avec celui de la CDN. 8.4.2. Révision de la SNBC&RCC Il est important de réviser la SNBC&RCC régulièrement, afin d’assurer une cohérence avec la CDN et les plans de développement nationaux. La mise en œuvre de la stratégie doit être surveillée, réexaminée régulièrement et ajustée en fonction de l’évolution des politiques nationales, régionales et internationales, ainsi que des éventuelles nouvelles ambitions et des incertitudes entourant les évolutions du climat. Du fait de la nature dynamique, incertaine et non linéaire des évolutions socio-économiques et climatiques et de leurs conséquences, les démarches d’atténuation et d’adaptation doivent être redessinées à intervalles réguliers. La présente 141 140 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 SNBC&RCC n’est donc pas un document « gravé dans le marbre » pour les 30 années à venir. Bien au contraire, elle donne une impulsion et fixe le cap en proposant une première trajectoire d’ici 2050 compte tenu des connaissances disponibles en 2020, qui nécessitera des ajustements ultérieurs réalisés « au fil de l’eau ». A ce titre, la SNBC dans le secteur de l’énergie étant réalisée sur la base d’une vision de division par 5 de l’intensité carbone, une mise à jour est prévue à partir de Mai 2022 visant l’alignement sur une trajectoire de neutralité carbone d’ici 2050 en s’appuyant sur l’utilisation des technologies innovantes, notamment l’hydrogène vert. La révision de la stratégie, de ses objectifs et de ses cibles demeure la responsabilité de tous les acteurs qui sont chargés de sa mise en œuvre chacun dans son domaine de compétences. Néanmoins, il y a un effort de suivi régulier et détaillé qui doit être effectué afin que la stratégie en question puisse atteindre ses objectifs surtout pour les échéances moyennes. Cette mission peut être assurée par le comité consultatif adaptation qui sera, selon les besoins, élargi à d’autres compétences venant des secteurs publics, privés et de la société civile. En s’appuyant sur le CRT et les outils de S&E mis en place, l’UGPO ainsi que l’Instance générale de suivi des programmes publics (IGSPP) pourraient par exemple être impliquées dans la mise à jour de la stratégie. Celle ci serait l’opportunité d’adopter une loi quinquennale comprenant les objectifs et priorités d’action, de réviser et de définir de nouvelles trajectoires GES et de résilience, en fonction des objectifs quinquennaux, et de réaliser des consultations supplémentaires. De futures révisions de la SNBC&RCC pourraient inclure : n La révision des scénarios bas-carbone et axes de résilience afin de prendre en compte le résultat des analyses menées, les éventuels nouveaux objectifs et engagements du pays aux niveaux national, régional et international, le contexte international, les plans et programmes adoptés pendant les cinq dernières années, les avancées scientifiques réalisées sur cette même période, la mise à jour des données scientifiques liées aux changements climatiques, etc. n L’adoption des décrets fixant les nouvelles trajectoires de la stratégie bas-carbone et de la résilience. n Des concertations et consultations formelles avec les parties prenantes, incluant des parlementaires, des acteurs du secteur privé, de la société civile et des collectivités territoriales. Comme préconisé pour le S&E et compte-tenu du fait que la CDN suit le cycle de révision quinquennale de l’Accord de Paris, la SNBC&RCC devrait également faire l’objet d’un cycle complet de révision, au moins tous les cinq ans. 8.5. La recherche et l’innovation technologique Des programmes de recherche seront nécessaires pour permettre l’accès de la Tunisie aux principaux créneaux d’innovation technologique en lien avec la transition bas-carbone et avec la résilience aux changements climatiques, ainsi qu’au savoir-faire et aux moyens industriels appropriés pour assurer la durabilité de sa contribution à la fois aux objectifs GES et Résilience. La Conférence des Parties de la Convention devra, à son tour, mobiliser les mécanismes appropriés permettant de faciliter la participation aux recherches internationales et l’accès aux innovations technologiques, selon les besoins précisés ci-dessus. Cette participation pourrait se faire, notamment à travers l’implication et le renforcement du réseau national climat (RNC) pour la recherche et l’innovation. On peut citer, d’ores et déjà, douze créneaux porteurs en matière d’innovation et de recherches, sur lesquels la Tunisie compte mettre l’accent : 8.5.1. Développement en masse des énergies renouvelables Le créneau du renouvelable comprend quatre principales filières : l’éolien, le photovoltaïque, le solaire à concentration (CSP), et le biogaz. Outre la participation aux grands programmes de recherche internationaux sur ces 4 filières, la Tunisie souhaite nouer des partenariats internationaux avec les leaders mondiaux en matière de production de technologies du renouvelable, dans la double optique d’une intégration industrielle et de marché ouvert sur l’international. Ces partenariats pourraient notamment faciliter : n Le développement d’une infrastructure industrielle à même de permettre à la Tunisie de satisfaire ses besoins mais aussi de se positionner sur les marchés internationaux. n Les choix technologiques maximisant l’introduction en masse du renouvelable dans le réseau électrique, et renforçant les capacités du réseau à évacuer de grandes quantités d’électricité renouvelable vers l’Europe. n Le développement des capacités de stockage de l’électricité renouvelable et des synergies et articulations avec les technologies « liées » comme l’hydrogène, ou la mobilité électrique. 8.5.2. Développement des filières de l’hydrogène La Tunisie se propose de nouer des partenariats internationaux, en vue de se positionner sur les grandes recherches portant sur l’hydrogène ainsi que sur ses prolongements industriels, et ses articulations avec le renouvelable (hydrogène vert). La Tunisie porte un intérêt particulier sur le développement : n De la production, du stockage, et de la distribution de l’hydrogène et notamment l’hydrogène vert, n Des créneaux les plus porteurs en tant qu’utilisateurs finaux de l’hydrogène : véhicules individuels, véhicules collectifs, industrie, etc. n Des modes d’usage de l’hydrogène (combustion directe, pile à combustible). 8.5.3. Promotion des meilleures technologies et pratiques énergétiques pour le secteur du bâtiment Le secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire) est le principal secteur consommateur d’énergie finale (38% en 2020), et le secteur pesant le plus lourdement dans la consommation électrique (59% de la demande électrique en 2020). En outre, l’industrie de la construction et les branches des industries des matériaux de construction sont des moteurs essentiels de l’économie nationale, et l’un des secteurs les plus émetteurs de GES. Pris dans son ensemble, le secteur du bâtiment représenterait -d’amont en aval- autour de 50% de la demande finale d’énergie en Tunisie, et au moins 55% des émissions de GES imputables à l’énergie en 2020. Le secteur du bâtiment est donc un des secteurs sur lesquels la Tunisie compte se focaliser en matière d’innovation technologique. Le pays compte nouer des partenariats internationaux en vue de développer et généraliser les techniques de construction, les matériaux et les industries des matériaux de construction durables en vue d’aboutir à des bâtiments neutres en carbone. 8.5.4. Développement de partenariats dans le domaine de la mobilité durable La Tunisie envisage, via des partenariats internationaux, de s’intégrer dans les grandes recherches portant sur la mobilité durable, en mettant l’accent sur les applications permettant : n L’introduction en masse des véhicules hybrides rechargeables, en attendant le déploiement du réseau de recharge des voitures électriques. n D’améliorer l’autonomie des véhicules du futur (électrique, hydrogène, etc.), et les systèmes de stockage. n Le développement immédiat des flottes captives (ex. La poste, les transports publics, etc.). La Tunisie souhaite aussi se positionner sur les grandes implications industrielles de la mobilité électrique, comme la production des composants et pièces, y compris la production des batteries. 8.5.5. S’inscrire dans les grandes mutations mondiales en matière de modes de travail La Tunisie souhaite s’inscrire dans les grandes mutations mondiales en matière de modes de travail, 143 142 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 et plus particulièrement en lien avec le développement du télétravail ayant accompagné la crise sanitaire de la COVID19. L’accès aux enseignements résultant des expériences internationales et des orientations stratégiques qui en découleront figure parmi les priorités de la Tunisie afin qu’elle s’en inspire pour définir ses propres orientations stratégiques en la matière. 8.5.6. Nouer des partenariats internationaux de recherches sur la séquestration du carbone par les écosystèmes arborés et par les sols La Tunisie souhaite aussi, via des partenariats internationaux ad hoc, s’intégrer dans les grandes recherches visant l’augmentation de la séquestration du carbone par les écosystèmes arborés et par les sols, ainsi que les résultats des applications d’éventuels nouveaux concepts et approches de séquestration du carbone par les écosystèmes et les sols et de pratiques agricoles et choix des espèces résilientes dans le contexte tunisien. 8.5.7. S’intégrer dans les grandes recherches visant la transition bas carbone du secteur de l’élevage La réduction des émissions de CH4 imputables à l’élevage figure aussi parmi les centres d’intérêt de la Tunisie, et à ce titre, le pays envisage d’établir des partenariats avec les principaux centres et programmes de recherche actifs sur ce créneau. 8.5.8. Positionnement international sur les créneaux technologiques de captation-stockage du CO2 (CCS) La Tunisie souhaite aussi, via des partenariats internationaux, se positionner sur les créneaux technologiques en matière de captation-stockage du CO2 (CCS), qui pourraient proposer d’éventuelles nouvelles options par rapport aux modèles d’offre énergétique ; et plus particulièrement pour la production d’électricité, et pour les grands centres de consommation et d’émissions (ex. cimenteries). 8.5.9. Consolidation de l’utilisation de l’information météorologique / climatique La Tunisie mise aussi sur la consolidation de l’utilisation de l’information météorologique / climatique en vue d’optimiser la prise de décision et développer et diffuser la recherche et l’innovation en soutien à l’adaptation. L’approche reposera sur la consolidation des intrants à travers le renforcement de l’observation hydrométéorologique et la valorisation des acquis réalisés sur le court à moyen termes (2021-2030) en vue de proposer un scénario d’adaptation incrémentale permettant de faire face aux impacts du CC. 8.5.10. Valoriser les acquis réalisés sur la période 2021-2030 afin de changer de paradigme dans l’optique d’un scénario d’adaptation transformationnelle La Tunisie compte également valoriser les acquis réalisés sur le court à moyen termes (2021-2030) afin de changer de paradigme dans l’optique d’un scénario d’adaptation transformationnelle, à travers la mise en place et l’utilisation de services climatiques appropriés ainsi que la mise à échelle des résultats de la recherche et les outils innovants en matière d’adaptation aux CC. A ce titre, la Tunisie accordera un intérêt particulier à l’innovation digitale et à l’appui à l’innovation technologique dans les domaines de l’adaptation (Startups «ClimTECH») ainsi qu’au soutien des startups/technologies basées sur la nature à fort impact sur l’adaptation aux CC et de transition verte. 8.5.11. Valorisation des eaux vertes et des eaux non conventionnelles (ENC) La valorisation des eaux vertes figurera aussi parmi les principaux axes d’innovation à développer dans l’optique d’une optimisation de la gestion de l’eau au niveau de la parcelle. La Tunisie mise sur la recherche et l’innovation pour des solutions techniques et de gouvernance innovantes et durables qui permettront une intégration totale des ENC en tant que ressource et permettra le développement de systèmes et services d’eaux résilients. 71 Objectifs de développement durable. 8.5.12. Programme de mise à niveau des établissements touristiques basé sur l’innovation et la durabilité En matière de tourisme, la stratégie se propose de concevoir et mettre en œuvre un nouveau programme de mise à niveau des établissements touristiques basé sur l’innovation et la durabilité et intégrant des actions de renforcement de la résilience du patrimoine des établissements touristiques face aux changements climatiques, ainsi que des processus de soutien aux labels de neutralité carbone. 8.6. Déclinaisons locales de la SNBC&RCC L’ODD 11 71, préconise de « Faire en sorte que les villes et les établissements humains soient ouverts à tous, sûrs, résilients et durables ». L’organisation et la gestion des villes doit donc fortement se focaliser sur les questions de durabilité et d’adaptation ; plaçant ainsi les questions climatiques dans leurs agendas prioritaires. Les villes tunisiennes croissent à un rythme rapide, et concentrent une part de plus en plus croissante de la population nationale, ainsi que l’essentiel des activités économiques, et donc du PIB. La combinaison de la démographie et du poids économique des villes implique une forte contribution de leur part dans les émissions de GES, mais aussi une forte vulnérabilité des espaces urbains et des populations face à la violence des manifestations climatiques extrêmes comme les inondations ou les canicules, ou face à des phénomènes plus lents mais non moins insidieux comme le recul des littoraux. Les villes ont donc une responsabilité -directe et indirecte- très importante dans les émissions nationales de GES. En Tunisie, il est estimé qu’au moins 50% des émissions de GES se déroulent à l’intérieur des périmètres urbains, au travers des activités industrielles et de transport intercommunal, mais aussi des sources provenant du secteur du bâtiment (résidentiel et tertiaire), voire du secteur agricole ; pour les communes à forte composante rurale. Les villes tunisiennes devraient donc s’inscrire en tant que piliers essentiels des politiques nationales d’atténuation et d’adaptation. Ceci se ferait à travers la planification et la mise en œuvre de solutions et choix pertinents et efficaces centrés sur la transition vers de nouveaux modèles de développement et d’aménagement urbains et modes de vie plus respectueux du climat mais aussi résilients aux impacts climatiques. Cette pleine implication des autorités locales dans les politiques climatiques se feront à travers plusieurs types d’activités : n Intégrer dans les processus de planification territoriale et communale, notamment les plans quinquennaux, la transition bas-carbone ainsi que la vulnérabilité et les risques liés aux changements climatiques ; n Conception et établissement de plans d’actions climat ciblant l’intégralité des périmètres des communes ; articulés autour des deux composantes transition bas-carbone et résilience, en misant sur des approches des villes vertes, intelligentes et résilientes ; n Elaborer des plans de mobilisations des ressources et de renforcement des capacités visant à aider les autorités locales et communales à concrétiser leurs plans climat ; n Etablir des systèmes de suivi-évaluation des politiques climatiques et des impacts du CC à l’échelle des territoires, et plus particulièrement des communes ; n Généraliser le processus de réalisation de bilans carbone à l’ensemble des communes tunisiennes, et pérenniser ce processus. 8.7. Le renforcement des capacités L’implémentation optimale de la SNBC&RCC exigera un renforcement des capacités institutionnelles pour que la stratégie soit encadrée par des institutions fortes, capables d’en appuyer la mise en œuvre. En outre, il convient d’accroitre les connaissances du grand public sur les enjeux de la stratégie dans les années à venir, en lançant un plan de communication et de sensibilisation sur les concepts de base, les enjeux et les risques liés aux changements 145 144 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 climatiques et sur la manière dont la stratégie pourra répondre aux défis du développement. La société civile pourrait jouer un rôle clé - et a déjà commencé à le faire - dans la mise en œuvre de ce plan. Au niveau technique, il y a lieu de prévoir une assistance technique pour le montage notamment financier des projets CC. Dans sa CDN actualisée, la Tunisie a explicitement abordé la question du renforcement des capacités, en en faisant un levier important de la transition bas-carbone et de la résilience aux CC. La SNBC&RCC représentera un prolongement de ce que préconise la CDN sur ce thème transversal, qui couvrira notamment, la formation des acteurs, le renforcement institutionnel, ainsi que l’assistance technique aux programmes sectoriels d’atténuation et de résilience, au montage de projets climat et à l’accès au financement. 8.8. Sensibilisation et communication La mise en œuvre de la SNBCRCC nécessite la mise en place d’un Programme de sensibilisation, communication et d’information autour de cette stratégie dans le but d’informer le grand public, les décideurs, les acteurs principaux dans les domaines de l’atténuation et de l’adaptation aux CC. Il concernera des différents acteurs afin que les approches transversales d’adaptation incrémentale et transformative soient mieux intégrées dans les différents niveaux de planification et d’opérationnalisation des programmes intersectorielles nationaux. Cette orientation est adaptée du plan de sensibilisation, d’information et de renforcement des capacités dans le domaine du CC 72. Ce programme intégrera également une composante de plaidoyer pour la société civile auprès des décideurs politiques (parlement et gouvernement) pour assurer et garantir la mise en œuvre de cette stratégie et aussi auprès des bailleurs de fonds pour soutenir la mobilisation des ressources financières. 8.9. La prise en compte des questions du genre, des jeunes et des groupes vulnérables Dans sa CDN actualisée, la Tunisie a explicitement abordé le rôle de la femme dans la transition bas carbone et dans la résilience aux CC. S’agissant du volet bas-carbone, elle a réaffirmé le rôle essentiel de la femme dans l’accélération de l’atteinte des objectifs fixés, notamment dans le secteur des énergies renouvelables et de l’économie verte, mais aussi et surtout dans celui de l’AFAT. La CDN actualisée a ajouté que dans ces secteurs, de nombreuses mesures de transition bas-carbone requièrent des besoins en talents et compétences variées et surtout complémentaires auxquels les femmes tunisiennes peuvent répondre, tout en permettant d’avoir une juste distribution des bénéfices. La SNBC&RCC valide évidemment cette orientation, la prolongera et la consolidera : la SNBC&RCC misera ainsi sur toutes les compétences disponibles et tous les atouts humains, et valide la volonté de la Tunisie de contribuer à la réalisation des Objectifs de Développement Durable (ODD), dont presque tous comportent une dimension liée au genre. La SNBC&RCC prolongera également les modes d’intervention prévus par la CDN, qui précise qu’en soutien aux efforts déjà amorcés par les pouvoirs publics ces dernières années sur les questions d’équité du genre et d’autonomisation des femmes et des jeunes, la CDN d’attachera à généraliser et systématiser la collecte de données quantitatives et qualitatives ventilées par sexe, âge et région pour une meilleure analyse et une aide plus efficace à la décision, de poursuivre la promotion de l’égalité et l’équité du genre à toutes les échelles des mesures de transition bas-carbone et de résilience. Plus particulièrement, en matière de formation, la SNBC&RCC consolidera l’adaptation des programmes de formation et de développement des compétences dans les domaines techniques et non Tableau 12 Vue d’ensemble des interventions programmées et mécanismes de mise en œuvre Chantiers Renforcer la Favoriser Obtenir la Développer Faire évoluer les programmatiques capacité d’agir l’autonomisation participation des l’appartenance barrières /Orientations des hommes et des femmes et des hommes et des des femmes et structurelles stratégiques femmes avec leur filles avec leurs garçons avec hommes avec (lois, politiques, diversité sociale à diversités sociales leurs diversités leurs diversités normes, pratiques s’adapter d’une et tirer parti de sociales sociale à la institutionnelles) manière équitable leurs expériences, dynamique de dans la lutte de leurs groupe contre le CC connaissances communautaire et de leurs et à l’activisme compétences (ACE) Mécanismes Renforcer l’unité Désigner des Renforcer les Intégrer la Mise en place d’un système de de mise en GIS-CC défenseurs de compétences dimension suivi axé sur les résultats de la œuvre l’égalité de genre relatives à la genre-CC dans stratégie sensible au genre problématique les PAP’s Intégrer la dimension transformationnelle de genre dans l’ensemble de la stratégique (cadre d’adaptation Les mécanismes de mise en œuvre se déclineront en cinq axes. 8.9.1. Renforcer l’Unité Genre et Inclusion sociale (GIS)-CC de moyens humains et financiers Récemment, le Ministère de l’environnement et le Ministère de la femme de la famille et des séniors ont développé un mécanisme institutionnel en mettant en place une cellule Genre et changements climatiques porté par le Ministère de la femme de la famille et des séniors et ce à l’occasion de l’élaboration d’un plan d’action national genre-CC. Ce mécanisme jouera le rôle de coordination technique entre les secteurs prioritaires, de mise en œuvre et suivi et évaluation des mesures climatiques sensible au genre. A l’instar d’autres comités (par exemple : le comité national pour les femmes, le comité national de la famille, etc.), un Arrêté portant création d’un comité national Genre inclusion sociale-Climat au sein du Ministère de la femme, de la famille et des séniors représentant les secteurs concernés est en cours de finalisation. En application de la nouvelle LOB de 2019,73 ce sont les chargés de programmes et de missions des secteurs qui seront les membres du comité national Genre Climat. 73 Loi Organique du Budget. 72 (MALE/PNUD. 2017 : Elaboration d’un plan de sensibilisation et d’information et d’un plan de renforcement des capacités dans le domaine du CC) techniques de l’atténuation, aux besoins/contraintes des femmes et de leur en faciliter l’accès afin qu’un entreprenariat féminin s’y développe. Par ailleurs, la SNBC&RCC poursuivra l’appui à la participation des femmes et des jeunes, en vue d’atteindre la parité, dans toutes les instances de concertation et de gouvernance mises en place en lien avec le climat. De même, la SNBC&RCC consolidera l’effort entamé en matière de mise en réseau des femmes, des jeunes et des autres groupes vulnérables (personnes âgées, personnes en situation de handicap, personnes fragiles, etc.) afin qu’ils bénéficient des expériences des uns et des autres et renforcent leur pouvoir de négociation et de décision mais aussi leur contribution aux programmes visant la transition bas-carbone et la résilience. Plus spécifiquement, la mise en œuvre de la SNBC&RCC tenant compte de l’approche Genre inclusion sociale (GIS) nécessitera une rupture avec le « statu quo ». Ainsi, cinq mécanismes seront portés à exécution pour assurer la mise en œuvre des interventions programmatiques, qui à leur tour appuieront au final la réalisation du cadre de transition bas-carbone et de résilience aux CC à l’horizon 2050. 147 146 Stratégie de Développement Neutre en Carbone et Résilient aux Changements Climatiques à l’horizon 2050 - Octobre 2022 En effet, ce sont eux qui veillent à la préparation du budget suivant des objectifs et des indicateurs garantissant l’équité et l’égalité des chances entre les hommes et les femmes et d’une manière générale entre les différentes catégories sociales. Le rôle technique exercé par le comité national Genre Inclusion Sociale-Climat sera complété par le rôle politique du conseil des pairs 74, organe directement lié à la présidence du gouvernement, qui validera le rapport de mise en œuvre de la SNBC&RCC en matière de genre et toutes autres politiques climatiques en la matière et jouera le rôle de défenseur de l’intégration des dimensions GIS au sein de toutes les politiques nationales. 8.9.2. Désigner des défenseurs de l’égalité de genre et inclusion sociale dans la mise en œuvre des mesures sectorielles climatiques Des défenseurs de l’égalité de genre seront désignés pour appuyer le déploiement de la SNBC&RCC pour l’égalité des genres et son intégration au sein des secteurs. Il s’agit des représentantes genre qui sont déjà investies de l’autorité pour défendre les enjeux prônant l’égalité de genre et l’inclusion sociale. Celles-ci recevront des formations en matière des changements climatiques et de l’intégration de l’approche genre en vue d’assurer la défense de l’égalité des genres au sein de leur division. En effet, selon son mandat, le conseil des pairs est chargé de « l’observation des difficultés rencontrées relative à l’intégration de l’approche genre et la soumission des propositions de réformes législatives et réglementaires et des mesures administratives pour surmonter lesdites difficultés ». Dans un premier temps, ces défenseurs seront formés en fonction des besoins et constitueront un groupe de défense politique genre et CC. Des défenseurs de l’égalité des genres dans les changements climatiques seront désignés également dans le cadre des associations climatiques et/ou féministes. La stratégie apportera son soutien à ces associations partenaires pour qu’elles consacrent le temps et les ressources nécessaires à la mise en œuvre accélérée de la stratégie pour l’égalité des genres. 8.9.3. Renforcer les compétences relatives à l’intégration du genre dans la stratégie L’un des constats des problématiques de genre portait sur le nécessaire renforcement des capacités concernant la problématique du genre dans les questions climatiques notamment aux différents niveaux national et local. À cette fin, toutes les personnes chargées des dossiers Climat et/ou genre recevront une formation d’initiation au genre et changements climatiques. Cela concerne notamment les personnes impliquées dans la cellule genre-climat, l’UGPO et ses comités consultatifs sur l’adaptation et l’atténuation ainsi que le suivi de la CDN, les cheffes d’arrondissement du bureau de la femme rurale, le caucus des femmes parlementaires, l’académie parlementaire pour le développement durable, les commissions locales chargées de l’environnement et de l’égalité des chances, les ONG impliquées. Dans un second temps, l’Unité Genre-Climat se chargera de l’élaboration de ces matériels de formation, des guides didactiques, des supports pédagogiques avec le concours d’experts en la matière qui seront diffusés à travers l’UGPO en vue de tenir les personnes impliquées informées des toutes dernières idées et bonnes pratiques de programmation en la matière. 8.9.4. Intégrer la dimension genre-CC dans les plans annuels de performances (PAP) des secteurs La mise en œuvre réussie de la SNBC&RCC pour l’égalité de genre sera tributaire de la mise à disposition d’un budget correspondant. A titre illustratif, la composante résilience de la SNBC&RCC a prévu des indicateurs mesurables en la matière et appellera par conséquent tous les secteurs prioritaires à planifier et budgétiser des activités qui contribuent directement à la mise en œuvre de la stratégie en matière de genre. Il s’agira de réviser les orientations des PAP pour s’assurer que les secteurs entreprennent au moins une activité qui relève des cinq chantiers programmatiques. Les chargées de programmes et de missions des secteurs représentés dans le comité national Climat-genre se chargeront d’intégrer cette dimension au niveau des PAP. 8.9.5. Mise en place d’un système de suivi axé sur les résultats de la stratégie sensible au genre Ce mécanisme consiste à renforcer les systèmes de collecte de données pour fournir des éléments et des actions solides sur la stratégie en matière de genre et faciliter le contrôle de qualité interne et externe et le suivi annuel de la SNBC&RCC en matière de genre. Il est jugé nécessaire à l’heure actuelle d’accroître la transparence des rapports sur les résultats de la stratégie en matière de gente, et il sera donc nécessaire d’employer les modèles qui seront développés dans le cadre du système national de transparence renforcé. D’ailleurs, le système de S&E a constitué un domaine prioritaire au niveau du PAG-CC mettant en place une plateforme de partage des résultats sur la base des différentes politiques climatiques notamment la SNBC&RCC. La cellule GIS-CC collaborera avec les secteurs concernés de la SNBC&RCC et en partenariat avec l’INS pour améliorer les systèmes de mesure afin d’évaluer de manière systématique les actions transformatives en matière de genre, de partager les enseignements tirés et de tendre vers une collecte plus systématique de données selon des variables associées (par âge, par sexe, par revenu, par statut migratoire, situation d’handicap, etc.). Il s’agira dans un premier temps de finaliser le cadre de suivi et d’évaluation de la stratégie en matière de genre et de fixer des objectifs ambitieux tout en restant réalistes et dans un deuxième temps de prévoir une étude d’évaluation de la mise en œuvre de la stratégie en matière de genre chaque 5 ans jusqu’à 2050. 74 Décret gouvernemental n° 2016-626 du 25 mai 2016, portant création du conseil des pairs pour l’égalité et l’équivalence des chances entre la femme et l’homme. Elaborée et coordonnée par Ministère de l’Environnement Immeuble CAPRA - Centre Urbain Nord - Avenue Mohamed Béji Caïd Essebsi T +216 71 136 300 F +216 71 136 303 E boc@mineat.gov.tn W www.environnement.gov.tn En coopération avec Projet Renforcement des capacités institutionnelles pour la mise en œuvre de la NDC en Tunisie & Projet Renforcement des capacités et appui à l‘exécution de la politique nationale d‘adaptation aux changements climatiques en Tunisie Deutsche Gesellschaft für Internationale Zusammenarbeit (GIZ) GmbH B.P. 753, 1080 Tunis-Cedex Tunesien / Tunisie T +216 71 901 355 F +216 71 908 960 E info@giz.de W www.giz.de Mis en œuvre par En coopération avec