Forêts durables
Made 2005 · Text as of 2026-10-01
Public law and official guidance, published as research. Not legal, tax or financial advice.
About this law
- Language
- French
- Kind
- policy
- Organisation
- European Union
- Country
- Tunisia
- Subjects
- Environment, Forestry
- Keywords
- early warning system, fire management, public participation, capacity building, education, hazards, sustainable use, timber extraction/logging, afforestation/reforestation, forest management/forest conservation, governance, research, agricultural development, agro-forestry, climate change, soil conservation/soil improvement, ecosystem conservation, poverty, institution, non-wood forest products, processing/handling, protected area, transport/storage, community management, pastoralism
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République Tunisienne Ministère de l’Environnement et du Développement Durable Agence Nationale de Protection de l’Environnement Forêts durables Observatoire Tunisien de l’Environnement et du Développement Durable Édition: novembre 2005 PICTURA (216) 71 78 80 77 3 F o rê ts D u ra b le s AVANT PROPOS Dans la perspective d’ancrer les principes de développement durable et de mettre en place un outil d’évaluation et de suivi des politiques, stratégies et programmes dans certains sec teurs, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable a entrepris, la réali sation de rapports et guides sur le développement durable pour plusieurs secteurs dont on peut citer l’agriculture, la pêche et l’aquaculture, les forêts, l’industrie, le tourisme, l’énergie, le transport… L’Observatoire Tunisien de l’Environnement et du Développement Durable (OTED) a été chargé d’accomplir cette mission. Le présent rapport, qui porte sur le thème «Forêts durables» a été préparé en 2002 par Monsieur Abdelmajid El Hamrouni, expert national, avec la collaboration d’un comité de réflexion constitué à l’occasion. Ce rapport a été réexaminé et actualisé en 2004 et a fait l’objet de plusieurs ateliers de travail avec la participation des établissements et institutions concernées tels que l’Institut National de Recherche en Génie Rurale Eaux et Forêts (INRGREF), l’Institut National de Recherche Agricole de Tunisie (INRAT), la Direction Générale de Planification et de Développement des Investissements Agricoles (DGPDIA), la Direction Générale des Forêts (DGF). La version finale du rapport a été examinée par le comité technique de la Commission Nationale de Développement Durable et approuvée par la Commission Nationale de Développement Durable lors de sa 10ème réunion tenue le 18 Décembre 2004. Ce projet a été cofinancé par la Coopération Technique Allemande « GTZ » et l’Agence Nationale de Protection de l’Environnement (ANPE). 4 F o r ê t s D u r a b l e s SOMMAIRE Introduction 7 1. Les forêts tunisiennes et leurs caractéristiques 8 1.1. Les forêts naturelles 8 1.2. Les forêts artificielles 9 1.3. Les parcours 9 1.4. Les caractéristiques des forêts tunisiennes 10 2. Les fonctions de la forêt 12 2.1. La fonction écologique 12 2.2. La fonction économique 13 2.2.1. Les ressources et les industries forestières 13 2.2.2. Le tourisme 16 2.3. La fonction sociale 17 3. L’élaboration de la politique forestière et ses étapes 19 3.1. La période pré-coloniale 19 3.2. La période coloniale 19 3.3. La période post-coloniale 19 3.3.1. L’étape 1956-1970 20 3.3.2. L’étape 1971-1987 22 3.3.3. L’étape actuelle 23 4. Les stratégies forestières de conservation, de gestion et de développement durable 24 4.1. Stratégie nationale de reboisement, d’amélioration pastorale et de lutte contre l’ensablement 25 4.1.1. Les reboisements forestiers et pastoraux 25 4.1.2. Les aménagements forestiers et pastoraux 29 5 F o rê ts D u ra b le s 4.1.3. La lutte contre l’ensablement 30 4.1.4. Le renforcement de la recherche 30 4.1.5. La participation des populations et les opérations pilotes de développement 30 4.2. Stratégie de lutte contre les incendies 31 4.3. Stratégie nationale de développement forestier et pastoral 32 4.4. Stratégie de conservation de la flore et de la faune sauvages et des aires protégées 32 4.5. Mise en œuvre des stratégies et de la politique forestières 33 4.6. Les indicateurs du développement forestier et pastoral 38 5. Les contraintes 39 5.1. Contraintes naturelles 39 5.2. Contraintes foncières 39 5.3. Contraintes économiques 40 5.4. Contraintes sociales 40 5.5. Contraintes législatives 40 Conclusion 41 Bibliographie 42 Annexes 45 7 F o rê ts D u ra b le s INTRODUCTION Le domaine boisé de l’Etat couvre, selon le dernier inventaire forestier national (1995), une superficie totale de 830737 ha. Parmi ces derniers, on compte 179000 ha de feuillus, 456900 ha de résineux, et 194837 ha de maquis et de garrigues non arborés. Ces for mations qui peuvent être également classées en peuplements naturels couvrant 517000 ha (forêts, maquis et garrigues) et en peuplements issus de reboisements occupant 320000 ha, constituent de belles futaies, de boqueteaux ou se présentent sous la forme de matorrals avec ou sans arbres. Quelles que soient leur nature et leur physionomie leur gestion est appelée à se faire dans le sens du développement durable. L’Agenda 21 National définit le Développement Durable comme étant « un processus glo bal de changement dans lequel l’économie contribue à l’amélioration du bien-être humain des générations actuelles sans compromettre ou hypothéquer la possibilité pour les géné rations futures de s’assurer un bien-être au moins semblable au notre ». Ce changement global se fait sous la contrainte de la préservation du capital global de la société ou les ressources globales de la société et il se décompose en trois ensembles: le capital physique le capital naturel ou environnemental le capital humain. Les forêts tunisiennes, avec leurs caractéristiques écologiques, économiques, sociales ainsi que leur gestion, qui seront examinées par la suite, répondent-elles aux objectifs du déve loppement durable? 8 1. LES FORETS TUNISIENNES ET LEURS CARACTERISTIQUES Les formations forestières naturelles et artificielles ainsi que leurs caractéristiques seront présentées d’une manière succincte. 1.1. Les forêts naturelles Les formations forestières naturelles sont constituées de chênaies et de pinèdes. Les chê naies les plus importantes sont la zénaie (6400 ha) et la subéraie (45460 ha). La presque totalité des peuplements de chêne zeen occupe la partie alticole de la Kroumirie, alors que le chêne liège couvre une bonne partie de la Kroumirie et des Mogods. Parmi les chênaies secondaires, le chêne kermès, en mélange avec les genévriers rouges et oxycèdres, couvre presque toujours à l’état de buissons, les dunes du littoral septentrio nal, de Tabarka à Nabeul. Il prend, mais très rarement, la forme arborée (Saouania, El Haouaria). Le chêne vert occupe les sommets de la Dorsale et des Monts du Mellègue, pur ou en mélange avec le pin d’Alep. Hormis quelques petites stations (Bargou, Kroumirie méridionale) et quelques sujets isolés (Forêts de la Kessera et de Sakiet Sidi Youssef), le chêne vert est, soit à l’état de buisson quand il est en mélange avec le pin d’Alep, soit à l’état de perchis lorsqu’il est seul dans des conditions écologiques favorables. A ces essences principales s’ajoutent sporadiquement le Pistachier de l’Atlas et le Caroubier, ainsi que les espèces des bords d’oueds à écoulement permanent, dites espèces de la ripisylve (Peuplier blanc, Saule, Frêne, Aulne...). Les principales pinèdes sont celles du pin maritime et du pin d’Alep. Le pin d’Alep est l’es pèce forestière dont l’extension territoriale est la plus importante (297000 ha). Il s’étend sur l’ensemble de la Dorsale et sur les Monts du Mellègue, depuis la frontière tuniso-algé rienne jusqu’aux environs du golfe de Tunis. Le pin maritime, seul ou en mélange avec le chêne liège n’existe à l’état spontané qu’en Kroumirie (3800 ha). Le Thuya de Berbérie, succédant au pin d’Alep sur la Dorsale, se localise dans le golfe de Tunis où il s’étend sur presque 22000 ha. Le gommier (Acacia tortilis subsp raddiana) de Jbel Bou Hédma et de Blèd Talh, relique d’une ancienne forêt tropicale du Tertiaire, s’étend de son coté sur envi ron 15000 à 20000 ha. F o r ê t s D u r a b l e s 9 F o rê ts D u ra b le s 1.2. Les forêts artificielles Les formations forestières « artificielles » issues de reboisement sont à base d’espèces locales, en particulier le pin d’Alep, et d’espèces exotiques, notamment le pin pignon, les Acacias et les Eucalyptus. Le pin pignon, occupe sur les dunes maritimes quelques 17000 ha. Les Acacias introduits comme fixateurs des dunes littorales, sont aujourd’hui visibles et plus particulièrement Acacia cyanophylla, sur la presque totalité du territoire, comme arbuste fourrager. Ils couvrent une superficie totale de prés de 20000 ha. Compte tenu de la diversité des espèces et de leur écologie, les Eucalyptus sont partout présents. Mais c’est surtout aux Mogods et au Cap-Bon qu’ils forment les plus beaux peu plements. Leurs boisements représentent 28500 ha environ. 1.3. Les parcours Outre l’espace forestier, les autres terrains de parcours qui couvrent une superficie totale de 4700000 ha, sont majoritairement constitués par des formations végétales steppiques. Parmi ces dernières, les principales étant situées en Tunisie centrale et pré-saharienne, sont la steppe à alfa (Stipa tenassicima) qui à elle seule couvre 743000 ha, celles à arfej (Rantherium suaveolens), à chih ou armoise blanche (Artemisia inculta = A.herba alba), à bêguel (Hammada schmittiana = Arthrophytum schmittianum), à remth (Hammada scoparia=Arthrophytum scoparium). Les steppes sahariennes sont constituées par la steppe à ghezdir (Anthyllis sericea subsp henoniana) et à Korchid (Gymnocarpos decander) alors que les dunes désertiques abri tent le sbat (Stipagrostis pungens= Aristida pungens), l’arta (Calligonum arich), l’azel (Calligonum azel) ou l’alenda (Ephedra alata subsp alenda). Les steppes à hallophytes (Atriplex, Limoniastrum, suaeda, Salsola, zygophyllum…) de leur coté, se retrouvent depuis Sebkhet El Mabtouha au Nord, jusqu’à l’extrême sud du pays. Du point de vue superficie les parcours se répartissent comme suit : Parcours forestiers : 970000 ha soit 17,6% Parcours alfatiers : 743700 ha soit 13,5% Parcours collectifs et domaniaux : 2500000 ha soit 45,5% 10 Parcours privés : 1200000 ha soit 21,8% Parcours privés en extrême indivision : 85000 ha soit 1,6% Quel que soit leur statut foncier, les parcours sont tous soumis au régime forestier pour assurer leur conservation, leur amélioration et leur gestion. 1.4. Les caractéristiques des forêts tunisiennes Appartenant aux écosystèmes forestiers méditerranéens, les forêts tunisiennes évoluent dans des conditions édapho-climatiques contraignantes. Elles sont vulnérables et très sen sibles aux facteurs de dégradation. Le climat est caractérisé par une sécheresse estivale constante et des séries d’années suc cessives à pluviométrie insuffisante. Les sols, à quelques exceptions prés, peu humifères, peu épais, souvent érodés, sont peu fertiles. Hormis les forêts situées dans les ambiances bioclimatiques humide et sub--humide où les conditions du milieu physique sont relativement favorables (Kroumirie, Mogods et Cap Bon), l’ensemble des formations forestières souffre de l’aridité climatique et de la médio crité des sols. A ces contraintes naturelles s’ajoutent les actions anthropiques et leurs effets néfastes (incendies, défrichements, surpâturage). Depuis les époques Capsienne et Néolithique, l’homme exploite, défriche et brûle la forêt. Beaucoup d’auteurs sont unanimes sur le fait que la forêt tunisienne a payé un lourd tri but durant les périodes coloniales romaine et française (Bonniard 1934, Despois 1940, Le Houérou 1969). Les ruines éparpillées en forêt et dans la steppe alfatière témoignent de l’ampleur des défrichements romains, et les 250000 ha attribués aux colons français pour les convertir en terres céréalières sont là pour attester l’amputation sévère subie par les terres forestières. La sensibilité au feu est favorisée par la nature du climat et le tempérament des essences fores tières, plus accentuée particulièrement chez les résineux. Intenses durant la première moitié du vingtième siècle, fréquents aujourd’hui, les incendies de forêts sont une menace réelle et permanente pour la pérennité des peuplements sylvicoles quand ils ne sont pas jugulés. F o r ê t s D u r a b l e s 11 F o rê ts D u ra b le s De ces contraintes et de cette pression il en est résulté progressivement la dégradation des écosystèmes forestiers. Cette dégradation se traduit par: Une substitution du maquis et de la garrigue aux belles futaies de chênes ou de pins, si bien que ces formations de dégradation occupent aujourd’hui prés de 40% de la super ficie boisée du pays. La superficie occupée par les arbres de chêne liège est passée de 127000 (Boudy 1955) à 45500 (IFN 1995), soit une transformation annuelle moyen ne de forêt en maquis de 1,5% de la surface initiale. Durant la même période, la régres sion de la superficie arborée du chêne zeen a été de 1,6%, celle du Thuya de 0,65% et celle du pin d’Alep de 0,3% malgré la compensation par les reboisements. Des auréoles de déforestation de plus d’un kilomètre de rayon autour des Douars. La perte selon la FAO (1999) de 3000 ha de forêts naturelles entre 1990 et 1995, perte compensée certes par les reboisements donnant un bilan positif de 0,2%. La disparition de la couverture végétale forestière qui est à l’origine de l’érosion des sols forestiers, de l’accentuation du ruissellement et par voie de conséquence de l’érosion des terres agricoles et de l’envasement des barrages situés en aval de la forêt. Les études montrent que sous forêt, le ruissellement est 2 fois plus faible que dans les olivettes trai tées en CES et 4 fois moindre que sur les terres à céréales, ce qui montre bien le rôle protecteur du sol par la couverture forestière. La régénération naturelle de certaines espèces et en particulier du chêne liège, déjà entravée par les contraintes du climat, est encore contrariée par les perturbations induites par 1’homme et ses troupeaux. Autour et à l’intérieur de la forêt vit le dixième de la population tunisienne dont 11000 personnes occupent illicitement 22500 ha. Outre les droits d’usage que lui confère le code forestier, cette population procède malgré la vigilance du forestier, à des prélève ments de bois et à des défrichements illicites, accentuant la dégradation du patrimoine. La dégradation des parcours est due à la très forte charge qu’ils subissent et aux mauvaises pratiques de leur exploitation auxquelles, par des améliorations et aménagements appro priés, l’administration forestière ne cesse de déployer des efforts pour les neutraliser. Ainsi, les forêts et parcours tunisiens, constitués par diverses espèces, sont caractérisés par des conditions climatiques difficiles, des sols peu fertiles, une forte sensibilité au feu, à 1’éro sion, et au surpâturage. Ils forment des écosystèmes très fragiles, à régénération naturelle difficile et à faible productivité. 12 Depuis plus d’un siècle, étape par étape, selon une politique de gestion adaptée aux cir constances, le forestier ne cesse de les protéger et de lutter contre leur dégradation pour qu’elles assurent leurs fonctions écologique, économique et sociale. 2. LES FONCTIONS DE LA FORET Elles sont à la fois écologique, économique et sociale. 2.1. La fonction écologique Les forêts tunisiennes ont une importante fonction en matière de conservation de la bio diversité et de protection des sols et des terres agricoles. En matière de biodiversité végé tale les forêts recèlent des endémiques tunisiennes, maghrébines, et méditerranéennes, et bien d’autres espèces rares ou très rares. Le chêne afarès (Quercus afares), le laurier sauce (Laurus nobilis), le cyprés de Makthar (Cupressus sempervirens f numidica), l’erable de Montpellier (Acer monspessulanum), le sorbier (Sorbus aria), le gommier (Acacia tortilis subsp raddiana), le caroubier (Ceratonia siliqua), le pistachier de l’Atlas (Pistacia atlanti ca), le doum (Chamaerops humilis) entre autres, constituent en Tunisie une série d’es pèces forestières peu représentées naturellement, ou devenus rares. Leur conservation et leur protection sont assurées par la mise en défens dans certains parcs nationaux (EI Feija, l’Ichkeul, Zembra, le Serj, le Chambi, le Bou Hédma). L’ensemble de ces essences, qu’elles soient abondantes ou rares, constitue le patrimoine forestier national. La faune sauvage de son coté est très variée à l’échelle du pays en général et au niveau des formations forestières en particulier. Buffle, cerf de berbérie, gazelle de montagne, mouflon à manchettes, sanglier, renard, chacal, hyène rayée, loutre, mangouste, genette, caracal, serval, porc-épie à coté de toute une herpétofaune, une avifaune et une entomo faune riches en espèces, se partagent l’espace forestier tunisien. Il est une erreur grave de considérer que l’on puisse se passer du rôle important des forêts dans la protection et la mise en valeur des terres agricoles situées en aval de celles-ci. La réduction du ruissellement des eaux, la conservation des sols et de leur humus, soit donc de leur fertilité, la réduction très sensible de l’envasement des barrages, la protection des champs, des oasis, des routes, des canaux d’irrigation et des villages contre l’ensablement, la protection des cultures contre le vent, la lutte contre la désertification, sont autant de F o r ê t s D u r a b l e s 13 F o rê ts D u ra b le s points parmi d’autres à mettre à l’actif des forêts dans leur fonction de protection et de mise en valeur. C’est cette fonction écologique essentielle et élément fondamental du développement durable que jouent les forêts en Tunisie. L’une des premières tâches qui s’impose est la conservation des forêts existantes, l’autre et de développer leur étendue et de diversifier leurs ressources. 2.2. La fonction économique Elle réside dans les diverses ressources forestières et de leur utilisation d’une part et dans le tourisme d’autre part. 2.2.1. Les ressources et les industries forestières Les ressources forestières sont à la fois ligneuses et non ligneuses; le bois, le liège, l’alfa, le miel, les essences de distillation, les produits de la chasse, la production fourragère, en sont les principales. Elles ont donné naissance à diverses industries de transformation sous forme de grandes unités industrielles tels que la cellulose et le liège, ou sous forme d’uni tés artisanales telles que la distillation du myrte et du romarin, ou la construction navale. La quantité d’alfa récoltée varie en fonction de la pluviométrie annuelle et de la disponibi lité de la main d’œuvre. Le graphique suivant donne la quantité annuelle moyenne d’alfa récoltée par décennie : Production alfatière annuelle moyenne par décennie Source : El Hamrouni et Kraiem 0 20000 40000 60000 80000 100000 120000 1995/20041985/941975/841965/741955/641945/54 Décennies To nn es 14 On estime qu’à partir de 50000 T de feuilles d’alfa, l’usine de la Société Nationale de Cellulose et de Pâte à Papier (SNCPA) est capable de produire 14 000 T de pâte d’alfa. La quantité d’alfa transformée en pâte à papier de 1998 à 2003 et ses prix de revient sont les suivants : Tableau n°1 : Production de pâte à papier Année Production (T) Prix de revient usine (DT) Prix de revient CIF (DT) 1998 16084 056 1132 1999 1471 994 1143 2000 12213 1039 1178 2001 10123 1293 1443 2002 7542 1800 1943 2003 10690 1471 1611 Source : SNCPA Kasserine, in El Hamrouni et Kraiem Production de Pâte à papier Concernant les huiles essentielles, les quantités d’essence produites de romarin et de myrte et leurs recettes durant la période 1997-2002, sont données par le tableau suivant: Tableau n° 2 : Production et valeur d’exportation des huiles de romarin et du myrte Produit Poids/Recette 1997 1998 1999 2000 2001 2002 Romarin Poids en Kg 71299 76409 79337 61042 75955 33019 Recette Dinar 1359941 1630735 697097 1335869 1893554 1412923 Myrte Poids en Kg 4800 3009 1417 4075 8343 2316 Recette Dinar 274089 180002 84298 189846 402265 148750 Source: INS F o r ê t s D u r a b l e s 0 5000 10000 15000 20000 200320022001200019991998 To nn es 15 F o rê ts D u ra b le s Production et valeur d’exportation des huiles de romarin Production et valeur d’exportation des huiles du myrte La production potentielle de bois est estimée à 887000 m3/an, soit une productivité moyenne de l m3/ha/an, dont le bois de feu représente plus de 60%, le reste est consti tué par le bois d’œuvre et d’industrie et le bois de service. Les recettes totales de la DGF provenant de ces ressources lors de la période 1995-2003 se présentent, comme suit : Tableau n°3 : Recettes des produits forestiers Unité: Dinar Tunisien Produit 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Liège 3846355 3217690 5319920 10571100 9204480 9178980 5793350 7143380 5722510 Bois 1231335 1467483 3643110 2577177 3317500 3112396 3167046 4075573 3332343 Chasse 1049440 1049744 1049310 1063000 414647 211462 223136 543235 536618 Parcours 185900 222140 268400 271870 214968 159000 110920 112000 137996 Pro. secondaire 940500 1774400 1231184 1141009 946231 1173201 1706747 1252583 1610700 Autres 187550 172280 153336 183332 163877 159020 157500 205812 156228 Total 7441080 7903737 11665260 15807488 14261703 13994059 11158699 13332583 11496395 Source: Régie d’Exploitation Forestière 0 500000 1000000 1500000 2000000 200220012000199919981997 0 10000 20000 30000 40000 50000 60000 70000 80000 90000 K g D in ar s Poids en Kg Valeur d'exportation en Dinars 0 50000 100000 150000 200000 250000 300000 350000 400000 450000 200220012000199919981997 0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000 9000 K g D in ar s Poids en Kg Recette en Dinars 16 Ce tableau montre que les recettes qui se situaient entre 7et 8 millions de dinars les deux premières années ont dépassé la barre des 11 millions de dinars en 1997 et ont doublé à partir de 1998, le liège étant la filière la plus rémunératrice, représentant 44 à 66% du total. 2.2.2. Le tourisme La forêt tunisienne ne manque pas d’atouts pour attirer les touristes. Paysages pittoresques, flore variée, faune cynégétique encore diversifiée, s’offrent au promeneur à la recherche de la quiétude, au scientifique en quête d’une espèce rare, au Nemrod à l’affût d’un lièvre ou d’un sanglier. Ces atouts sont confortés d’une part par l’organisation de la chasse et d’autre part par la création depuis longtemps de parcs nationaux, de parcs urbains et d’aires pro tégées, favorisant ainsi le tourisme de chasse et le tourisme écologique et récréatif. 2.2.2.1. Le tourisme de chasse A une heure de vol de l’Europe, dotée d’une bonne infrastructure hôtelière, la Tunisie est bien placée pour accueillir lors des fins de semaines, les touristes chasseurs en provenan ce d’Allemagne, de France ou d’Italie, dont le nombre de fusils s’ajoute à celui des chas seurs locaux qui dépasse le million. Les chiffres du tableau n°3 montre que les recettes provenant de ce secteur (dont 21,3 % reviennent aux touristes chasseurs étrangers) sont substantielles, du moins entre 1995 et 1998. Mais à partir de 1999 on enregistre une perte brutale allant de 50 à 80% par rap port à la moyenne des quatre premières années . Cette diminution est due en grande partie au raccourcissement de la période de chasse pour mieux favoriser l’accroissement du gibier, mais également au fait que l’exercice de ce sport, compte tenu de ses frais élevés, n’est plus à la portée de toutes les bourses tuni siennes. 2.2.2.2. Le tourisme écologique La fréquentation des parcs nationaux dont les plus visités, sont l’Ichkeul, le Boukornine, le Chambi, le Bou Hédma et Sidi Toui, bien qu’encore timide, est en progression. Elle se fait par les étrangers, mais surtout par les nationaux. Le tableau suivant en donne une idée. F o r ê t s D u r a b l e s 17 F o rê ts D u ra b le s Tableau n° 4 : Fréquentation des parcs nationaux Unité: visiteur 1991 1992 1993 1994 1995 1996 1997 1998 1999 2000 2001 2002 2003 Ichkeul * N. 33623 36286 50395 42863 49097 56445 44600 34001 34041 30437 31469 36099 31928 E 1665 1562 3634 3788 4780 3975 3560 4425 5016 4140 4108 4224 3260 Chambi N 7624 9004 9893 10121 10593 10.329 8627 9212 6880 8717 13747 11781 12156 E 151 310 245 226 122 195 254 290 391 394 180 224 313 SidiToui N 5047 10262 6758 9454 6772 18758 14000 10300 - - - - E 696 912 408 294 247 833 709 1070 - - - - Boukomine N 16200 2033 18500 25000 31200 28220 31150 31600 35089 25561 31630 35410 37960 E 80 95 90 102 120 150 220 150 562 219 186 329 222 Bouhédma N 428 1697 2587 1992 1195 3697 2840 2000 3352 4690 5366 9749 8221 E 60 93 430 373 149 248 280 320 281 164 231 175 129 Total 65574 80521 92940 94213 104995 122850 106240 93368 - - - - *N= nationaux ; E= étrangers Source: Direction Générale des Forêts Les oiseaux de l’Ichkeul semblent attirer le plus de visiteurs, aussi bien nationaux qu’étran gers, et le Chambi, représentant le point culminant de la Tunisie, outre sa flore et sa faune est probablement visité pour sa majesté et ses attraits. Le parc de Boukornine, attenant à la ville de Hammam Lif, très visité aussi, joue également le rôle de parc urbain comme celui de Nahli, de Radès ou d’El Mourouj. Le cachet saharien du parc de Sidi Toui est certaine ment à l’origine de l’augmentation continue de ses visiteurs. Le Bou Hédma, défavorisé peut-être par sa position géographique, est le moins visité de tous. Notons que si ces parcs sont dotés d’écomusées, ils possèdent aussi une infrastructure d’accueil, qu’il convient cependant d’améliorer. Mais le plus important reste sans doute la vulgarisation, auprès des tours opérateurs, de ces parcs et des autres sites écologiques dont dispose la Tunisie, pour un meilleur développement du tourisme vert. 2.3. La fonction sociale Les « Houanit » de Séjnène, les « Rammadias » de la région de Gafsa et de Kasserine, les peintures rupestres de Jbel Ouslet ou de la région de Nadhour, les ruines romaines épar pillées à travers la forêt et la steppe alfatière, témoignent d’une occupation et utilisation très anciennes de la forêt par l’homme. 18 Aujourd’hui la forêt tunisienne abrite un million d’habitants, soit le 1/10ème de la population totale, avec une densité d’un habitant par hectare. Cette population jouit depuis longtemps de droits d’usage que lui reconnaît le code forestier. Le ramassage de bois mort, la récol te de semences et de fruits d’espèces forestières pour l’usage domestique, le pacage des animaux, la mise en culture de certaines clairières en sont les principaux. Les services demandés à la forêt étaient modestes au début du 20ème siècle, comme le lais se entendre Bonniard (1934) pour lequel « en dehors de l’élevage, le montagnard deman de peu de choses à la forêt; ses industries sont aussi primitives que par le passé: perches pour le gourbi, branchage pour la zriba, petite charronnerie, poires à poudre, ustensiles de ménage en bois d’aune, d’orme, de frêne, d’arbousier, d’olivier ». Entre temps, la croissance démographique a fait augmenter les besoins en bois de feu, en terre de culture et de pâturage. Une étude effectuée par la Direction des Forêts (1973) et une autre plus récente (DGF/SCET-Swedforest Scandia Consult1998) indiquent que la consommation moyenne par ménage est de 3,9t/an de bois de feu, soit en utilisant un taux de conversion de 0,7T/m3, l’équivalent de 5,6 m3/an/ménage. En estimant qu’un ménage est composé de 5 personnes, les besoins totaux seraient de 1120000 m3, soit 1,6 fois la production du secteur forestier qui se situe au niveau de 687000 m3 (DGF/Jaakko Poyry-ExA Consult 1998). Sur le plan de l’élevage, les enquêtes menées en milieu forestier, montrent qu’un ména ge possède en moyenne l’équivalent de 13 Unités Petit Bétail, ce qui se traduit par une charge de 2.5UPB/ha, en considérant que tout le domaine forestier est livré à la pâturé. Ces besoins et cette charge ne sont compatibles ni avec les possibilités de la forêt, ni avec la logique de protection et développement qui incombe aux forestiers. Le souci de la popu lation de vouloir vivre et celui de l’administration forestière de vouloir protéger, ont été sou vent une source de conflits entre les deux antagonistes: entre le gestionnaire et l’usager. Ce vieux conflit déjà atténué par la multiplication de villages ruraux où existent toutes les commodités d’une vie décente (électricité, eau courante, gaz butane), par les améliorations pastorales entreprises en forêt et sur les terrains de parcours, par la mise en valeur agro F o r ê t s D u r a b l e s 19 F o rê ts D u ra b le s forestière des clairières, sera totalement dépassé par l’implication des populations dans la gestion des ressources forestières, regroupées en GFIC. Un effort de formation, de sensi bilisation, d’encadrement à tous les niveaux reste indispensable pour le développement durable de nos forêts. L’élaboration d’une politique forestière et les différentes stratégies qui l’appuient témoignent de la volonté d’y parvenir. 3. L’ELABORATION DE LA POLITIQUE FORESTIERE ET SES ETAPES Sans insister sur les périodes pré-coloniale et coloniale, l’accent sera mis surtout sur les orientations de la politique forestière suivie depuis l’indépendance, scellée par le plan directeur national de développement forestier et pastoral, dont l’analyse a déjà été reprise par la SCET et a1(1999). 3.1. La période pré-coloniale L’administration beylicale concédait temporairement l’exploitation de quelques forêts moyennant redevance, avec obligation d’approvisionner les marchés voisins et les établis sements militaires. En 1842 un décret avait charge l’Oukil commandant militaire de Tabarka du contrôle des exploitations dans les massifs montagneux du littoral. En dehors de cela, chacun prenait en forêt les produits dont il avait besoin. Des équipes marocaines venaient même souvent fabriquer du charbon (G.Lapie 1928). 3.2. La période coloniale Elle fut celle de la délimitation du domaine forestier, des déclassements des terres fores tières au profit des colons français, de la répression sévère pour protéger le reste et d’une exploitation minière des forêts au cours des deux guerres mondiales de la première moi tié du 20ème siècle. 3.3. La période post-coloniale On y distingue trois étapes; la première va de 1956 à 1970, la seconde de 1971 à 1987 et la troisième à partir de 1988. 20 3.3.1. L’étape 1956-1970 C’est 1’étape de la formation des cadres tunisiens pour combler le vide causé par le départ massif et rapide du personnel forestier français, de la définition et de l’ébauche d’une poli tique forestière. Dès octobre 1956, a eu lieu une formation accélérée de deux promotions d’agents tech niques recrutés parmi les diplômés des écoles de Sminja et de Mograne, alors que la for mation des ingénieurs était assurée dans les écoles forestières françaises des Barres et de Nancy. Durant les cinq premières années de l’indépendance, des mesures législatives ont été prises visant la sauvegarde et la gestion rationnelle du secteur forestier et pastoral. Ces mesures portent sur les domaines suivants: Limitation de l’élevage des caprins (loi N° 58-83 du 25 août 1958). Institution de la fête de l’arbre (décret N° 289 du 3 novembre 1958). Reboisement obligatoire (loi N° 58-106 du 7 octobre 1958). Régime forestier (loi N° 59-96 du 29 août 1959). Délimitation des terres à vocation forestières et leur classement dans le domaine de l’Etat (loi N° 60-28 du 30 novembre 1960). Conservation et exploitation des nappes alfatières. Les mesures législatives furent couronnées par la promulgation du code forestier (loi 66 60 du 4 juillet 1966) qui, en réunissant les textes relatifs à la législation forestière, a eu le mérite de tenir compte de l’évolution économique et sociale du pays en général et de la promotion du secteur sylvo-pastoral en particulier. C’est ainsi qu’il a donné un caractère obligatoire aux aménagements des forêts, des parcours et des nappes alfatières. La protection de la flore, de la faune et de l’environnement en général a été également introduite par le code, qui a prévu à cet effet, la création des parcs nationaux, les forêts récréatives, les réserves et l’organisation de la chasse. La politique forestière reposait sur l’intégration du secteur forestier à l’ensemble des actions de mise en valeur agricole et sur le rôle dévolu à la forêt. Ce dernier est orienté en fonc tion des objectifs suivants: F o r ê t s D u r a b l e s 21 F o rê ts D u ra b le s La protection des bassins versants. La production en fonction de la consommation intérieure. L’atténuation des effets du climat. La restauration des sols culturaux et la protection de la production agricole. Sur le plan social, la dispersion de l’habitat et son état vétuste et précaire ont attiré l’atten tion du forestier et des pouvoirs publics. La création de villages forestiers aux gouvernorats de Jendouba, Kef et Siliana a permis de rassembler une grande partie de la population forestière et d’améliorer ses conditions de vie. Au cours de cette étape, a eu lieu la création et la consolidation, avec le concours du PNUD et de la FAO, d’une station de recherches forestières (SRF, 1957), son évolution en Institut de Reboisement de Tunis (IRT, 1964), puis en Institut National de Recherches Forestières (INRF, 1966). Ainsi, dés le départ, les bases de la recherche ont été assises, le souci de protection de l’environnement, de la durabilité de la production, et de la promotion des conditions de vie des populations forestières, ont été prises en compte par la politique forestière. La mise en place d’une telle politique ne va pas sans contraintes. Ces dernières sont d’ordre technique, financier, social et foncier. Les contraintes techniques sont dues au fait que le départ précipité des français n’a pas permis de "passer la main" aux tunisiens, d’autant plus qu’au départ les résultats appli cables de la recherche sinon absents, du moins étaient rares. Les contraintes financières sont liées à l’ouverture fractionnée des crédits d’équipement et à l’insuffisance des crédits de fonctionnement. Le chômage qui sévissait dans les zones forestières et la nécessité d’occuper la main d’œuvre locale (8 millions de journées de travail, correspondant à l’emploi de 32000 ouvriers selon la SCET 1999) ne permettaient pas une planification rationnelle des travaux. Beaucoup de ces travaux, tels les reboisements, la régénération naturelle des espèces forestières ou la mise en valeur des parcours, qui exigent une mise en défens stricte, ont été entravés par l’élevage extensif pratiqué par les populations forestières. 22 Sur le plan foncier, certaines opérations forestières telles que l’implantation de brise-vent ou la création de forêts récréatives n’ont pas pu avoir lieu sur des terrains privés ou col lectifs, les ayant- droit n’étaient pas convaincus de leur utilité. 3.3.2. L’étape 1971-1987 Cette étape est marquée par la lutte contre la désertification, l’intégration du service de la Conservation des Eaux et des Sols à la Direction des Forêts et son détachement par la suite, et par la soumission au régime forestier des parcours collectifs et domaniaux (décret-loi n° 74-5 du 9 août 1974, ratifié par la loi n° 74-81 du Il décembre 1974). Par ailleurs, tout en soulignant les effets positifs sur la protection agricole, les différents plans de développement économique et social insistent sur le rôle de protection assigné au secteur forestier, sur la nécessité d’entreprendre la sauvegarde, l’entretien et l’améliora tion des plantations existantes en les plaçant dans des conditions optimales de dévelop pement, ainsi que sur l’importance à donner aux problèmes humains. Conserver les ressources naturelles (sol, eau, faune et flore), protéger les bassins versants et les cultures, reboiser, accroître la production agro-sylvo-pastorale, lutter contre le chô mage, gérer 3200000 ha de forêts et de terrains de parcours soumis au régime forestier, telles étaient les composantes de la politique que les forestiers devaient développer durant cette étape. Ni les crédits alloués au secteur, ni le personnel technique dont il disposait, particulière ment au niveau des ingénieurs des travaux, ne pouvaient lui permettre d’honorer une telle charge qui lui a été confiée par les IVème, Vème et VIème plans qui couvrent cette étape, montrant par là l’importance de la mission forestière. En dépit de ces contraintes et d’autre relevant du foncier ou du scientifique (ralentissement de la recherche par manque de motivation des chercheurs qui quittent l’INRF), le secteur forestier est parvenu à : Réaliser 86% des actions d’ordre technique sur le terrain. Poursuivre l’intégration de la production forestière dans l’économie nationale (bois de feu, liège, alfa pour la fabrication de la cellulose, bois pour les panneaux de particules). Poursuivre la promotion sociale par la création de villages forestiers (baptisés désormais villages ruraux). F o r ê t s D u r a b l e s 23 F o rê ts D u ra b le s Procéder à la révision du code forestier de 1966, devenu inadapté à l’évolution écono mique et sociale. Créer la Régie d’Exploitation Forestière pour permettre une meilleure mobilisation des ressources forestière. Former les ouvriers (maîtres d’exploitation) au centre de Rimel à Bizerte, les cadres fores tiers à l’Institut SylvoPastoral de Tabrka pour les adjoints techniques et techniciens supé rieurs, à l’Ecole Nationale Forestière d’Ingénieurs au Maroc pour les ingénieurs des tra vaux et au centre ENGREF de Nancy en France pour les ingénieurs principaux. 3.3.3. L’étape actuelle Cette étape est celle de la promotion de l’administration forestière (devenue Direction Générale des Forêts), de l’Inventaire National des Ressources Forestières et Pastorales (paru en 1995) et de la refonte du code forestier (accordant plus d’intérêt à l’élément humain). Elle se veut être celle de la réconciliation de la forêt avec son environnement humain, dans un contexte de développement intégré et durable, de préservation de l’environnement et des ressources naturelles, basés sur la participation et l’implication des usagers forestiers. Les principaux objectifs de ce développement intégré, participatif et durable sont les sui vants: La gestion intégrée des forêts en vue d’assurer leurs fonctions économiques et écolo giques. L’amélioration des conditions de vie des populations forestières à travers leur organisa tion en Groupements Forestiers d’Intérêt Collectif (GFIC), ou en Groupement de Développement Agricole (GDA) appelés à être des partenaires dans la gestion durable des ressources naturelles. L’accroissement du taux de boisement du pays en le faisant passer de 7% en 1990 à 15% en 2010 (partie saharienne non comprise). La rationalisation de l’exploitation et la valorisation des produits forestiers ligneux et non ligneux. L’intensification de l’effort de conservation de la nature et la protection de l’environne ment à travers la gestion des espaces verts et des aires protégées et par la sensibilisa tion et l’éducation du public. 24 Pour atteindre ces objectifs, une stratégie décennale de reboisement, de lutte contre la désertification et d’amélioration pastorale a été conçue et réalisée, suivie par une autre en cours de réalisation pour une nouvelle décennie. Par ailleurs, grâce aux crédits des deux projets de développement forestier (PDF1 et PDF2), financés par un prêt de la BIRD, la recherche forestière, qui dans un cadre de restructura tion a vu fusionner l’INRF avec le Centre de Recherche de Génie Rural pour donner le nou vel Institut National de Recherches en Génie Rural, Eaux et Forêts(INRGREF) a enregistré des résultats pratiques (amélioration du terreau de pépinières, techniques d’élevage des plants de chêne liège, meilleure connaissance de la productivité des forêts naturelles et artificielles). Livrée à elle-même après le départ massif des cadres français, gérée au niveau du ter rain par des cavaliers des forêts, des chefs de chantier et les premiers agents techniques formés à la hâte, la forêt n’a vu les premiers ingénieurs tunisiens qu’au début de la deuxième moitié de l’année 1958. Basée sur un arsenal de textes législatifs, dont la pièce maîtresse est le code forestier, répressif dans sa première version, tenant plus compte de l’élément humain dans sa révision, la politique forestière s’est confirmée au fil des ans, étape par étape. Ses objectifs visent à la fois la conservation et le développement des res sources sylvo-pastorales, la protection des bassins versants, des terres agricoles, et de l’environnement en général, l’intégration de la production forestière dans l’économie du pays et l’amélioration des conditions de vie des populations forestières en les associant à la gestion durable des ressources forestières. En un mot elle tient compte des fonctions multiples de la forêt. 4. LES STRATEGIES FORESTIERES DE CONSERVATION, DE GESTION ET DE DEVELOPPEMENT DURABLE Afin de freiner la dégradation des forêts et des parcours, de bien les gérer et d’assurer leur développement durable, des stratégies forestières et pastorales ont été élaborées. Il s’agit de : La Stratégie Nationale de Reboisement, d’Amélioration des Parcours et de Lutte contre l’Ensablement. Le Plan d’Action de Défense de la Forêt contre les Incendies. F o r ê t s D u r a b l e s 25 F o rê ts D u ra b le s La Stratégie Nationale de Développement Forestier et Pastoral. La Stratégie Nationale de Conservation et de Développement de la Flore et de la Faune Sauvages et des Aires Protégées. 4.1. La Stratégie Nationale de Reboisement, d’Amélioration des Parcours et de Lutte contre l’Ensablement Les objectifs de cette stratégie sont l’amélioration du couvert végétal par l’intermédiaire des reboisements et des aménagements forestiers et pastoraux ainsi que la lutte contre la désertification par fixation des sables, tout en renforçant le secteur de la recherche. 4.1.1. les reboisements forestiers et pastoraux Dès l’aube de l’indépendance, la Tunisie s’est préoccupée des reboisements entamés déjà sous le régime du Protectorat, dans le but de lutter contre l’érosion des sols, d’augmenter le taux de boisement du pays, et d’utiliser une main d’œuvre disponible, constituée par les populations forestières. Durant toute la période coloniale, la superficie totale reboisée a été de 35000 ha, soit une cadence annuelle moyenne de moins de 500 ha. Le rythme des reboisements n’a cessé d’augmenter depuis le début de l’indépendance jusqu’au troisième plan 1965-1968. De 6056 ha/an entre 1958-1961, le rythme de reboisement est passé à 10500ha/an entre 1962-1964, puis à 14500ha/an entre 1965-1968. Cet effort s’est vu s’infléchir à partir du quatrième plan 1969-1972 pour atteindre au sixième plan de développement une moyen ne de 4000 ha/an entre 1982-1986. A partir du huitième plan de développement 1987-1991, c’est la période de l’élaboration et de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement forestier initiée par les projets de développement (PDF1 et PDF2), dont les composantes sont le reboisement, l’amélioration pastorale et la lutte contre la désertification. La stratégie prévoit : Le reboisement de 300000 ha dont 24000 ha de dunes de sable mobile et 20000 km de plantations routières. La réalisation de 600000 ha de plantations pastorales. 26 Les réalisations annuelles entre 1990 et 2003 font l’objet du graphique ci-après : Plantations forestières de 1990 à 2003 Source : DGF Le taux de réussite de ces plantations varie, particulièrement en fonction des conditions pluviométriques annuelles, entre 53 et 83% comme le montre le graphique suivant : Taux de réussite des plantations forestières entre 1990 et 2003 Source : DGF A titre illustratif, le graphique ci-après montre l’évolution des reboisements annuels moyens par période entre 1881 et 2003 : Surface moyenne reboisée entre 1881 et 2003 Sources : MEDD et DGF F o r ê t s D u r a b l e s 0 5000 10000 15000 20000 20032002200120001999199819971996199519941993199219911990 Années H a 0 10 20 30 40 50 60 70 80 90 20032002200120001999199819971996199519941993199219911990 Années % 0 5000 10000 15000 20000 25000 30000 35000 199 8/2 003 199 3/9 7 199 0/9 2 198 7/8 9 197 7/8 1 197 3/7 6 196 9/7 2 196 5/6 8 196 2/6 4 195 8/6 1 188 1/1 957 Période H a 27 F o rê ts D u ra b le s On est, cependant, en droit de se demander sur quelle base se fait le choix des espèces utilisées, en l’absence d’une étude minutieuse du milieu. Cette carence est-elle due au manque de personnel technique dont souffre encore l’administration forestière, ou par manque de temps, ou parce que le personnel sur place connaît bien les conditions du milieu ? A vrai dire, toutes ces considérations ont joué en même temps. Il est cependant indispensable de réactiver et d’étoffer dans ce sens le service d’étude créé au début de la décennie 1970-1980 au sein de l’administration centrale forestière et de doter chaque arrondissement forestier au niveau des CRDA, d’une solide cellule d’étude du milieu com prenant au moins un botaniste phytosociologue, un pédologue et un spécialiste en CES. Il serait également utile de se référer aux enseignements des arboretums et aux résultats de la recherche forestière, particulièrement pour les plantations pastorales, en matière de choix des espèces et de techniques de reboisement. L’Acacia, l’Atriplex et le Cactus, restent par leur facilité de propagation, leur résistance à la sécheresse, leur assez bonne producti vité, « la panacée », les principales espèces utilisées dans l’amélioration des parcours. Le sumac, le mûrier, le périploque, le frêne, le févier d’Amérique, l’anthyllis de Jupiter, l’anthyllis vulnéraire, le leucaena, l’olivier de Bohème, autant d’espèces ayant leur place dans l’amé lioration de la production pastorale, qui pourraient être multipliées dans les milieux qui leur conviennent pour enrichir les parcours. Concernant ces derniers, les réalisations durant la période 1990-2003 sont présentées dans le graphique suivant: Plantations d’arbustes fourragers Source : DGF 0 10000 20000 30000 40000 50000 20032002200120001999199819971996199519941993199219911990 Années H a 28 Mais il ne suffit pas seulement de planter, il faut aussi exploiter. Dans ce domaine la stra tégie n’a pas tiré les conclusions qui s’imposent à partir des enseignements des plantations faites dans le cadre des « Périmètres Pastoraux de Sauvegarde » qui, faute d’être exploités à temps, ont donné du bois à la place du fourrage. Le rôle de la recherche est ici impor tant pour déterminer le rythme des coupes en fonction des conditions écologiques en général et des bioclimats en particulier. Les plantations forestières et pastorales concourent à l’obtention d’un taux de boisement du pays de 15% vers 2010. Pour cela, les plants utilisés proviennent de 102 pépinières forestières produisant annuellement entre 30 à 50 millions de plants dont 15 sont modernes (élevage hors sol, arrosage automatique). Les semences, de leur coté, sont ori ginaires de divers sites de collecte sélectionnés dans différentes régions et ambiances bio climatiques du pays. La modernisation des pépinières est une excellente réalisation technique. Elle réduit consi dérablement les risques d’attaques de champignons, permet un arrosage régulier des plants et élimine les malformations racinaires. Elle a, cependant, deux inconvénients majeurs: un coût élevé à l’installation des pépinières (amortissable certes) et une réduc tion sensible de l’emploi. Toujours est-il que la couverture forestière qui était de 4-5% au début de l’indépendance touche aujourd’hui les 12% comme le montre le graphique suivant et atteindra très pro bablement l’objectif des 15% avant terme. Taux de boisement:1956; 1990; 1996; 2001 et 2003 Source : Rapport National sur l’Etat de l’Environnement, 2003 F o r ê t s D u r a b l e s 0 2 4 6 8 10 12 14 1950 1960 1970 1980 1990 2000 2010 Années % 29 F o rê ts D u ra b le s 4.1.2. Les aménagements forestiers et pastoraux Les premiers plans d’aménagement classique, élaborés et mis en application entre 1960 et 1963 ont concerné le chêne liège, pour lequel existait auparavant un règlement d’ex ploitation, en raison de l’importance économique de la matière première. A partir de 1964 l’aménagement d’autres formations a suivi, en particulier celui des forêts de pin d’Alep. Ces plans fixent dans le temps et dans l’espace le rythme d’exploitation, la quantité de bois à prélever (volume présumé réalisable) et les opérations sylvicoles à effectuer pour favori ser l’accroissement des arbres et la régénération naturelle des essences forestières majeures (éclaircies, coupes de régénération, mise en défens...). Ces plans constituent l’ou til de gestion le plus sûr, le plus efficace et le plus rationnel pour la pérennité de la forêt. Dans cet esprit ont été élaborés et mis en œuvre les plans d’aménagement des nappes alfatières (405000 ha) et des nappes de romarin (380000 ha). A la suite de la révision des premiers plans d’aménagement et compte tenu des fonctions multiples de la forêt tunisienne, une seconde génération de plans d’aménagement dits intégrés a été développée. Ces plans sont conçus sur la base de l’approche intégrée et par ticipative prenant davantage en considération les conditions socio-économiques et les pré occupations des populations forestières concernées, en les associant au choix des options à prendre. Cette association est considérée comme étant le garant du développement durable des ressources forestières et des populations qui en bénéficient. D’un autre coté, la stratégie prévoit l’aménagement de 2,2 millions d’hectares de terres de parcours par des enrichissements en espèces pastorales, mise en défens, scarifiage et fer tilisation. Des plans d’aménagement pastoraux élaborés avec la participation des conseils de gestion des terres collectives, des responsables des Groupements Forestiers d’Intérêt Collectif (GFIC) ou avec des Groupements de Développement Agricole (GDA) sont déjà en cours d’exécution dans de nombreux périmètres pastoraux forestiers et/ou collectifs. Ces collec tivités locales, certes encore encadrées par les agents de l’administration, prennent déjà en charge la gestion de leurs parcours. 30 4.1.3. La lutte contre l’ensablement Elle consiste à protéger les oasis, les agglomérations et les infrastructures contre l’avancée du sable par la confection de 4000 km de tabias et le rehaussement de 8000 autres kilo mètres. 4.1.4. Le renforcement de la recherche La recherche forestière qui disposait depuis 1957 de moyens modestes, appuyée quel quefois par des projets PNUD-FAO, a été renforcée en moyens humains et matériels par la stratégie. Elle se penche depuis une dizaine d’années sur les questions de régénération des espèces et en particulier du chêne liège, l’agroforesterie, la lutte contre les insectes parasites, le pastoralisme, l’économie forestière, la sylviculture des espèces et l’améliora tion de leur productivité, la génétique forestière, la protection des cultures contre le vent, la technologie du bois... Les résultats des travaux sont exposés au cours de séminaires organisés à un rythme régulier et font l’objet de publications. Cependant, il serait bon de renforcer les liens entre les chercheurs et les développeurs pour une meilleure valorisation des résultats de la recherche. 4.1.5. La participation des populations et les opérations pilotes de développement Le code forestier révisé, qui fut promulgué en 1988, prévoit l’organisation des populations forestières en Associations Forestières et leur implication dans la gestion des forêts. Les textes législatifs parus en 1996 se rapportent à la création et au fonctionnement des Associations Forestières d’Intérêts Collectifs (AFIC), transformées en Groupements Forestiers d’Intérêts Collectifs (GFIC) par le décret 99-43 du 10/5/1999 relatif aux grou pements de développement dans le secteur de l’agriculture et de la pèche maritime, suivi du décret 99-1819 en date du 23/8/1999 relatif à l’approbation du statut type des Groupements de Développement Agricole et de la pèche maritime (GDA). 36 GFIC et 2 GDA sont aujourd’hui fonctionnels. Leur mission est de servir de partenaires à l’administration forestière qui se déchargera progressivement à leur profit de l’exécution des tâches forestières de toute nature se faisant actuellement en régie, assurera leur for mation technique et comptable pour les conduire au développement intégré, participatif et F o r ê t s D u r a b l e s 31 F o rê ts D u ra b le s durable. C’est dans ce sens et dans le cadre de la stratégie concernée qu’ont été menées les opérations pilotes de développement intégré, neuf arrondissements forestiers (Bizerte, Jendouba, Ain Draham, Le Kef, Nabeul, Zaghouan, Siliana, Kairouan, Kasserine). Les actions de sensibilisation et les réalisations effectuées sur le terrain ont été des plus encoura geantes. Il est regrettable qu’une telle expérience qui n’a duré que si peu de temps, n’ait pas été entamée plus tôt pour tirer le maximum d’enseignement. Néanmoins sur la base de cette expérience, 13 Plans de Développement Communautaire (PDC) sont aujourd’hui en cours de conception et de réalisation dans les gouvernorats de Bizerte, Béja, Jendouba, Le Kef et Kasserine, dans le cadre de la nouvelle stratégie dont il sera question par la suite. 4.2. La stratégie de lutte contre les incendies L’administration forestière s’est dotée d’un plan d’action de lutte contre les incendies basé sur une vigilance dissuasive et sur des moyens d’alerte (miradors, liaison radio locale, régio nale et nationale), de véhicules tous terrains, une bonne infrastructure de routes et de pistes et de moyens de lutte rapides (camions et avions citernes) en liaison avec d’autres partenaires nationaux (armée, protection civile). En dépit des efforts de tous les intervenants, les incendies continuent à se déclarer avec toutefois moins de violence, leur superficie moyenne tendant à se réduire d’une manière très sensible. Les graphiques ci-après présentent l’évolution des surfaces forestières incen diées entre 1985 et 2003 et l’évolution de la superficie moyenne brûlée par incendie entre 1903 et 2003. Sorface forestière incendiée Source : DGF 0 1000 2000 3000 4000 5000 6000 7000 8000 200320022001200019991998199719961994199319921991199019891988198719861985 32 Surface moyenne brûlée par incendie et par an Source : DGF La régression des superficies incendiée enregistrées témoigne de l’efficacité des moyens de lutte contre les feux en forêt. 4.3. La stratégie de développement forestier et pastoral Elle est caractérisée par les objectifs suivants : Arrêt du processus de dégradation des forêts et des parcours. Extension du couvert végétal. Apurement foncier du domaine forestier. Valorisation et amélioration de la gestion des ressources forestières. Protection de la biodiversité. Association des populations à la gestion du domaine forestier. Prise en charge de la gestion des parcours collectifs par les usagers. Satisfaction des besoins urbains en matière d’espaces verts et de forêts récréatives. Sa réalisation est en cours, notamment par la mise en œuvre du projet de gestion intégrée des forêts (PGIF), du projet d’appui à la gestion des écosystèmes forestiers et pastoraux (GEF) et du projet de développement et de protection des forêts (PDF) dont il sera ques tion par la suite, initiés respectivement dans le cadre de la Coopération Japonaise, de la Coopération Allemande et de la Banque Islamique de Développement. 4.4. La stratégie de la conservation de la flore et de la faune sauvages et des aires protégées Les objectifs visés dans le sens du développement durable dans les aires protégées par cette stratégie sont les suivants : F o r ê t s D u r a b l e s 0 20 40 60 80 100 2001/20031996/20001990/941985/891957-19791903-1956 33 F o rê ts D u ra b le s Conservation et restauration des écosystèmes. Conservation et régénération des espèces animales et végétales. Restauration du capital cynégétique. Développement et valorisation des ressources naturelles. Conservation du patrimoine culturel. Formation et éducation environnementales. Développement de la recherche scientifique. Récréation. Soutien des activités socio-économiques. Pour atteindre ces objectifs, l’administration forestière doit disposer d’un personnel suffi sant et qualifié en matière de gestion des parcs nationaux et des réserves de biosphère. Les directeurs actuels de ces aires protégées, malgré toute la bonne volonté dont ils sont animés ne pourront pas assumer à eux seuls toutes les charges d’un parc national, parti culièrement tout ce qui se rapporte aux aspects scientifiques et socio-culturels. Ces aspects sont particulièrement pris en charge par le projet de conservation de la diver sité biologique et de gestion des aires protégées, qui sera développé dans le prochain para graphe. 4.5. Mise en oeuvre des stratégies et de la politique forestières Elle revêt deux aspects : institutionnel et technique. 4.5.1. L’aspect institutionnel Au niveau central, c’est la Direction Générale des Forêts qui est responsable de toute la politique forestière et pastorale du pays. Elle est organisée en 4 directions, 8 sous direc tions et 7 services. Au niveau régional, les arrondissements forestiers et alfatiers relevant des Commissariats Régionaux de Développement Agricole, sont responsables de l’application et de l’exécution sur le terrain des plans de développement forestier et pastoral. 34 4.5.2. L’aspect technique Cet aspect repose sur l’exécution d’une série de projets de développement dont les prin cipaux sont : ■ Projets de développement forestier PDF1 (1988-1994) et PDF2 (1995-2000) cofinan cés par la Banque Mondiale et qui ont été à la base de l’élaboration et la réalisation des objectifs de la première stratégie évoquée précédemment. ■ Projet de gestion intégrée des forêts (PGIF 2001-2005), cofinancé par la Banque Japonaise pour la Coopération Internationale (JBIC). Ce projet concerne les forêts situées dans les gouvernorats de Beja, Jendouba, Le Kef et Kasserine. Il a pour objectifs : La réduction de l’érosion et ses conséquences directes sur les sols et sur les barrages de Barbra (Arrondissement forestier d’Ain Draham) et de Sidi El Barrak (Arrondissement forestier de Béja). L’augmentation des revenus et l’amélioration des conditions de vie des usagers forestiers. La valorisation des revenus des produits forestiers dans l’économie forestière. L’établissement d’un modèle de gestion intégrée des écosystèmes forestiers. Les principaux résultats attendus de ce projet sont : La protection des bassins versants des barrages précédemment cités. La protection des forêts contre les incendies. L’amélioration de la gestion forestière et la conception d’une approche concertée d’in tervention. L’intensification de la recherche scientifique notamment dans les domaines de la sube raie et de la pineraie. L’organisation des usagers forestiers et l’amélioration de leurs conditions de vie. La formation d’animateurs et de techniciens supérieurs relevant de l’administration, spé cialisés dans l’approche participative. L’intégration des activités forestières dans les études stratégiques aux niveaux régional et national. ■ Projet de développement et de protection des forêts (DPF) cofinancé par la Banque Islamique de Développement (BID) dont l’objectif est l’appui à la mise en œuvre de la stratégie de la Direction Générale des Forêts pour le renforcement de ses capacités et de F o r ê t s D u r a b l e s 35 F o rê ts D u ra b le s ses moyens de lutte contre les incendies de forêts. Ses zones d’action sont les arrondis sements forestiers de Tunis, Ariana, Manouba, Ben Arous, Nabeul, Zaghouan, Kasserine, Le Kef, Siliana, Jendouba, Ain Draham, Béja et Bizerte. Les résultats attendus sont : L’amélioration de l’infrastructure pour la prévention et pour faciliter l’intervention pour la lutte contre les feux de forêts. La contribution à la couverture des besoins des centres de protection en matière de pré vention et de lutte. La contribution à la protection des ressources et des populations forestières. Les principales activités sont l’amélioration de l’infrastructure par : L’ouverture de 125 km de pistes, L’ouverture de 250 km de tranchée pare-feu, La construction de 25 postes de vigie, La création de 60 points d’eau, Et l’équipement des centres de protection par l’achat du matériel de prévention et de lutte (camions citernes, bulldozers, motopompes, équipement de transmission…). ■ Projet d’appui à la gestion durable des écosystèmes forestiers et pastoraux (GEF) : Ce projet de coopération technique avec le gouvernement de la République Fédérale d’Allemagne, exécuté par la DGF en commun avec la GTZ (par l’intermédiaire de l’Eco Consulting Group), a pour objectif l’amélioration des mécanismes de gestion durable et participative des espaces forestiers et pastoraux pour que le secteur forestier participe à la croissance du développement socio-économique du pays. Ses principales zones d’in tervention sont les gouvernorats de Béja, Jendouba, Le Kef et Kasserine. Les résultats attendus sont : L’amélioration des capacités de gestion de l’administration forestière. La facilitation de transfert des responsabilités et activités de l’administration forestières aux populations et au secteur privé. L’habilitation de la population à s’organiser en groupements d’intérêts collectifs. La valorisation des expériences participatives. Les principales activités de ce projet sont : L’appui à l’exploitation du système d’information et de planification forestier (SIPF). L’adaptation des études d’aménagement forestier à la gestion durable. 36 La formation des agents forestiers en matière d’appui à la gestion forestière. La promotion et le suivi-évaluation d’activités forestières transférables auprès des parte naires. Le développement de supports didactiques pratiques pour la création et la gestion de groupements d’intérêts collectifs dans les domaines forestiers et pastoraux. L’analyse et la valorisation des expériences participatives nationales. ■ Projet de conservation de la diversité biologique et de gestion des aires protégées (GAP): L’objectif de ce projet, financé en partie par le Fonds pour l’Environnement Mondial et le Fonds Français pour l’Environnement est de développer une capacité nationale afin de gérer et protéger les aires protégées dans le but de doter le pays de modèles de ges tion participative des aires protégées. Ses zones d’intervention sont au Nord, le parc national de l’Ichkeul, au centre, celui de Bou Hédma et au Sud, celui de Jbil. Son inter vention est également prévue dans l’ensemble du pays en matière de sensibilisation et communication. Les résultats attendus concernent : Le renforcement institutionnel par : • Le renforcement des capacités de gestion des trois parcs aux niveaux local, régional et national. • Une meilleure formation des agents forestiers. • La constitution d’une base de données de la biodiversité et un SIG opérationnel. La gestion des aires protégées par : • Une gestion effective et durable des trois parcs. • L’élaboration d’une façon participative, d’un plan de gestion pour chaque parc. • La participation des populations aux activités du projet et l’appropriation des principes de la conservation. • L’amélioration des conditions de vie des populations. La sensibilisation et la communication par : • La disponibilité dans chacun des parcs, d’un instrument de communication-sensibi lisation. • L’acquisition de la population scolaire en contact avec les trois parcs d’une éducation environnementale. F o r ê t s D u r a b l e s 37 F o rê ts D u ra b le s Les activités comprennent l’étude de la faune et de la flore des parcs, l’aménagement des parcours pour la faune sauvage, la formation d’éco-guides, la conception et la production de médias (spots radio et TV, posters), l’information, la sensibilisation et l’éducation envi ronnementale, l’analyse des impacts sur les populations cibles, l’acquisition de moyens de déplacement, l’amélioration des infrastructures routière, hydraulique et touristique. ■ Accord de partenariat pour l’appui au programme forestier national cofinancé par la FAO, ce projet a pour objectif global la contribution à la coordination des efforts pour formu ler et mettre en œuvre le PFN afin de renforcer la capacité des divers partenaires à par ticiper à la programmation et à la mise en œuvre des activités forestières, de dévelop per le dialogue entre eux et de promouvoir à plusieurs niveaux, l’échange d’expériences et le partage de connaissances. Ses objectifs immédiats sont les suivants : L’analyse du processus de préparation et mise en œuvre du PFN, le discuter et le faire approuver afin d’établir un cadre social et politique fonctionnel à la conservation et à la gestion durable des ressources forestières tunisiennes. Favoriser une meilleure concertation, coordination et collaboration entre tous les acteurs et partenaires intéressés au PFN (niveau local, national et régional). Appuyer les pratiques d’aménagement participatif intégré des ressources forestières afin d’assurer une meilleure intégration dans l’utilisation des terres privées, collectives et domaniales et afin de mettre en œuvre les instruments participatifs adoptés par le pays. Les résultats attendus sont : Un mécanisme de conception et de coordination impliquant tous les acteurs et parte naires d’un PFN fonctionnel. Le processus d’un PFN élaboré, discuté, analysé et approuvé. Capacités renforcées des partenaires nationaux, autres que ceux de la DGF, à participer au PFN (groupes représentatifs, secteur privé, ONG, institution de recherches et univer sités, institutions locales) Mission, organisation et capacités de l’administration forestière adaptées à la conception, mise en œuvre et suivi du PFN. Mécanismes d’échange d’expériences, informations et connaissances entre projets/pro grammes en Tunisie et dans d’autres pays de la région méditerranéenne (en particulier les pays du Maghreb) mis en place et fonctionnels. 38 Principales activités sont: Organisation d’un atelier national de démarrage, institution d’un forum national sur la fores terie FNF, adoption des critères et indicateurs de gestion des ressources forestières et pas torales, coordination du FNF avec la CNDD, les autres forums et les institutions locales et régionales chargées de l’aménagement du territoire, examen et synthèses des études, stra tégies et acquis générés par les projets, organisation d’ateliers au niveau des gouvernorats, finalisation et validation du PFN au cours d’un atelier/séminaire national, diffusion et pro motion du PFN, suivi et évaluation du PFN par adoption du système d’information et pla nification forestières (SIFP), organisation de sessions thématiques de formation, organisa tion de visites et voyages d’études, analyse de la mission et de l’organisation de l’adminis tration forestière et proposition d’adaptations institutionnelles et juridiques, organisation d’ateliers, au niveau des gouvernorats et délégation, liés à l’aménagement participatif inté gré des forêts, développement des outils et canaux d’information liés au mécanisme de concertation, échange continu des informations entre les institutions forestières de la région méditerranéenne à travers Silva Mediterranea et les réseaux de recherche, organi sation d’un atelier maghrébin pour présenter les expériences des pays dans l’élaboration, la mise en œuvre et le suivi du PFN. En outre la DGF et ses arrondissements forestiers sont impliqués dans la réalisation d’autres projets relevant d’autres départements du Ministère de l’Environnement et du Développement Durable. Il s’agit en particulier des projets suivants: Le projet d’appui aux institutions rurales (DGFIOP-GTZ). Le projet de développement des zones montagneuses et forestières du Nord-Ouest (ODESYPANO/BM). Le projet d’appui au PAN/LCD (GTZ/OSS). Le programme de développement agro-pastoral et de promotion des initiatives locales du Sud-Est (FIDA). 4.6. Les indicateurs de développement forestier et pastoral Il est utile de rappeler ici que la première stratégie n’a pas prévu de systèmes de suivi et d’évaluation internes pour l’ensemble des actions. La seule en vigueur était celle qui concerne les reboisements, faite auparavant conjointement chaque année par le Ministère de l’Agriculture et le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable. F o r ê t s D u r a b l e s 39 F o rê ts D u ra b le s Pour un meilleur suivi et contrôle du développement des forêts et parcours, les travaux de l’atelier organisé à cet effet par la DGF et l’Association Tunisienne des Techniciens Forestiers (ATTF) en collaboration avec la FAO (Sousse 12-13 juillet 2002) ont abouti à la définition de 6 critères et 87 indicateurs, actuellement en cours de validation par la DGF. Parmi ces indicateurs, 21 pertinents et calculables, sont joints en annexe. 5. LES CONTRAINTES Elles sont d’ordre naturel, foncier, économique, social et législatif. Certaines d’entre elles ont été évoquées auparavant. Elles méritent d’être rappelées. 5.1. Les contraintes naturelles Elles sont surtout climatiques et édaphiques. Les forêts et les parcours tunisiens se trou vent pour la plupart sur des mauvais sols et dans des bioclimats à aridité accentuée. A cela s’ajoutent les attaques d’insectes et de champignons qu’il faut combattre. Des ouvrages de rétention d’eau, de conservation des sols et la lutte contre les parasites y sont impératifs. 5.2. Les contraintes foncières La superficie forestière est limitée. Une partie de cette surface immatriculée au nom de l’Etat, l’autre (350000 ha environ) constituant des réquisitions forestières qui, bien que soumises au régime forestier, ne sont pas encore attribuées par le tribunal immobilier au domaine privé de l’Etat. Les parcours steppiques de leur coté, relevant du collectif, s’étriquent sous l’effet du déve loppement de l’arboriculture et en particulier de l’olivier. Il existe beaucoup de terrains pri vés en montagne, à vocation forestière certaine, labourés dans le sens de la pente, à faible rendement céréalier, exposés à l’érosion, qui peuvent faire l’objet de mise en valeur fores tière et/ou pastorale, par achat ou par échange. Il faut rappeler ici que prés de 20000 ha sur les 30000 ha reboisés par l’administration sur des terrains privés, dans le cadre du reboisement obligatoire, constituent encore un litige avec les propriétaires. 40 5.3. Les contraintes économiques La production de nos forêts est réduite et les produits tirés sont de faible valeur écono mique. Les entreprises d’exploitation du bois restent encore artisanales et les industries de transformation, parfois mal outillées, ne fonctionnant qu’à 60-70% de leur capacité ont des coûts de production élevés. 5.4. Les contraintes sociales Avec une densité humaine d’un habitant par hectare, soit 100 ha/km2, dont les besoins en bois de feu ne sont pas toujours satisfaits et une charge animale moyenne double de la normale, les forêts tunisiennes sont soumises à une forte pression qui leur porte préjudice. 5.5. Les contraintes législatives Malgré sa révision le code forestier reste répressif. Le coté social y est peu développé. Il ne permet pas en particulier aux GFIC de participer à des adjudications importantes. Il deman de à être de nouveau revu, assoupli et plus adapté aux exigences du développement durable. F o r ê t s D u r a b l e s 41 F o rê ts D u ra b le s CONCLUSION Les formations forestières de Tunisie évoluent dans des conditions naturelles difficiles, mar quées par une aridité à la fois climatique et édaphique. Elles sont très sensibles au feu et à la pression très forte exercée sur elles par l’homme et par les troupeaux qui y vivent depuis les époques préhistoriques. Elles n’ont cessé de se dégrader et de se réduire, si bien qu’elles n’occupent plus qu’une superficie d’un million d’hectares à peine. Malgré cela elles continuent à produire et surtout à protéger. Cette protection concerne à la fois la flore, la faune, les sols, les barrages, les terres agricoles et leurs cultures. Bien que leur productivité soit faible, elles donnent surtout du bois de feu, du liège et des produits non ligneux ayant permis d’initier des industries de transformation. Ces dernières ne fonc tionnent peut-être pas à plein rendement, ne sont pas compétitives, à marge bénéficiaire limitée, mais elles assurent une partie de l’approvisionnement du marché national et s’adonnent même à l’exportation de certains produits bruts ou élaborés. Dés le début de l’indépendance la politique forestière a été ébauché et ses objectifs se précisaient à travers les plans successifs de développement économique et social. A coté de la protection et de la production, le développement social, conçu selon l’approche par ticipative bien avant qu’elle ne soit à l’ordre du jour, a été son principal souci. Les nouvelles stratégies ne font que confirmer le bien fondé de cette politique. Ces dernières, dans une optique de développement durable, concernent l’ensemble des activités forestières: reboisement, pastoralisme, aménagement intégré, lutte contre les incen dies et les parasites, protection de l’environnement, préservation de la biodiversité, déve loppement des ressources forestières, mise en place des micro-entreprises forestières, amé lioration des conditions de vie des populations et leur implication dans la gestion forestière. Les diverses réalisations et leurs impacts socio-économiques et environnementaux durant ces quatre décennies, témoignent de l’effort considérable déployé par les cadres forestiers, malgré leur nombre réduit durant les trente premières années de l’indépendance. Ce nombre reste limité devant l’ampleur des tâches auxquelles ils sont confrontés. Leur ren forcement demeure une nécessité. 42 DOCUMENTS CONSULTES • Albouchi A et Ben Boubaker A, 1993. 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Etude de suivi-évaluation des actions de reboisement forestier et pastoral et de fixation des dunes dans le Nord-Ouest. MEAT, Direction de la Conservation de la natu re et du milieu rural. F o r ê t s D u r a b l e s 45 F o rê ts D u ra b le s ANNEXES 1. Indicateurs proposés pour la gestion durable des forêts. 2. Carte forestière et pastorale avec localisation des principaux parcs nationaux. 46 INDICATEURS PROPOSES POUR LA GESTION DURABLE DES FORETS 1. Etendue des formations forestières. 2. Etendue des formations steppiques. 3. Structure des peuplements forestiers. 4. Taux de boisement. 5. Superficie reboisée. 6. Pourcentage des superficies des aires protégées par rapport à l’étendue forestière du pays. 7. Superficie et nombre de parcs nationaux. 8. Superficie et nombre de réserves naturelles. 9. Superficie des zones humides. 10. Nombre de plants produits en pépinières. 11. Superficie forestière incendiée et nombre d’incendies. 12. Superficie des dunes fixées. 13. Intensité de l’exploitation forestière des principaux produits (bois, liège, alfa, romarin) par rapport aux potentialités. 14. Pourcentage de production de bois d’œuvre par rapport au volume total. 15. Pourcentage de production de bois de trituration par rapport au volume total. 16. Produits forestiers non ligneux vendus par adjudication. 17. Production des parcours. 18. Valeur des produits ligneux, non ligneux et des menus produits. 19. Nombre des visiteurs des parcs nationaux. 20. Constitution de GFIC et GDA. F o r ê t s D u r a b l e s 47 F o rê ts D u ra b le s CARTE DES RESSOURCES FORESTIÈRES ET PASTORALES DE LA TUNISIE